Cette affaire limitée est significative : malentendus, dissensions, incompréhensions se sont perpétués.

Œuvre de longue haleine

Parallèlement, mais de façon moins spectaculaire, des transformations de l'enseignement ont été engagées, confirmées ou esquissées. La rénovation pédagogique dans l'enseignement secondaire et élémentaire n'a pas encore donné les résultats qu'on en attend, mais il est vrai qu'il s'agit là d'une œuvre de longue haleine. Plus de projets que de réalisations aussi dans le domaine de la formation des maîtres, dont dépend finalement la réussite ou l'échec de la rénovation.

L'agitation universitaire change de contenu

Dans l'ensemble de la presse, la volumineuse rubrique consacrée à l'agitation universitaire a peu à peu changé de coloration depuis mai 1968. Insensiblement elle est devenue la rubrique de l'agitation gauchiste. Ce changement n'est ni le résultat du hasard ni la conséquence de l'arbitraire des journaux. C'est une réalité qui s'affirme de mois en mois.

En 1968, les étudiants contestataires avaient souhaité (leurs désirs ne s'étaient guère concrétisés alors) sortir du ghetto universitaire, monde à part et sans prise sur les réalités sociales ou économiques du pays. Les étudiants gauchistes se sont efforcés d'oublier les questions purement universitaires pour appliquer leur énergie révolutionnaire à des actions plus politiques.

Mais en prenant ses distances par rapport à son milieu d'origine, le mouvement étudiant a abandonné la plupart de ses revendications spécifiques. Sans se couper définitivement du milieu universitaire, dans lequel il continue de recruter ses militants, il donne désormais la priorité à la transformation des rapports économiques et sociaux. Le leit-motiv « il faut sortir des facultés » a trouvé son illustration dans toute une série d'actions exemplaires dirigées contre les secteurs de la vie sociale les plus fragiles.

Sortir de l'université

Décidés, peu nombreux, bénéficiant parfois d'une certaine complicité d'une partie de leurs pairs et profitant aussi de l'apathie du plus grand nombre, ces étudiants ont cherché de nouveaux terrains de lutte. À proximité des facultés, dans l'univers croupissant des bidonvilles, ils se sont livrés, parmi ces populations négligées par la collectivité, à un travail révolutionnaire. Une partie de ce travail a consisté à organiser des cours d'alphabétisation. Mais, en fait, les étudiants gauchistes ont surtout voulu démontrer aux habitants des bidonvilles que la révolte était possible. C'est le sens des actions menées dans certains foyers de travailleurs immigrés, sur les marchés des banlieues ouvrières, avec un succès inégal.

En même temps, la combativité des organisations étudiantes traditionnelles diminuait et dans les universités l'agitation n'a jamais été généralisée. Des incidents, pourtant, se sont produits un peu partout ; ils ont eu souvent pour origine des réunions où l'on dénonçait l'impérialisme des uns ou des autres. La protestation contre la politique américaine au Viêt-nam a trouvé un prolongement avec l'attitude politique d'Israël. Certains meetings de soutien aux populations palestiniennes ont dégénéré en bagarres ; au centre Censier de la faculté des lettres de Paris, le 29 janvier, l'assaut est donné aux bâtiments où se trouvaient réunis des étudiants gauchistes par des partisans d'Israël. La police parvient finalement à séparer les combattants, mais l'opération se solde par des dégâts importants et plusieurs blessés.

Les 28 et 29 mai, les rues du Quartier latin sont de nouveau le théâtre de violents affrontements. Le procès de Jean-Marie Le Dantec et Jacques Le Bris, anciens directeurs du journal de la gauche prolétarienne la Cause du peuple, mobilise les troupes gauchistes. Grenades lacrymogènes, barricades, incendies, une centaine de blessés.

Les droits d'inscription

La violence est restée limitée à quelques grandes facultés. Par contre, un grand nombre d'actions moins spectaculaires ont émaillé l'année universitaire. Avant même la reprise des cours, en septembre et octobre, l'UNEF (Union nationale des étudiants de France), soucieuse d'exploiter tous les sujets de mécontentement, lance une campagne de blocage des inscriptions pour protester contre l'augmentation des droits de scolarité (de 45 à 95 F).