– La méthode mixte, la première et encore la plus répandue, associe dans un même comprimé, pris vingt à vingt-deux jours par mois, un progestatif de synthèse à un composé œstrogénique. Cette méthode inhibe l'ovulation, rend l'endomètre impropre à la nidation d'un œuf et la glaire cervicale imperméable aux spermatozoïdes. Elle comprend donc trois verrous. Néanmoins l'interruption du traitement pendant quelques jours durant chaque cycle rend possible une hémorragie mensuelle.

– La méthode séquentielle, d'application plus récente, se compose de deux traitements différents : un composé œstrogénique pendant quinze ou seize jours ; un composé œstrogénique plus un progestatif de synthèse pendant cinq ou six jours. Ce progestatif n'est ajouté en fin de cycle que pour assurer la desquamation régulière de la muqueuse utérine (règles), l'effet contraceptif reposant ici sur le composé œstrogénique seul — essentiellement par inhibition de l'ovulation. Cette méthode pardonne donc moins facilement un oubli.
D'une façon générale, tous les œstro-progestatifs de synthèse actuels sont plus faiblement dosés qu'au moment de leur apparition en pharmacie. On s'est aperçu que des posologies moins importantes assurent une contraception d'aussi bonne qualité, tout en diminuant l'incidence des troubles secondaires.

– La méthode ininterrompue, enfin, consiste (ou plutôt consistait, puisque le produit correspondant est retiré du commerce) en une prise quotidienne d'un progestatif de synthèse à très faible dose. On ne connaît pas précisément son mode d'action, mais on pense que seule la glaire cervicale, devenue moins filante, s'oppose à la remontée des spermatozoïdes dans l'utérus, tandis que l'endomètre n'est pas modifié et que l'ovulation n'est pas bloquée, sinon de façon très inconstante. Méthode plus naturelle, mais aussi moins efficace, car elle autorise un petit pourcentage de grossesses, même sans oubli. Autre inconvénient : des saignements se produisent chez 20 à 30 % des femmes. La méthode ininterrompue n'est pourtant pas définitivement abandonnée ; elle suscite de nouvelles recherches.

Des anomalies génétiques

Dans une conférence de presse, le sénateur Henriet, professeur à la faculté de médecine de Besançon, au mois de janvier 1970, alerte l'opinion. Il met en garde contre les risques que fait courir à son enfant une femme qui absorbe la pilule. Il appelle le gouvernement à imposer de manière systématique des expertises génétiques aux fabricants d'œstro-progestatifs de synthèse avant de leur accorder un visa de commercialisation.

Son argumentation repose sur une publication du professeur canadien Carr, qui dès 1967 signalait (sans en tirer de conclusion) six cas d'anomalies chromosomiques sur huit fœtus recueillis après fausse couche spontanée chez des femmes préalablement soumises à la pilule. Le professeur Henriet a précisé qu'il ne pouvait apporter « aucune preuve définitive ». Le ministère de la Santé s'est refusé à entériner sa proposition, mais le doute était jeté.

On sait que les cas de mongolisme sont plus fréquents lorsque la mère est âgée et que, en retardant la rencontre des gamètes chez l'animal, on augmente le pourcentage des malformations congénitales. L'ovule vieilli, pondu par un ovaire artificiellement mis au repos, ne risque-t-il pas de présenter une formule chromosomique anormale ?

Depuis quatre ans, les docteurs Joëlle et André Boué examinent les embryons que leur soumettent les services de gynécologie des hôpitaux parisiens. Ils ont ainsi constaté que pendant les six à dix premières semaines de la grossesse, l'avortement est une réaction physiologique de sélection naturelle. Chez les femmes qui avaient pris des pilules, 59 % des embryons ont présenté des anomalies ; chez les femmes qui n'en avaient pas pris, 62 %. Cette statistique apparaît plus valable que celle du rapport Carr. Elle porte sur 333 cas au lieu de 8. Dans un ouvrage paru au mois d'août 1969, les docteurs J. Kahn-Nathan et H. Rozenbaum excluent a priori l'idée que les constituants de la pilule puissent retentir sur le capital chromosomique des follicules ovariens : « ... Ces derniers restent quiescents dans l'ovaire tant que la femme prend des pilules et, par conséquent, aucune division cellulaire ne s'y produit. Or, c'est précisément au cours de ces divisions qu'une substance médicamenteuse est susceptible de provoquer des perturbations de la formule chromosomique. » Cette incidence de la pilule fut également rejetée par les médecins français du planning familial, réunis en congrès le 10 mars 1970.