En Grande-Bretagne, l'IRC s'est attelé, depuis cinq ans, au rajeunissement d'une industrie qui, parce qu'elle avait été la première, se trouve être, aujourd'hui, la plus archaïque. C'est ainsi que l'IRC a joué un rôle décisif dans des concentrations dans l'industrie automobile et dans la construction électrique. Fait significatif : le gouvernement travailliste a placé à la tête de l'IRC des managers du secteur privé.

L'IDI français s'inspire davantage de l'exemple anglais que de l'exemple italien. Toutefois, il doit intervenir essentiellement au moyen de prises de participation dans des entreprises d'avenir, gênées dans leur développement par leur insuffisance de capitaux. L'idée générale est d'aider ceux qui peuvent réussir dans la compétition internationale et non pas de sauver des canards boiteux. L'entreprise est périlleuse en France, où l'État dispose déjà de nombreux moyens d'intervention, qui sont tous plus ou moins jaloux de ce nouveau venu. En outre, le risque n'est pas négligeable de voir se développer un patriotisme industriel (constitution de grands groupes nationaux) en contradiction avec la politique européenne.

No 1 : l'industrie

Le même souci de pousser l'industrialisation du pays a dominé les travaux sur le VIe plan. Le rapport sur les orientations de celui-ci devait être approuvé par le Parlement, à la fin du mois de juin 1970. Dans son introduction, rédigée de la main même du président Pompidou, on peut lire : « C'est dans le domaine de l'industrie que l'effort le plus grand reste à faire. » Plus loin, le texte souligne : « Il n'est pas d'économie vraiment moderne et puissante qui ne s'appuie sur une industrie vivante et forte, c'est-à-dire compétitive. »

Les discussions sur les options du VIe plan ont été houleuses. D'un côté, le patronat a prôné une croissance rapide (« à la japonaise ») pour pousser l'industrialisation. De l'autre, les syndicats ont mis en garde contre un « impérialisme industriel » qui ne bénéficierait qu'au capitalisme, au détriment des conditions d'existence des travailleurs. Phénomène typiquement français : il suffit que le patronat prenne position en faveur d'une croissance rapide pour que les syndicats qui, récemment encore, dénonçaient le « malthusianisme patronal », s'inquiètent et protestent. Finalement, la bataille du taux de croissance a fait long feu, puisque le gouvernement a choisi un taux de 6 %, inférieur à la progression de l'économie française sous le IVe plan (1962-1965), où elle avait été de 6,3 %, et à peine supérieure à celui du Ve plan, qui aura été de 5,8 % environ. On est loin, dans tout cela, de la croissance « à la japonaise », supérieure à 10 % par an. La thèse de la prudence, développée par le ministre des Finances, inquiet des risques d'inflation et de dévaluation, a donc sérieusement tempéré les velléités des partisans d'une croissance rapide. Il n'en reste pas moins que l'industrialisation constitue un thème majeur de la politique économique de l'État. Tout se passe comme si les successeurs du général de Gaulle voyaient là un moyen de contraindre le pays au changement sans avoir à prendre les risques politiques d'une volonté réformatrice. L'industrialisation apparaît comme un substitut à une volonté nationale qui ne peut plus s'exprimer avec le même éclat que par le passé. Mais elle entraînera des bouleversements sociaux dont le pouvoir politique ne peut se désintéresser.

Marge de manœuvre

On a pu s'en rendre compte au cours des douze derniers mois, quand les commerçants se sont insurgés contre la concurrence des formes industrielles de distribution ; quand les Nancéiens ont protesté contre un tracé d'autoroute qui les délaissait au profit d'une ville plus industrielle, Metz ; quand les syndicats ont mis l'accent sur la réduction de la durée du travail, pour compenser l'accélération des cadences industrielles.

La réussite, à court terme, de la dévaluation du franc restitue, seulement, à l'économie française une marge de manœuvre qu'elle avait perdue. Mais il reste à savoir ce qu'elle en fera.

Vague d'inflation sur les pays industrialisés

Dans dix pays industrialisés, la hausse des prix n'avait, nulle part, atteint 5 % en 1967 ; en 1969, elle a dépassé ce taux dans la moitié d'entre eux. Et le mouvement s'est poursuivi pendant le premier semestre de 1970. L'une des plus hautes vagues d'inflation que l'on ait vue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale vient ainsi de déferler sur l'ensemble des pays industriels non communistes. Elle a modifié la répartition des richesses, obligé les gouvernements à prendre des contre-mesures brutales, bouleversé la valeur des monnaies ; en deux ans, trois des principales monnaies occidentales ont changé de parité : la livre anglaise, dévaluée en novembre 1967 ; le franc français, dévalué en août 1969 ; le mark allemand, réévalué en octobre 1969. Le monde entier semble traverser une véritable tourmente monétaire, dont l'issue est apparue de plus en plus incertaine. Tandis que certains économistes craignent qu'une crise catastrophique, comme le fut celle des années 30, ne soit le terme inéluctable de cette danse folle des prix et de la monnaie, d'autres estiment qu'il faut s'accommoder de l'inflation, corollaire d'une rapide croissance de l'économie.

Un baromètre : les prix

En réalité, l'inflation constitue depuis longtemps un sujet d'inépuisables controverses entre spécialistes. Ce qui vient de se passer dans les pays occidentaux nourrit en arguments nouveaux un débat ancien. Celui-ci porte, à la fois, sur les causes, les conséquences et les remèdes de l'inflation.