L'un d'entre eux (Richard Attenborough, auteur de Ah ! Dieu que la guerre est jolie !) est un acteur tenté par le démon de la mise en scène et qui a brillamment réussi son examen d'entrée. Les trois autres sont des transfuges de la télévision. Il est un peu prématuré de miser sans réserves sur l'avenir de Ken Russell (Love) et de Ken Loach (Kes), car on les a vus plus maladroits dans d'autres films. Mais leur cru 1970 est une très heureuse surprise.

« Leo the last »

Le quatrième Britannique, John Boorman, n'a plus guère besoin de confirmation pour s'imposer déjà comme un grand cinéaste. Après Sauve qui peut, le Point de non-retour et Duel dans le Pacifique, Boorman s'affirme dans Leo the last comme un auteur éclectique, mais singulièrement personnel. Leo the last, meilleur film de la compétition cannoise, aurait sans doute enlevé le Grand Prix si son compatriote Anderson (IF) n'avait inscrit son nom l'an passé au Palmarès et si des raisons fortement diplomatiques n'avaient poussé les jurés à couronner un film américain. C'est une œuvre touffue, aux résonances parfois felliniennes, parfois loseyennes, dont les échappées oniriques et surréalistes ne parviennent pas à masquer l'immédiate et brûlante actualité d'une fable révolutionnaire. En cela Boorman suit le courant général de la contestation, mais d'un point de vue totalement insolite, tour à tour féroce et tendre. Un splendide travail de l'opérateur Suschitky ne peut qu'agréablement augmenter la surprise du spectateur venu assister à un numéro de Marcello Mastroianni et qui se trouve d'emblée plongé dans un univers où l'arrière-plan politique ne détruit jamais la notion essentielle de spectacle.

Italie

Depuis vingt années déjà la réputation du cinéma italien est indiscutablement liée à celle de ses trois chefs de file, Antonioni, Fellini et Visconti. Tous les trois sont au rendez-vous de 1970 avec des œuvres remarquables. Témoins attentifs de l'évolution de la société, ils expriment sur celle-ci un jugement étroitement similaire, bien que leurs films n'aient entre eux que des rapports fort éloignés.

Ce jugement est, en tout cas, foncièrement pessimiste. Fellini a trouvé refuge auprès de Pétrone pour exprimer la folie décadente d'un monde qui court à l'abîme. Grandiose, atteint même de gigantesque baroque, tonitruant, barbare, luxurieux et pervers, le Satyricon, de Fellini, est un fleuve tumultueux où errent des personnages dessinés par Jérôme Bosch. Cette fête somptueuse n'a pas fait l'unanimité de tous les délicats, mais la puissance inventive et visionnaire du cinéaste est suffisamment fascinante en soi pour qu'on ne boude pas son plaisir à suivre l'étonnant spectacle visuel d'un monde au bord de la décomposition.

Après cette saturnale démente, une autre fête lugubre, un autre crépuscule des dieux : les Damnés, de Visconti, s'attachant à une période historique précise, la montée du nazisme dans l'Allemagne des années 1930. Visconti a été splendidement servi par son goût du ciné-opéra et du théâtre, parvenant à donner vie à cette somnambulique autodestruction d'un peuple ou du moins d'une classe sociale déterminée (une grande dynastie industrielle de la Ruhr se laisse peu à peu envahir par le poison hitlérien).

Témoin d'un refus

Quant à Antonioni, c'est en Amérique qu'il a été chercher l'inspiration. Film témoin de son temps, Zabriskie Point s'attaque à la déshumanisation d'une société de consommation prisonnière d'une idéologie rétrograde qui ne semble plus avoir d'autre solution à proposer pour résoudre ses contradictions que la violence. Antonioni illustre par une aventure individuelle exemplaire le refus de la jeunesse à participer à cette assourdissante et avilissante entreprise d'hypocrisie collective.

Derrière les trois grands, les autres réalisateurs italiens risquent de ne plus recueillir que des miettes de gloire. Pier Paolo Pasolini, après l'échec de Porcherie, a prouvé néanmoins dans Médée qu'il était un réalisateur original et que la légende barbare lui convenait mieux que l'univers godardien. Mario Monicelli, dans la comédie (la Fille au pistolet), distance sans peine un Pietro Germi dont la lourdeur a cependant de fidèles partisans (Serafino).