La stratégie sudiste est-elle de circonstance ? Les conseillers de Richard Nixon le pensent. Ils n'en veulent pour preuve qu'un certain nombre d'élections qui ont lieu en novembre 1969. La plus significative est celle de la mairie de New York, où John Lindsay n'est réélu que de justesse. Républicain libéral opposé à la guerre du Viêt-nam, Lindsay est battu aux élections primaires de son parti par un conservateur. Il doit, pour se présenter de nouveau, choisir de courir sous l'étiquette d'indépendant. Finalement, il est réélu par 42 % des voix, contre 23 % à son rival républicain et 35 % au candidat démocrate, un conservateur qui fit campagne en exploitant toutes les frayeurs des petits Blancs.

Autre élection significative : les primaires démocrates pour la désignation du candidat du parti au poste de gouverneur de l'Alabama ; elles ont lieu en juin et sont finalement remportées par Wallace au second tour. C'est une garantie de victoire pour l'ancien candidat raciste aux présidentielles de 1968, puisqu'il est assuré de ne pas avoir d'adversaire républicain. Mais c'est aussi une mauvaise nouvelle pour R. Nixon, qui a toutes les chances d'avoir affaire, aux élections présidentielles de 1972, à une nouvelle candidature Wallace.

Remaniements du gouvernement

En juin 1970, R. Nixon procède aux premiers remaniements du cabinet qu'il avait désigné à son arrivée au pouvoir. Robert Finch, ministre de l'Éducation, de la Santé et du Bien-Être, en est la première victime. Il est contraint d'abandonner ses fondions pour devenir conseiller spécial du président pour les affaires intérieures. Ce n'est pas une promotion. Pour beaucoup, c'est même une disgrâce. Robert Finch passait pour le membre le plus libéral du cabinet. À de nombreuses occasions, en particulier sur le problème de l'intégration scolaire, il fut pris à partie par les éléments conservateurs de la société américaine et dut finalement céder, ne bénéficiant pas du soutien du président. Finch est remplacé par Elliot Richardson, ancien sous-secrétaire d'État, un républicain de Nouvelle-Angleterre, brillant juriste et bon administrateur. Autre changement : quelques jours après le départ de Robert Finch, James Hodgson, sous-secrétaire au Travail, est nommé ministre du Travail, en remplacement de Shultz. Pour ce dernier, il ne s'agit pas d'une disgrâce, puisqu'il est nommé à la tête d'un nouvel organisme, le Bureau du management et du budget, chargé non seulement de préparer le nouveau budget, mais aussi de contrôler les dépenses gouvernementales pour qu'elles ne fassent pas double emploi. Enfin Kennett Davis, secrétaire adjoint au Commerce, démissionne de son poste fin juin.

Les jeunes Américains de 18 ans choisiront-ils leur prochain président ? La décision revient maintenant à la Cour suprême. Nixon a signé le 22 juin 1970 une loi abaissant à 18 ans l'âge de la majorité électorale, mais, craignant des contestations sur la régularité de la procédure, il a soumis en même temps au Congrès un projet d'amendement à la Constitution allant dans le même sens. Cette procédure implique les inévitables lenteurs d'une révision constitutionnelle.

Le procès de Chicago

Pendant ce temps, John Mitchell, le ministre de la Justice, et le vice-président Agnew — qui effectue un voyage en Asie en décembre 1969 et janvier 1970 — emploient tous leurs efforts à exalter l'Américain moyen, symboliquement sacré homme de l'année par l'hebdomadaire Time. Systématiquement, les fauteurs de troubles sont poursuivis devant les tribunaux, qu'il s'agisse des leaders de la contestation estudiantine ou de militants noirs trop radicaux. Le plus significatif de ces procès a lieu à Chicago. Il ne dure pas moins de cinq mois et concerne huit personnalités de la nouvelle gauche accusées d'avoir fomenté les émeutes qui marquèrent, en août 1968, la convention du parti démocrate. Tragi-comédie au cours de laquelle les accusés contestent le droit de la justice bourgeoise à les faire comparaître. Le procès de Chicago — que l'administration Johnson avait renoncé à organiser — est l'occasion de multiples incidents. Finalement, deux accusés sont acquittés, cinq condamnés et le huitième voit son cas disjoint pour outrages répétés à la cour. Il s'agit de Bobby Seale, un dirigeant des panthères noires, la seule organisation noire à prétention révolutionnaire. Le sort spécial fait à Seale est significatif de la campagne d'intimidation dont fait l'objet son organisation. Dans tous les États-Unis, les quartiers généraux des panthères font l'objet de descentes de police, très souvent sanglantes.