– Concentrées sur les salaires et la protection contre le chômage, les négociations ont éclaté.

dans le secteur privé, le cadre même des négociations a éclaté du fait de la diversification de leur objet : mensualisation, formation permanente, intéressement, conditions d'exercice du droit syndical dans l'entreprise, réduction du temps de travail conformément aux conventions de branche qui ont établi, en 1968, un échéancier du retour progressif aux 40 heures. Désormais, la convention de branche, seul type d'accord prévu par la loi du 11 février 1950, n'est plus la clé de voûte de l'édifice contractuel. Les accords d'entreprise interprofessionnels diversifient les niveaux de négociation.

dans le secteur public, les projets gouvernementaux qui ont vu le jour ont contribué à élargir les horizons traditionnels. L'actionnariat chez Renault, la mensualisation, les projets de chambres sociales et de modernisation de la loi de 1950 sur la convention collective, la création du SMIC pris isolément ne constituent pas des bouleversements considérables. Pour la majorité, ce sont des pas non négligeables sur le chemin de la nouvelle société.

– Du côté des syndicats, les séquelles de mai 1968 sont doubles. Les troupes ont maintenant pris l'habitude des grèves spontanées et sauvages. En procédant au référendum à l'EDF, la CGT a d'ailleurs reconnu que c'est à la base de prendre les décisions. Souvenir sans doute du rejet des accords de Grenelle par les métallurgistes de Renault, a Boulogne-Billancourt. De là ce climat d'incertitude, de suspense dans les syndicats, à l'affût des revendications des travailleurs. Malgré leurs efforts réciproques, la CGT et la CFDT demeurent méfiantes l'une à l'égard de l'autre. La reprise des rencontres entre les deux confédérations n'a eu à peu près aucune portée pratique. « Dans les entreprises, le torchon brûle entre ses militants et les nôtres », pouvait déclarer André Jeanson, président de la CFDT, en novembre 1969. Sans doute la CGT a-t-elle salué de façon positive le Congrès de la CFDT en mai : « C'est un coup porté aux idées de collaboration de classes », devait commenter Henri Krasucki dans l'Humanité du 19 mai. « Les décisions du Congrès de la CFDT, ajoutait-il, contribuent — dans l'immédiat ou à terme — à lever ou à atténuer certains obstacles devant l'unité. »

Il n'empêche qu'il est exclu de voir se constituer un bloc sans faille CFDT-CGT, ou se former une alliance durable entre la CFDT et FO, cette dernière étant fort inquiète des allures gauchistes de la centrale du square Montholon.

Les syndicats seront-ils les derniers à tirer les leçons de mai 1968 ?

Un nouveau type de grève

La CFDT inaugure en 1969 une nouvelle forme d'action : la grève de la faim. La première éclate en octobre, aux Nouvelles Galeries de Paris, pour l'ouverture de négociations concernant les 50 000 employés du groupe. En janvier 1970, les Nouvelles Galeries de Nice prennent la relève. Quatre employés du magasin Cap 3000 de Saint-Laurent-du-Var et un militant font une grève de la faim de plus de trois semaines.

Le 12 mars, 3 militants de Sud-Aviation (SNIAS), à Bouguenais (Loire-Atlantique), décident une grève de la faim pour le rétablissement de la préretraite. La grève dure vingt et un jours et prend un autre caractère dû à la présence de la CGT, qui désavoue cette tactique.

L'intéressement : sur les 12 millions de travailleurs, 2 millions sont concernés

Bilan de la première année d'application de l'ordonnance du 17 août 1967 relative à la « participation des salariés aux fruits de l'expansion de l'entreprise » : 4 160 accords ont été signés en 1969. Ils concernent 5 400 entreprises, soit 2 392 000 salariés. Les salariés du commerce et de l'industrie étant au nombre de 12 millions, c'est donc un sixième d'entre eux qui bénéficiera — éventuellement —, à partir de 1973, des sommes prélevées sur les bénéfices.

Selon les indications fournies par Philippe Dechartre, secrétaire d'État auprès du ministre du Travail, l'intéressement des 1 500 premiers accords signés représente environ 15 % du bénéfice de chaque entreprise avant impôt et 3,7 % des rémunérations. Près du tiers des accords (700) ne sont pas conformes à l'ordonnance. Mais l'un des résultats les moins négligeables de cette ordonnance est d'avoir provoqué la réanimation des comités d'entreprise. Ils ont négocié 81 % des contrats et, en une seule année, 650 comités sont venus s'ajouter aux 15 000 déjà existants (on estime que seul 1/3 des comités a une existence réelle et que 1/10 exerce une activité régulière).