Mais les terrasses du Roussillon, en particulier celles de la vallée de la Têt, ont fourni plus ancien encore. Plusieurs gisements remontant au quaternaire le plus reculé y ont été découverts. La terrasse correspondant à la glaciation de Donau, antérieure au Günz, a livré des outillages de boules polyédriques et de galets aménagés qui ont donc environ 2 millions d'années.

L'Asie a battu, elle aussi, quelques-uns de ses records. Une synthèse sur l'ensemble des découvertes concernant la préhistoire chinoise a été publiée en novembre 1968 par le professeur Kwang Chih-chang, de l'université Yale.

En Chine

Une continuité apparaît déjà entre les cultures préhistoriques de ce pays. Les deux cultures néolithiques de Yang-shao et de Lung-shan dans le Nord, où l'on voyait deux complexes contemporains et d'origine différente, sont reconnues désormais comme deux stades d'un même complexe culturel. La première correspond aux premiers établissements agricoles, fondés sur la culture du millet. Elle montre que les débuts de l'agriculture en Chine doivent être plus anciens qu'on ne le pensait, « au moins plusieurs milliers d'années avant Jésus-Christ ». Ces débuts pourraient correspondre à une création indépendante, sans influence des premiers centres agricoles du Moyen-Orient.

À l'autre extrémité de la préhistoire, on doit rappeler la découverte de nouveaux fragments osseux ayant appartenu à des sinanthropes (Homo erectus). Par le milieu dans lequel ils ont été trouvés, ces nouveaux spécimens seraient « largement contemporains » des anciens. Ils montrent une structure crânienne plus primitive et une capacité cérébrale nettement plus faible : 780 cm3 environ, ce qui ne les place pas très loin des Homo habilis d'Afrique.

En Inde

L'Inde a fourni, elle aussi, sa découverte : une mâchoire entière de gigantopithèque. La nouvelle a été annoncée au mois de juillet par le paléontologiste américain Elwyn Simons. Certes, le gigantopithèque n'était pas un hominidé. On ne peut le classer parmi les ancêtres de l'homme. Mais il était un assez proche parent pour fournir, par son examen, de précieuses indications aux spécialistes de la paléontologie humaine.

Cet animal n'était connu jusqu'alors que par ses dents : les fameuses « dents de dragon » que l'anthropologiste von Koenigswald avait pu se procurer dans des pharmacies chinoises et qu'il avait étudiées dès avant la Seconde Guerre mondiale. L'examen montrait que ces dents provenaient d'un primate de grande taille, proche parent des hominidés. Selon certaines hypothèses, il aurait même pu être lui-même un hominidé.

Il y a quelques années, de très nombreux restes de gigantopithèques étaient découverts par le docteur Pei : 900 dents environ et 4 fragments de mâchoire, trouvés dans un niveau villafranchien. La trouvaille indienne, elle, a été faite dans une formation généralement datée du pliocène moyen (fin du tertiaire). Le gigantopithèque prend de l'âge : cinq à dix millions d'années. Et cet animal remarquable vivait donc en Inde comme en Chine.

Il ressemblait sans doute à nos grands singes actuels, mais il devait être nettement plus grand. On pense que, dressé, il pouvait facilement atteindre 2 m de haut. Ses dents et sa mâchoire présentent des caractères intéressants. On ne trouve pas d'intervalle (diastème) entre canines et prémolaires, alors que cet intervalle est la règle chez les singes. D'autre part, les dents sembleraient indiquer un régime omnivore, ce qui est également une originalité. On aurait, en somme, avec le gigantopithèque, non seulement le plus grand, mais aussi le plus évolué de tous les singes anthropoïdes qui ont jamais existé. Pour ces raisons, la découverte d'une mâchoire entière est d'un très grand intérêt.

En Afrique

Mais quels que soient les efforts des préhistoriens travaillant en Europe et en Asie, l'Afrique trouve toujours, semble-t-il, le moyen d'étonner davantage. Au sud-ouest de l'Éthiopie, une expédition internationale a fait un ensemble de découvertes très prometteuses.

Ces découvertes ont eu pour cadre la vallée de l'Omo, rivière qui se jette dans le lac Rodolphe. Trois équipes composaient l'expédition : une équipe américaine dirigée par le professeur F. Clark Howell, une équipe française dirigée sur le terrain par Yves Coppens et patronnée par le professeur Arambourg, une équipe kényanne dirigée par Richard Leakey, fils du docteur Leakey, le célèbre fouilleur d'Oldoway. (Journal de l'année 1966-67)