Jean Giraudeaux suscite encore une reprise du Comte Ory, de Rossini, partition à la verve cocasse et mousseuse quelque peu compromise par la direction de Jean-Claude Hartemann. Mais les Parisiens ont la révélation d'une cantatrice exceptionnellement prometteuse, Eliane Manchet, et constate avec plaisir l'entrée au répertoire de l'Opéra-Comique de la Chauve-Souris, de Johann Strauss, avec une excellente distribution remarquablement conduite par Jean-Claude Casadesus.

Enfin, on doit également à Giraudeaux l'entrée au répertoire du même théâtre d'une œuvre de Puccini très rarement donnée en France, la Fanciulla del West. Ce western musical a surtout permis au jeune ténor français Georges Liccioni de confirmer des qualités de chanteur et d'acteur assez exceptionnelles.

Les théâtres lyriques sous la compétence de Marcel Landowski

Depuis la nomination de Marcel Landowski comme « faisant jonction » de directeur de la musique au ministère des Affaires culturelles (1965), et en raison des succès qui ont suivi celle-ci, on souhaitait, non sans logique, qu'une véritable direction de la musique fût créée sur le plan administratif, direction dont la compétence s'étendrait aussi aux théâtres lyriques de Paris et de province qui échappaient précédemment à l'autorité de ce haut fonctionnaire. Lors de la nomination de Philippe Saint-Marc comme directeur des spectacles, de la musique et des lettres (avril 1969), il a été décidé que Marcel Landowski demeurerait « faisant fonction » avec le même titre d'inspecteur général de la musique, mais que les théâtres lyriques et la danse seraient désormais placés sous son contrôle. Force est de constater que la musique ne bénéficie encore que d'une demi-mesure.

La musique à l'ORTF

Les événements de mai, qui avaient apporté certains changements importants dans le personnel de direction de l'ORTF, n'ont pas été suivis d'innovations notoires dans la politique des programmes musicaux.

La télévision continue de souffrir de l'absence d'une véritable direction et d'une véritable politique musicales. Seuls deux brefs et intermittents magazines musicaux y ont été créés en octobre 1968.

La discothèque classique

La célébration de l'Année Berlioz a valu aux admirateurs de notre grand romantique de belles réalisations, comme l'Enfance du Christ par l'Orchestre national et la Maîtrise de l'ORTF, dirigés par Jean Martinon.

La disparition de Charles Münch et d'Ernest Ansermet donne un regain de ferveur aux enregistrements de la Damnation de Faust, reparue en gravure universelle, avec Münch à la tête de l'Orchestre de Boston, et de la Symphonie fantastique conduite par le chef de l'Orchestre de la Suisse romande. Pierre Boulez nous présente une Fantastique où il est à la tête du London Symphony Orchestra. On s'est tourné aussi vers des œuvres moins connues de Berlioz, comme la Mort de Cléopâtre (par Anne Pashley) ou les neuf mélodies du cycle Irlande, composées pour l'actrice Harriett Smithson.

Nielsen et Mahler

Dans le domaine des intégrales, les firmes poursuivent leur effort : les concertos pour piano de Beethoven par Barenboim-Klemperer, toute la musique de chambre de Brahms, l'œuvre pour piano de Ravel par Monique Haas, les sept symphonies de Prokofiev sous la direction de Rojdestvenski. À Lausanne, Michel Corboz travaille sur l'œuvre religieuse de Monteverdi avec l'enregistrement de la Selva morale et spirituale.

Les prospecteurs se sont encore aventurés dans les domaines peu fréquentés. Le disque avait popularisé l'Adagio d'Albinoni et le Canon de Pachelbel : l'ensemble Cœcilia de Paul Bonneau révèle cette année l'Adagio royal de François de Boisvallée. On s'intéresse au Danois Carl Nielsen, à la Messa pastorella de Jan Jakub Ryba, un contemporain de Mozart, et aux six sonates pour orchestre à cordes de Rossini.

La musique lyrique de tous les siècles est revisitée en de multiples enregistrements, de l'intégrale des grands opéras de Mozart à la Lulu d'Alban Berg avec Fischer-Diskau, et à la Médée de Cherubini avec Gwyneth Jones. Collection économique, Invitation à l'Opéra propose des 45-tours portant un air par face, avec des interprètes comme Rita Gorr, André Pernet, la Callas, Chaliapine, etc.