Dans le camp républicain de Sanaa, la lutte pour le pouvoir éclate au grand jour le 22 août 1968. Pendant huit jours, des combats sanglants — environ 500 morts — opposent des unités entrées en dissidence et l'armée loyaliste. L'affrontement se solde en faveur de cette dernière et aboutit à l'exclusion des ministres gauchistes. La voie paraît ouverte pour un rapprochement entre le gouvernement modéré du général Hassan el Amri, d'une part, les royalistes et leurs protecteurs saoudiens de l'autre.

Cependant, le roi Fayçal veut donner une dernière chance aux partisans de l'iman Badr : il verse début septembre 1968 les subsides nécessaires à la mobilisation des tribus nordistes pour une période de trois mois, en précisant qu'il s'agit là du dernier versement. Début octobre, Sanaa obtient, de Moscou, une aide militaire accrue.

Une paix sans traité

L'armée de Sanaa parvient à mettre en déroute les forces royalistes à la mi-novembre. Plusieurs chefs de tribus se rallient au gouvernement républicain. Le 1er janvier 1969, l'héritier présomptif au trône, l'émir Mohamed Ben Hussein, se sépare, à son tour, du souverain et annonce dans un manifeste qu'il renonce à ses droits dynastiques ainsi qu'au rétablissement de l'imamat en tant que système temporel.

Le 13 janvier, les routes reliant Sanaa à Taez et Hodeida (aux mains des royalistes depuis décembre 1967) sont rouvertes à la circulation. Le 23, le gouvernement saoudite — dans un geste de bonne volonté — annonce l'ouverture des frontières aux Yéménites désirant accomplir le pèlerinage de La Mecque.

Abandonné à la fois par le roi Fayçal et par la plupart des membres de la famille royale, l'iman Badr annonce néanmoins, le 11 février 1969, sa détermination de poursuivre le combat jusqu'au bout.

Entre-temps, la lutte pour le pouvoir se poursuit à Sanaa entre conservateurs et révolutionnaires. La désignation, en décembre 1968, d'une Assemblée nationale — dominée par les chefs tribaux — provoque le mois suivant une tentative de coup d'État. Les combats entre factions rivales se soldent, une fois de plus, en faveur des modérés, dirigés par le chef du gouvernement, le général Amri. Celui-ci forme, début avril, un nouveau ministère dans lequel figurent au moins deux ministres qui passent pour avoir la caution des anciens partisans de l'iman Badr.

Yémen du Sud

1 250 000. 4. 2,1 %.
Économie. Consomm. énergie (*66) : 2 276 kg e.c.
Transports. (*66) : *13 100 + *3 100.
Information. (65) : *300 000. (66) : *20 000. (63) : 14 400 fauteuils ; fréquentation : 0,2 M. (66) : 8 679.
Santé (66). 117 . Mté inf. (66) : 79,9.
Éducation (66). Prim. : 35 767. Sec. et techn. : 14 628.
Institutions. Ancienne Fédération d'Arabie du Sud. État indépendant le 30 novembre 1967. Président du Conseil présidentiel, créé en juin 1969 : Salem Rabie, élu le 23 juin ; succède à Qahtan el Chaabi démissionnaire. Premier ministre : Mohamed Ali Haythem. Autorité législative provisoire : le commandement général du Front national de libération. Constitution en préparation.

Six mois après son accession à l'indépendance, la République populaire du Yémen du Sud parait être dans une situation dramatique : début juillet 1968, des mouvements insurrectionnels éclatent dans les provinces de Radfan, d'Awlaki et de Dali. Le 28 juillet, le gouvernement décrète la mobilisation générale pour écraser la contre-révolution, fomentée — selon lui — par l'Arabie Saoudite et les États-Unis. La veille, les premières cargaisons d'armes soviétiques avaient été déchargées à Aden.

Sur le plan économique et financier, le gouvernement de Qahtan el Chaabi est aux abois. Depuis la fermeture du canal de Suez, les activités du port d'Aden se sont singulièrement ralenties. La Grande-Bretagne refuse de verser une aide financière de 60 millions de livres sterling qu'elle aurait promise à la veille de l'indépendance.

En guise de représailles, le Yémen du Sud se retire le 30 août de la zone sterling. Le 24 septembre, il conclut un accord commercial et un protocole de coopération technique avec la Chine, qui lui accorde un prêt à long terme de 5 millions de livres sterling.