L'augmentation des exportations ne compense pas celle des importations, accentuée par l'achat de matériel militaire. Le déficit de la balance commerciale double en 1968 par rapport à l'année précédente, passant de 212 à 435 millions de dollars. Le déséquilibre de la balance des paiements s'aggrave, tandis que les réserves de devises tombent de 650 à 550 millions de dollars. Un certain fléchissement a été enregistré, par rapport à 1967, dans le volume de l'aide étrangère, notamment dans celle qui est fournie par le judaïsme américain. Une conférence de millionnaires juifs, la troisième depuis la guerre des Six-Jours, a étudié les moyens de développer les échanges commerciaux d'Israël et d'intensifier les investissements.

« Faucons » et « colombes »

Des appréciations divergentes sur l'avenir économique d'Israël contribuent à relancer la lutte sourde qui oppose les faucons aux colombes au sein de la classe politique. Ces derniers manifestent quelque pessimisme quant aux possibilités de maintenir indéfiniment la prospérité, quelque peu artificielle, que connaît l'État d'Israël depuis la guerre des Six-Jours, et expriment leur scepticisme au sujet de l'immigration future.

Les modérés tiennent donc à normaliser au plus tôt les rapports d'Israël avec le monde arabe. Pinhas Sapir, ministre d'État et secrétaire général du Parti travailliste au pouvoir, déclare en novembre : « La paix nous débarrassera d'un budget militaire que nous ne pouvons pas supporter longtemps, même avec l'aide des juifs du monde entier ». Pour parvenir à un règlement, les colombes sont disposés, contrairement aux annexionnistes, à rendre la majeure partie des territoires conquis en juin 1967. Ils ne veulent pas entendre parler de l'intégration économique et juridique de la Cisjordanie, que propose à maintes reprises le général Dayan, et s'opposent à la création de kibboutzim (colonies agricoles) sur les rives du Jourdain.

En guise de compromis, ils acceptent, en revanche, l'installation de colonies de soldats-agriculteurs qui seraient susceptibles, à leurs yeux, d'être supprimées le jour où un accord serait conclu avec le roi Hussein. Sur les hauteurs du Golan, ancien territoire syrien, en revanche, dix kibboutzim civils sont établis, faucons et colombes étant d'accord pour rattacher définitivement cette région stratégique à l'État d'Israël. En juin 1969, les territoires occupés comptent au total 16 colonies agricoles. La politique dite des « faits accomplis », défendue par le général Dayan et ses amis, enregistre des succès indéniables.

Offensive anti-annexionniste

Pourtant, les modérés paraissaient s'affirmer au cours du second semestre de 1968. Le Premier ministre Levi Eshkol nommait, le 1er juillet, à la vice-présidence du Conseil Ygal Allon, connu pour son hostilité au général Dayan, qui briguait la deuxième place au gouvernement. Le 26 juillet, Pinhas Sapir — considéré comme le chef de file des colombes — accède au poste envié de secrétaire général du Parti travailliste. Le 24 octobre, ce parti décide de conclure une alliance électorale avec le Mapam, formation sioniste de gauche résolument opposée aux maximalistes de l'annexion.

En novembre 1968, Pinhas Sapir et ses alliés au sein de la coalition gouvernementale déclenchent dans la presse et à la télévision une offensive de grand style contre les annexionnistes en se plaçant sur le seul terrain de l'intérêt d'Israël. Ils font valoir que l'intégration d'une importante population arabe (environ 1 500 000 âmes), compte tenu de la différence de croissance démographique, transformerait les Juifs en minorité dans les vingt prochaines années. Miser sur un essor de la natalité ou sur une immigration massive de juifs soviétiques et américains, ajoutent-ils, est un calcul aléatoire.

L'influence du général Dayan

Le climat politique en Israël n'est cependant pas favorable à une politique de conciliation. Les partisans du général Dayan en apportent la preuve en recueillant plus de 150 000 signatures de citoyens qui le désignent comme le prochain président du Conseil. La tension sur les frontières contribue, en effet, à placer les problèmes militaires au premier plan des préoccupations de l'opinion, qui, dans sa majorité, fait confiance au ministre de la Défense. La population est persuadée, selon les sondages, que l'annexion des territoires arabes constitue la meilleure garantie de sa sécurité. En attendant, elle paraît favorable à une politique de fermeté à l'égard du monde arabe.