Quand, pour la première fois, après l'assemblée plénière se réunit le Conseil permanent de l'épiscopat français (12-14 décembre), celui-ci put se rendre compte que les Conseils presbytéraux étaient en place dans 52 diocèses et en préparation dans les autres. Ces conseils sont composés, selon les régions, de 20 à 50 prêtres qui constituent, autour de l'évêque, de petites assemblées consultatives dont les orientations, inspirées par les réalités locales, sont extrêmement éclairantes pour les chefs de diocèses.

Mais il ne s'agit encore là que d'une assemblée de clercs. Beaucoup plus révolutionnaire est la formule du synode diocésain, tel du moins qu'il a été réalisé, pour la première fois, dans le diocèse de Rouen, aux Essarts, du 24 au 28 janvier 1968. Selon l'actuel droit canonique, un synode diocésain ne devrait comprendre que des prêtres. Or, à Rouen, l'assemblée synodale, présidée par le cardinal-archevêque Mgr Martin, compta, parmi ses 150 membres : 44 laïcs et 11 religieuses ; sur les 85 prêtres présents, 66 avaient été élus. Le synode ainsi compris associe prêtres, laïcs et religieuses aux décisions de l'autorité épiscopale. On peut compter qu'une telle formule sera adoptée par les autres diocèses de France.

Un « curé de campagne », le fils d'un paysan d'Auvergne, Mgr Marty, précédemment archevêque de Reims succède au cardinal Veuillot, décédé en février. L'annonce de sa nomination fut saluée avec joie, à Paris, car on savait que ce prélat au rocailleux accent de terroir était le type même du pasteur tel que le souhaitent les fidèles et les non-chrétiens : un homme simple, prompt au dialogue.

Mutations

À 84 ans et après quarante ans d'épiscopat à Lille, le cardinal Liénart, le 13 mars 1968, a été déchargé, à sa demande, du gouvernement de son diocèse. Lillois d'origine, le cardinal Liénart est l'une des personnalités ecclésiastiques françaises les plus étroitement liées à tous les aspects de l'histoire religieuse du demi-siècle : syndicalisme chrétien, Action catholique, enseignement, laïcat missionnaire, Mission de France. On n'a pas oublié le rôle primordial joué par lui au début du second Concile du Vatican. Son coadjuteur, Mgr Gand, lui succède de plein droit.

Les problèmes de l'Institut catholique de Paris

Nommé recteur de l'Institut catholique de Paris en 1966, Mgr Haubtmann, autorisé par les évêques protecteurs de la Catho, décida d'orienter davantage l'enseignement supérieur dispensé dans les facultés et les écoles de la rue d'Assas vers « l'approfondissement et le rayonnement de la pensée chrétienne ». Dans ce dessein, il créa, dès 1967, un Institut supérieur d'études œcuméniques et un Institut de science et de théologie des religions. Dans le même temps, il réduisait l'aire d'enseignement des facultés profanes (lettres, sciences et surtout droit). Les mesures qui accompagnèrent la mise en place de cet enseignement plus spécifique provoquèrent, notamment en octobre 1967, de vifs remous dans le corps enseignant et parmi les étudiants.

Espagne

L'Église d'Espagne n'est pas restée indifférente devant la montée et les manifestations du mécontentement ouvrier et étudiant. En octobre 1967, une dizaine de prêtres — dont deux jésuites — furent arrêtés pour avoir participé à des meetings ouvriers ; en mars 1968 le ministère de l'information a saisi le Bulletin de la « Fraternité ouvrière de l'action catholique » qui avait publié un article du chanoine Gonzalez Ruiz sur « les chrétiens et la révolution ».

D'autre part, les divers mouvements d'Action catholique ont, en mars, catégoriquement refusé les statuts de l'Action catholique espagnole tels qu'ils avaient été rédigés par la Conférence épiscopale, tout en souhaitant un nouveau mode de relation avec les évêques.

Italie

Le 5 octobre 1967, Aldo Moro obtint la confiance de la Chambre des députés sur le projet d'une révision, par commun accord, du concordat signé en 1929, dans le cadre du traité du Latran, entre l'Italie et le Saint-Siège. Seuls les représentants du parti monarchiste et du Mouvement social italien défendirent la thèse du maintien du concordat.