Tout naturellement, ce sont les deux États socialistes les moins inféodés à l'obédience soviétique qui ont, les premiers, normalisé leurs rapports avec le Vatican.

Le Saint-Siège et le gouvernement yougoslave signent un accord le 25 juin 1966 : deux « envoyés » sans statut diplomatique, mais jouissant des immunités, sont alors échangés. En recevant, le 10 janvier 1968, le chef du gouvernement yougoslave, Mika Spiljak, Paul VI est soucieux de faire le point sur l'application de l'accord de 1966 ; il faut croire que les rapports sont bons, puisque les envoyés deviennent officiellement ambassadeur et nonce.

Deux semaines plus tard, le 24 janvier, le pape reçoit Ion Gheorgh Maurer, président du Conseil roumain. C'est la première prise de contact depuis la rupture des relations diplomatiques en 1950. Cette visite, dite « de courtoisie », aura probablement un prolongement dans l'avenir, car si les catholiques ne sont pas nombreux en Roumanie, aucun statut n'y protège ni la hiérarchie ni les fidèles.

Après la libération du cardinal Beran, en Tchécoslovaquie, la libéralisation politique a des conséquences heureuses sur le plan religieux. Mgr Tomasek le confirme lors d'une visite à Rome fin avril. En Hongrie, les négociations se heurtent toujours au cas Mindszenty.

En Pologne, où le catholicisme est particulièrement vivace, le conflit entre l'Église et l'État ne connaît guère de répit ; le cardinal-primat Wyszynski incarne, aux yeux du gouvernement, la « résistance » des catholiques. En septembre 1967, il se voit refuser son passeport pour le synode ; les quatre autres évêques polonais qui doivent assister au synode s'abstiennent de s'y rendre, par solidarité.

France

Organe principal de la collégialité épiscopale dans le pays, l'Assemblée plénière des évêques de France s'est tenue à Lourdes, du 8 au 15 novembre 1967, sous la présidence du cardinal Lefebvre, archevêque de Bourges : cent vingt évêques y participèrent.

Mgr Maziers, archevêque-coadjuteur de Bordeaux, donna le ton à la réunion en mettant dans une lumière crue le « lourd contentieux » qui existe entre le monde contemporain et l'Église. Certains milieux, comme le monde ouvrier et l'enseignement public, sont, par rapport à l'Église, dans un état d'« allergie » quasi total ; ailleurs, l'inadaptation et l'impréparation des clercs et des laïcs sont flagrants.

Rôle missionnaire

C'est dire dans quelle atmosphère de « sain pessimisme » et de lucidité se déroula cette session : dans l'axe d'une fidélité totale à Vatican II, les évêques de France rassemblèrent réflexions et rapports autour d'un thème central : « la présence missionnaire de l'Église dans le monde actuel ». Fait remarquable, sinon nouveau : les journalistes furent très intimement mêlés aux débats.

Tour à tour les problèmes propres aux prêtres, aux religieux, aux laïcs furent étudiés en fonction du rôle missionnaire exigé d'eux. Les institutions chrétiennes furent elles-mêmes assez rudement confrontées aux réalités de la déchristianisation. Des longues discussions des Commissions spécialisées et de l'Assemblée plénière se dégagèrent une orientation et des résolutions. La notion d'« action missionnaire » sortit fortifiée et éclairée de cette rencontre orientée vers une « présence » plus active, mieux adaptée de l'Église dans un monde qui perd rapidement ses dernières références à l'Évangile. Une vingtaine de résolutions concrètes sortirent des rapports présentés. Quelques-unes de ces résolutions ont particulièrement frappé l'opinion : la révision du rite du mariage dans le sens d'une participation plus vivante des époux au sacrement ; l'ordination prochaine de diacres mariés ; la mise en place de stages longs pour séminaristes ; la fondation de l'Institut de formation des éducateurs du clergé ; l'envoi prochain d'une nouvelle vague de prêtres au travail ; la présidence, par un laïc, du Comité catholique contre la faim. Mais la résolution de l'Assemblée plénière de l'épiscopat qui, dans l'immédiat, sensibilisa le plus les fidèles fut incontestablement la substitution du latin au français dans les prières et formules du canon de la messe.

Synode diocésain

C'est à partir du dimanche 26 novembre 1967 que le canon de la messe fut récité en français. La traduction française du canon romain est l'aboutissement d'un travail de plusieurs mois mené par une Commission mixte formée d'évêques et d'experts : quatorze projets de textes précédèrent le texte définitif, qui est à la fois très proche du texte latin — assez composite — et clarifié au profit d'une meilleure compréhension et d'une plus vivante participation.