Les cellules à examiner sont prélevées au moyen d'un bain de bouche salé et peuvent être conservées quatre heures à la température ambiante. Plus les cellules captent l'acriflavine, plus les probabilités de cancer sont grandes. Ainsi, les chercheurs new-yorkais ont pu préciser les doses de colorant déterminant la zone de malignité franche. Parmi 74 fumeurs, un tiers totalisait une captation d'acriflavine les désignant comme cancéreux.

Aux États-Unis, les gynécologues du John Hopkins Hospital ont automatisé le diagnostic du cancer utérin : les femmes reçoivent à domicile le matériel leur permettant d'effectuer elles-mêmes le prélèvement. Elles l'adressent par poste à l'hôpital, où un appareil électronique détecte immédiatement les cellules malignes.

Les antibiotiques

À Philadelphie, des doses traceuses d'un isotope de strontium 85, injectées dans une veine, vont se fixer électivement dans les cancers osseux, qu'ils soient primitifs ou consécutifs à un cancer du sein, du poumon, de la prostate ou du côlon, et permettent de les visualiser.

Tout aussi réconfortants sont les progrès qui, cette année, ont enrichi la thérapeutique anticancéreuse.

Dû aux travaux d'une équipe de chercheurs de Rhône-Poulenc, un nouvel antibiotique, la rubidomycine, quoique encore en cours d'essai, a été présenté par le professeur Jean Bernard, directeur de l'Institut de recherche sur les leucémies et les maladies du sang de l'université de Paris, à l'issue d'une expérimentation poursuivie sur 116 malades atteints de formes particulièrement sévères de leucémies aiguës, dans lesquelles tout traitement s'était montré inefficace (Journal de l'année 1966-67).

Autre antibiotique expérimenté à l'Institute for Cancer Research de Détroit et à l'École de médecine de Wayne (USA), sous la direction du docteur Rodolpho Van Loo, la porfiromycine a donné des résultats intéressants dans les cancers de l'estomac, du foie, de l'utérus et de l'ovaire. Dans plusieurs cas désespérés, rebelles aux radiations, inopérables et ne répondant pas à la chimiothérapie classique, les métastases (tumeurs secondaires) ont disparu.

L'enzymologie participe également à la lutte anticancéreuse. À l'université d'Illinois, le docteur Dolowy a utilisé la L asparaginase dans le traitement de la leucémie expérimentale de la souris. Quelque temps après, le docteur Hill, de Dallas (USA), obtenait avec cette enzyme une rémission intéressante chez un enfant de neuf ans atteint d'une leucémie aiguë. Au bout d'un mois, la cure par la L asparaginase a été suivie de la disparition des cellules malignes des ganglions, de la moelle osseuse et du sang, et d'une absence d'élévation du nombre des cellules jeunes.

L'asparagine

Plus récemment, le docteur Hubert F. Oettgen, du Sloan Institute for Cancer Research de New York, a traité 14 malades et obtenu 8 résultats favorables, dont 7 dans des cas de leucémie aiguë lymphoblastique et 1 dans une leucémie myéloblastique. Chez 3 malades, la rémission s'accompagna d'une normalisation complète des différents éléments cellulaires de la moelle osseuse.

La L asparaginase agirait, selon le docteur Hubert F. Oettgen, en supprimant dans le milieu cellulaire l'asparagine, substance dont un apport extérieur est indispensable au chimisme des cellules malignes, car, à l'inverse des cellules normales, elles sont incapables de la fabriquer. Outre son intérêt thérapeutique, la L asparaginase se prête à un test permettant de déterminer la sensibilité de chaque leucémie à son action et elle ne présente pas d'effet toxique notable.

La régulation des naissances

L'année sera marquée d'une pierre blanche dans l'histoire de la contraception en France. C'est, en effet, le 19 décembre 1967, à la fin de la session parlementaire, que le texte définitif de la proposition de loi Neuwirth relative à la régulation des naissances a été définitivement adopté.

Les principales dispositions de la nouvelle loi, parue au Journal officiel du 29 décembre 1967, sont les suivantes :
– La fabrication et l'importation des contraceptifs sont désormais autorisées ;
– Les contraceptifs ordinaires sont délivrés sans ordonnance aux femmes de plus de dix-huit ans ; ceux qui sont inscrits au tableau spécial ne sont délivrés que sur ordonnance ou certificat de non-contre-indication. Néanmoins, les femmes âgées de moins de vingt et un ans et non émancipées doivent, pour la dernière catégorie de produits, être en possession d'une ordonnance et d'une autorisation de leurs représentants légaux (parent ou tuteur) ;
– Toute publicité pour les contraceptifs demeure interdite ailleurs que dans les revues médicales ou pharmaceutiques ;
– Chaque année, à l'occasion de la discussion du projet de loi de finances, le ministre des Affaires sociales publiera un rapport rendant compte de l'évolution démographique du pays, ainsi que de l'application de la nouvelle loi.

Le tableau spécial

Dans sa rédaction du 29 décembre, la loi Neuwirth manque de nombreuses précisions qui doivent être apportées ultérieurement par des règlements d'administration publique. Cette incertitude a entraîné de sérieuses réactions de mécontentement dans le corps médical, notamment, dont certains éléments accusent le gouvernement de vouloir culpabiliser les médecins et leurs patientes.