Leurs arguments s'appliqueraient tout aussi bien à la transplantation hépatique ; pourtant ils n'ont jamais soulevé de controverses à ce propos, même lorsque, durant l'été 1967, le professeur Thomas E. Starzl annonça une série de 5 transplantations consécutives du foie, dont 2 tiennent toujours près d'un an après l'intervention. Il semble qu'une tradition très ancienne fasse encore respecter le cœur comme le siège des sentiments nobles, alors qu'il n'est qu'une simple pompe musculaire.

Le 3 février 1968, plus de 300 chirurgiens venus de tous les points de France et réunis dans le cadre de la Société française de chirurgie thoracique et de chirurgie cardio-vasculaire, ont rendu hommage au professeur Barnard, le saluant, debout, quels que fussent leurs titres, leur âge et leur rang.

Entre-temps, les chirurgiens américains n'étaient pas demeurés en reste. Le 6 décembre 1967, le professeur Adrian Kantrowitz greffe, à l'hôpital Maimonides, à New York, le cœur d'un nouveau-né chez un nourrisson de 18 jours, qui ne survit que 6 h 30. Le 6 janvier 1968, donc 4 jours après l'intervention sur le Dr Philipp Blaiberg, le docteur Norman Shumway, de l'université Stanford en Californie, greffe le cœur d'une femme de 43 ans chez un métallurgiste de 54 ans, qui succombe le 21 janvier.

Le 10 janvier 1968, le professeur Adrian Kantrowitz transplante le cœur d'une jeune femme de 29 ans chez un pompier en retraite de 58 ans, lequel ne survit que 10 heures. Au King Edward Hospital, à Bombay, le 16 février 1968, le Dr Sen greffe chez un jeune homme de 27 ans le cœur d'une jeune fille de 19 ans. Le malade décède 2 h 30 après l'opération.

Greffes françaises

En dépit du climat peu favorable des milieux médicaux parisiens, le professeur Christian Cabrol et le professeur agrégé Gérard Guiraudon ont tenté, à l'hôpital de la Pitié, à Paris, et pour la première fois en Europe, une transplantation cardiaque chez un malade moribond de 66 ans, le 27 avril 1968. Comme tous leurs prédécesseurs étrangers, les deux chirurgiens français ont choisi un sujet pratiquement déjà perdu. La transplantation, chirurgicalement, est réussie ; mais le patient, demeuré en coma dépassé pendant et après l'intervention, succombe le mardi 30 avril, à 10 h 30.

Le 9 mai, le professeur Eric Nègre (Montpellier) tente lui aussi une transplantation cardiaque. Son patient a 64 ans. Il meurt environ 60 heures après l'intervention.

Tous ces échecs ne mettent en cause ni la technique ni la valeur morale et professionnelle des chirurgiens qui les ont essuyés, mais permettent de dégager de façon certaine les conditions que doivent remplir les malades pour supporter la transplantation cardiaque : essentiellement, aucune autre altération organique ne doit être associée à la maladie cardiaque.

Depuis l'intervention du professeur Christian Cabrol et de ses collaborateurs, certaines écoles cardiologiques françaises ont reproché aux chirurgiens cardio-vasculaires de manquer d'audace en ne choisissant que des malades âgés, au seuil de la mort. Pour eux, le bon cas ne doit pas avoir dépassé 60 ans, mais des tranches d'âges très inférieurs seraient encore préférables.

Les indications idéales pour la transplantation cardiaque seraient donc les maladies primitives globales du myocarde chez les sujets jeunes ; par exemple, l'infarctus extrêmement étendu, compromettant la vie à court terme, les cardiopathies congénitales inopérables avec les techniques classiques, incompatibles avec une vie prolongée et ne provenant pas d'hypertension artérielle pulmonaire grave.

Plusieurs voies

Parfaitement au point, la technique chirurgicale pose plutôt moins de problèmes que certaines opérations destinées à corriger les malformations cardiaques congénitales. Seules les réactions immunologiques qui aboutissent au rejet du transplant restent le principal point d'achoppement.

Plusieurs voies de recherche sont actuellement explorées en même temps. D'une part, pour apparier de la façon la plus voisine possible la personnalité immunologique du donneur et celle du receveur, en étudiant la nature des éléments agressifs ou antigènes qui caractérisent leurs tissus (méthodes des professeurs Jean Dausset [Paris], Rose Payne [USA], Van Rood [Leiden], Terasaki [Los Angeles]).