Les différents attentats commis en Suisse — et notamment à Lausanne — par de mystérieux membres du Front de libération romand sont restés une flambée de violence sans lendemain. Le calme a régné, durant ces douze mois, sur toute l'étendue de la Confédération helvétique, que préside Willy Spühler (65 ans), élu le 14 décembre 1967, qui succède à Roger Bonvin.

Traditionnellement hospitalière aux étrangers, la Suisse doit faire face à un problème qui divise ses citoyens : celui de l'augmentation des travailleurs étrangers, en majorité d'origine italienne. Un sondage fait apparaître que 51 % des Suisses sont hostiles à une réduction automatique de la main-d'œuvre étrangère ; 31 % affirment être prêts à l'accepter. Le 7 décembre, le Conseil national se prononce contre la réduction. Sur 6 millions d'habitants, 15 % sont d'origine étrangère, et il est vraisemblable que ce pourcentage sera, à l'avenir, en augmentation.

S'il est relativement aisé d'obtenir l'autorisation de travailler en Suisse, il l'est beaucoup moins d'en devenir citoyen. Un document officiel, publié au début de 1968, rappelle que la législation fédérale impose un séjour de douze années dans la Confédération avant de pouvoir choisir un canton d'accueil. Certains de ceux-ci exigent un certain nombre d'aptitudes particulières : parler la langue, adapter l'orthographe de son nom, connaître l'organisation politique suisse. Les taxes de naturalisation sont, d'autre part, élevées et peuvent, dans certains cas, atteindre 75 000 francs suisses.

La participation des femmes à la vie politique du pays est, le 18 février, acquise de justesse (64 118 oui, contre 58 805 non) dans le canton de Berne. Le même jour, les Suisses adoptent une amnistie fiscale générale unique au 1er janvier 1969.

Pays de prédilection des espions, la Confédération réglemente sévèrement la vente des gadgets chers à James Bond, comme les mini-téléviseurs, les émetteurs-récepteurs et les appareils acoustiques.

La volonté de disponibilité du gouvernement dans tous les grands problèmes mondiaux, notamment la guerre au Viêt-nam, marque la politique étrangère helvétique.

Une certaine tension résulte, en août 1967, de l'asile accordé par le gouvernement à 600 réfugiés tibétains. La Chine dénonce « les activités antichinoises menées par les bandits tibétains en Suisse », invoquant à cet égard la cérémonie de la pose de la première pierre du Tibet Institute, créé pour préserver les activités culturelles et religieuses des exilés.

L'économie privée est toujours florissante, mais le gouvernement s'inquiète, dans un rapport officiel, de constater que l'inflation n'a pas été entièrement jugulée.

Tchécoslovaquie

14 240 000. 111. 0,7 %. Consomm. énergie (*65) : 5 676 kg e.c.
Transports. Rail (*65) : 19 748 M pass./km, 56 904 M t/km. Véhicules utilitaires (*65) : 143 000. Aviat. civ. (*65) : 680 454 000 pass./km.
Information. Journaux : 27 quotidiens ; tirage global : 3 971 000. Récepteurs radio : 3 727 000. Téléviseurs : 2 113 000. Cinéma : 3 711 salles ; fréquentation : 128,4 M. Postes téléphone : 1 491 000.
Santé (63). 24 478 médecins.
Éducation (64). Prim. : 2 240 844. Sec. et techn. : 421 591. Sup. : 141 646.
Institutions. État indépendant le 28 octobre 1918. République populaire en 1948. Constitution de 1960. Président de la République : le général Svoboda, élu le 30 mars 1968. Premier secrétaire du Parti : Alexander Dubcek. Premier ministre : Oldrich Cernik. Parti unique : Front national.

Le renouveau à Prague : socialisme et liberté

L'année du vingtième anniversaire du coup de Prague, entre le 5 janvier et le 28 mars 1968, la Tchécoslovaquie a changé le visage de son régime politique, dans une brève transition d'un stalinisme édulcoré à un socialisme démocratisé. Cette mutation a suivi le scénario d'une crise ministérielle classique.

En 1967, la réforme de la gestion, inaugurée le 1er janvier 1965, a révélé l'échec de Novotny, dû pour l'essentiel à une résistance bureaucratique. Dans les conciles du parti, les évolutionnistes s'opposent aux conservateurs. Les débats sont très vifs.

Un pouvoir autoritaire

Dans le même temps, un pouvoir d'autant plus autoritaire qu'il a moins d'autorité doit affronter les intellectuels révoltés. Le congrès des écrivains, en juin 1967 se transforme en forum d'opposition.