Vainqueur aux primaires d'Indiana, Robert Kennedy est battu à celles d'Oregon. Il remporte, en Californie, la dernière épreuve avant la convention démocrate de Chicago. Mais, à peine sa victoire connue, un jeune Palestinien tire trois balles contre lui, dans un hôtel de Los Angeles. Robert Kennedy meurt le lendemain. Sa disparition renforce encore les chances du vice-président Humphrey.

Le sénateur Robert Kennedy

Grièvement blessé à la tête le 4 juin, alors qu'il vient de célébrer sa victoire aux élections primaires de Californie, Robert Kennedy meurt vingt-cinq heures plus tard. Son meurtrier, Sirhan Sirhan, un Palestinien installé depuis 1957 aux États-Unis, est aussitôt arrêté, mais refuse de faire la moindre déclaration. Deux mois après le crime de Los Angeles, aucun indice ne venait étayer la thèse d'un vaste complot. La thèse officielle estime que Sirhan Sirhan aurait tué Robert Kennedy pour se venger des déclarations faites quelques jours auparavant par le sénateur de New York en faveur de l'État d'Israël.

Les trois prétendants républicains

Dans le camp républicain, la situation n'avait pas connu de tels rebondissements. D'entrée de jeu, Richard Nixon, l'ancien vice-président d'Eisenhower, a fait connaître son intention d'être le candidat républicain à la présidence. R. Nixon, qui a été battu de peu, en 1960, par John Kennedy, ne fait cependant pas l'unité du parti. Les libéraux, en particulier, lui reprochent son conservatisme. C'est ainsi que George Romney, le gouverneur du Michigan, fait acte de candidature. Il est soutenu par les républicains libéraux, en particulier par ceux qui s'étaient opposés à la candidature de Barry Goldwater en 1964. Assez vite, cependant, G. Romney, qui avait critiqué la guerre du Viêt-nam, doit mettre un terme à ses efforts. Tous les sondages prouvent qu'il ne parviendra pas à imposer son image sur la scène nationale.

Romney éliminé, les espoirs des républicains libéraux se reportent sur le gouverneur de l'État de New York, Nelson Rockefeller. Mais Rockefeller, très critiqué par les républicains conservateurs pour avoir mené la bataille contre Goldwater quatre ans plus tôt, ne s'engage jamais vraiment dans la campagne et il s'en retire à son tour à la fin du mois de mars, pour n'y revenir qu'avec Hubert Humphrey. Le retard pris est apparemment trop grand pour pouvoir être rattrapé ; mis à part deux succès d'estime aux élections primaires du Massachusetts et de l'État de New York, Rockefeller ne parvient pas à distancer son rival Nixon, qui bénéficie de l'appui des professionnels du parti. En juin 1968, tous les sondages indiquent que Richard Nixon dispose déjà d'une majorité théorique à la convention républicaine de Miami Beach, qui ne va s'ouvrir que dans les premiers jours du mois d'août.

Alors qu'on semblait se diriger vers un duel Humphrey-Nixon — au désespoir des éléments hostiles à la guerre du Viêt-nam et partisans d'une nouvelle politique intérieure —, un troisième candidat maintenait son nom : George Wallace, ancien gouverneur ségrégationniste de l'Alabama. Wallace a fait acte de candidature un des premiers à titre indépendant et sur un programme qui peut se résumer à la formule : non à l'intégration. Bien qu'il n'ait aucune chance de l'emporter, sa candidature est susceptible de modifier bien des prévisions dans la mesure où elle peut geler de nombreuses voix démocrates et républicaines dans les États du Sud.

Wallace compte, pour faire des voix, sur l'inquiétude provoquée parmi la population blanche américaine par les émeutes raciales. Dès juillet 1967, les États-Unis ont connu de très graves émeutes, notamment à Newark, à proximité de New York, et à Detroit. Dans ces deux villes, la police locale a été rapidement débordée, et le président Johnson a fait intervenir des unités de l'armée régulière pour rétablir le calme. Ce retour au calme s'est fait au prix de plusieurs dizaines de victimes, pour la plupart des Noirs, et de plusieurs centaines de millions de dollars. Pour la première fois, à l'occasion des émeutes de Detroit et de Newark, les Américains ont vu apparaître le spectre d'une seconde guerre civile.

Le meurtre du pasteur Luther King

Les émeutes de l'été 1967 n'ont pas été, en effet, cantonnées à ces deux villes ; elles ont atteint à des degrés divers un grand nombre de localités, notamment Chicago, Plainfield, New Haven, Milwaukee, Cairo, etc., et ont été marquées par l'apparition de nouveaux leaders du pouvoir noir, en particulier Stokely Carmichael (il entreprit un tour du monde révolutionnaire, passant notamment par La Havane, Hanoi et Alger) et Rap Brown, emprisonné pour port d'arme prohibée. Dans le même temps, on assiste à une évolution d'un homme comme le pasteur Martin Luther King. L'apôtre de la non-violence durcit, en effet, son opposition au conflit vietnamien et, sans revenir sur le principe de la non-violence, parle de plus en plus de pouvoir spirituel noir et de désobéissance civile.