En fait, ce secteur est le premier à être frappé par le glaive de l'épuration. Avant de sortir de l'immobilisme, il fallait bien assurer les arrières du régime. Nasser peut ainsi, sans grand risque, sévir impitoyablement contre ses adversaires les plus dangereux. Le maréchal Amer ne peut supporter à la fois le choc de la débâcle et les coups de la répression : il se suicide le 14 septembre. Ses compagnons d'infortune sont traduits devant un tribunal de la Révolution. Les chefs de l'aviation, tenus pour responsables de la défaite, sont jugés par une cour martiale.

Programme de réformes

Le verdict, prononcé le 20 février, condamne ces officiers à une peine maximale de 15 ans de prison, jugée trop clémente par une bonne partie de l'opinion, et provoque une explosion d'indignation chez les étudiants et les ouvriers. De violentes manifestations se produisent dans les principales villes ; les heurts avec les forces de l'ordre font plusieurs centaines de blessés. Les slogans scandés par les foules indiquent qu'elles remettent en cause l'ensemble du régime, sinon le leadership du président Nasser. Les députés, qui se sont jusque-là manifestés par leur docilité à l'égard du pouvoir, prononcent de sévères réquisitoires contre le système.

Nasser cède à la vague populaire, sans pour autant capituler. Le 25 février, il annonce la révision du procès qui est à l'origine des émeutes. Le 30 mars, il énonce un vaste programme de réformes, qu'il va soumettre à l'épreuve du référendum le 2 mai. Approuvé par une majorité écrasante — 99,989 % des voix exprimées —, ce programme annonce des élections libres de la base au sommet de l'Union socialiste arabe (qui se sont déroulées fin juin), l'élaboration d'une nouvelle constitution, le renouvellement au suffrage universel de l'Assemblée nationale, et de profondes réformes.

Après la guerre des six jours diverses mesures d'assainissement ont été prises ; les entreprises nationalisées, soumises à une centralisation étatique excessive, obtiennent leur autonomie de gestion. Un budget d'austérité est mis en œuvre pour compenser le manque à gagner suscité notamment par la fermeture du canal de Suez et le fléchissement du tourisme. Les crédits consacrés à d'ambitieux projets de développement sont réduits d'une centaine de millions de livres (environ un milliard de francs). Pour pallier la carence du secteur étatisé, des facilités et des encouragements de toutes sortes sont prodigués à l'entreprise privée. Les saisies de biens appartenant aux paysans endettés sont interdites. En revanche, le commerce de gros est nationalisé en octobre, et une loi destinée à combattre les bénéfices illicites édictée en novembre.

À vrai dire, Nasser a fait alterner les mesures de gauche et de droite, vraisemblablement à la fois pour des raisons d'efficacité économique et d'opportunité politique. S'il libère plus d'un millier de Frères musulmans en novembre, il restitue à un nombre équivalent de communistes tous les droits civiques dont ils étaient privés. S'il lève encore le séquestre sur les biens de certains capitalistes et féodaux, il renforce la représentation des paysans pauvres au sein du parti et des collectivités locales.

Il est cependant difficile d'attribuer aux seules mesures intérieures le redressement intervenu en Égypte. C'est grâce aux fournitures des pays socialistes que le ravitaillement en blé de la population égyptienne est assuré.

C'est grâce aussi aux livraisons massives d'armement et au concours de quelques milliers d'experts et de techniciens soviétiques, que l'armée de la RAU, épurée et réorganisée, peut reprendre sa place sur les lignes du cessez-le-feu. C'est grâce encore à la présence de la flotte soviétique en Méditerranée orientale que la sécurité de l'Égypte et donc celle du régime sont renforcées.

Régler le conflit avec Israël

Le président Nasser a, en outre, obtenu un soutien économique, financier et diplomatique non négligeable du gouvernement français, qui n'a cessé de lui témoigner une amitié agissante, et dans une moindre mesure de la Grande-Bretagne, avec laquelle il renoue officiellement en octobre. Les rapports du Caire avec l'Allemagne de l'Ouest et les États-Unis n'ont cessé de s'améliorer. En novembre, Bonn décide de restituer les facilités de paiements au gouvernement du Caire, qui autorise l'entrée des bateaux allemands dans les ports égyptiens.