Dans la nuit, à 3 heures, Damas décide également l'arrêt des combats.

La campagne de Syrie

Le vendredi 9, tôt dans la matinée, alors que tout est théoriquement terminé, la campagne s'engage sur le front syrien. Durant les quatre précédentes journées, les Syriens avaient mené une offensive limitée : quelques raids aériens au nord du lac de Tibériade et les habituels tirs d'artillerie à partir des crêtes sur les kibboutzim frontaliers.

À 10 h 30, l'armée israélienne monte à l'assaut et pendant près de quarante-huit heures les opérations se poursuivent sur le plateau de Gaulan pour la conquête des crêtes de haute Galilée, hérissées de bunkers et de fortifications. La pénétration est difficile. Néanmoins, les troupes du général Rabin s'emparent de Butmieh, Missada, Dardara, Tel-Azzazyah. À Kouneitra, les combats sont extrêmement violents, rue par rue, maison par maison, tandis que l'aviation juive pilonne sans cesse les positions syriennes.

Les Israéliens parviennent à quelques dizaines de kilomètres de Damas lorsque les deux adversaires se décident à respecter le cessez-le-feu.

Il est difficile de faire le bilan des pertes arabes. Probablement plus de 50 000 morts, contre 679 Israéliens. 800 chars arabes ont été détruits, une base de fusées récupérée intacte dans le Sinaï, la flotte égyptienne anéantie. Israël occupe un territoire trois fois plus important que le sien.

Des combats sporadiques reprennent début juillet : tirs d'artillerie dans la zone du canal, vedettes lance-torpilles égyptiennes coulées, avions abattus, le train El-Kantara - El-Arich saboté. Le Caire et Tel-Aviv acceptent l'envol par l'ONU d'observateurs neutres sur le canal. Trop peu nombreux, ils ne pourront éviter que les incidents se renouvellent.

Les répercussions du conflit

Égypte

Le réveil est rude pour le monde arabe. Le plus conscient de ses dirigeants, Nasser, comprend que la partie est perdue. Le 9 juin, il remet sa démission : « Je suis prêt, dit-il, à assumer toutes les conséquences de cet échec. J'ai confié au vice-président Zakaria Mohieddine la direction de l'État. » Le discours est télévisé. À peine est-il terminé que la population du Caire descend dans la rue, se porte en foule devant le Parlement, exige que le Raïs revienne sur sa décision. La manifestation prend une ampleur considérable.

Dans la soirée, à 21 h 15, Nasser déclare reprendre sa décision, devant le plébiscite populaire. C'est un triomphe pour le chef d'État égyptien, qui, deux fois déjà dans le passé, a joué le jeu de la démission rapportée.

Les problèmes à résoudre sont immenses. Il épure l'armée : 650 officiers sont remplacés (dont son propre beau-frère, le maréchal Amer, chef d'état-major de l'armée). Doté des pleins pouvoirs, le Raïs réorganise son gouvernement en se désignant lui-même Premier ministre, et en décidant que désormais le parti l'Union socialiste arabe, dont le secrétaire général était Ali Sabri, prendra la relève de l'armée.

L'analyse des raisons de la défaite est faite publiquement. « Nous commettons toujours de nombreuses fautes, écrit Heikal, le rédacteur en chef d'Al Ahram et ami de Nasser. Nos paroles expriment souvent plus que nous ne voulons dire. »

Enfin, il y a la grande explication avec les Russes. Podgorny arrive au Caire le 21 juin.

Les conversations se prolongent durant plusieurs jours et après une enquête du maréchal Zakharov, chef d'état-major soviétique, l'URSS s'engage à reconstituer l'armée de la RAU (200 avions, des chars, des munitions), contre un droit de regard sur l'utilisation de l'aide.

Les dirigeants arabes durs, les Syriens et surtout les Algériens, ne sont pas d'accord pour arrêter la lutte. Le colonel Boumediene, qui, dès le 9 juin, a stigmatisé l'acceptation du cessez-le-feu, part pour Moscou. « Nous ne pouvons pas accepter le fait accompli, nous n'arrêterons pas les combats », déclare-t-il.

« L'accord de cessez-le-feu n'est qu'un arrêt temporaire », dit en écho le gouvernement de Damas, qui reçoit le 1er juillet la visite du président Podgorny.

Cependant, tous les chefs arabes ne partagent pas cette intransigeance. Le roi Hussein, qui a perdu sa province la plus prospère, désire la réunion d'un sommet arabe. Au cours de sa visite au Caire, le 11 juillet, il s'en ouvre à Nasser et à Boumediene, de passage dans la capitale égyptienne. Sa suggestion ne rencontre pas un grand enthousiasme après le demi-échec de la conférence des ministres arabes des Affaires étrangères à Koweit, le 17 juin. Déjà resurgissent les forces centrifuges du monde arabe. Bourguiba fait de prudentes distinctions, l'Arabie Saoudite annonce son intention de reprendre les livraisons de pétrole « pour sauver l'économie de la patrie arabe ».

Israël

Après la joie qui a suivi la victoire, les Israéliens doivent en cueillir les fruits amers. Menacés, les Juifs rassemblaient la majorité des sympathies et des encouragements. Vainqueurs, ils se heurtent aux jugements sévères, aux accusations, aux restrictions embarrassées de leurs meilleurs amis. Rapides dans leur victoire, ils sont pressés de traiter. Leur économie est obérée par ce million et demi de bouches supplémentaires à nourrir et par la paralysie partielle qu'entraîne le maintien sous les drapeaux de leurs réservistes. Ils doivent justifier leur succès en secourant les milliers de soldats égyptiens qui errent dans le Sinaï et meurent de soif.