Le Gouvernement récompensait, sans aucun doute, au-delà des mérites personnels de Périllat, toute l'équipe de France pour ses états de service exceptionnels aux championnats du monde, qui s'étaient déroulés, l'été précédent, à Portillo du Chili.

Les résultats avaient dépassé toutes les espérances : sur les vingt-quatre médailles mises en compétition, l'équipe de France s'en était attribué seize avec Guy Périllat, Jean-Claude Killy, Léo Lacroix, Georges Mauduit, Marielle Goitschel et Annie Famose.

La dernière saison a confirmé la supériorité de l'école française, dirigée avec autorité et compétence par Honoré Bonnet, mais elle a surtout été marquée par la personnalité de Jean-Claude Killy, le premier vainqueur de la Coupe du monde.

Un exploit définitif

Cette Coupe du monde, créée en 1967, est en fait un championnat par addition de points portant sur toutes les grandes épreuves de la saison.

Or, Killy est non seulement lauréat, mais déjà recordman ; car il a totalisé le maximum de points attribués. Son exploit pourrait être, au mieux, égalé, mais jamais dépassé.

Marielle Goitschel a manqué, à 7/100 de seconde près, la première place de la Coupe du monde féminine, qu'elle a dû céder à la Canadienne Nancy Greene... Mais les Françaises sont groupées aux places d'honneur ; derrière Marielle Goitschel (2e) se classent : Famose (3e), Mir (4e), Steurer (5e). De même, chez les hommes, seul l'Autrichien Messmer (2e) a réussi à s'intercaler dans les cinq premières places, complétées par d'autres Français : Périllat (3e), Lacroix (4e), Mauduit (5e).

La Coupe du monde a eu un retentissement jusqu'aux États-Unis, qui organisaient en mars les dernières épreuves, la compétition s'étant achevée à Jackson Hole, au cœur du Good Old West, sur les pentes de la chaîne du Grand-Téton.

La popularité de Jean-Claude Killy est telle, en Amérique, qu'elle a même modifié les traditions commerciales de l'équipement de ski.

Un ambassadeur de charme

Le marché américain était jusqu'alors exclusivement réservé aux fabricants autrichiens et suisses. À la fin de l'hiver dernier, les fabricants français, qui équipent Killy et ses camarades, étaient débordés de commandes, provenant des États-Unis et de l'étranger. Les succès des skieurs français représentent une rentrée de plusieurs milliards d'anciens francs de devises étrangères.

Jean-Claude Killy, séduisant pour le public américain, très à l'aise (d'autant qu'il parle bien l'anglais) dans ses apparitions à la télévision ou dans ses interviews à la radio, n'a pas été seulement un ambassadeur de charme du ski français, il a été aussi un excellent agent qui a mis en valeur par ses performances la qualité de la technique et du matériel français.

Suprématie française à Portillo du Chili

Les XXVIes championnats du monde de ski, qui se sont déroulés à Portillo du Chili, du 4 au 14 août 1966, ont permis au ski français d'imposer son indiscutable supériorité. Sur 24 médailles, 16 sont allées aux skieurs de l'équipe de France (6 médailles d'or, 7 d'argent et 3 de bronze). Jean-Claude Killy et Marielle Goitschel ont remporté chacun deux médailles d'or.

XXVIes championnats du monde
(4-14 août à Portillo du Chili)

Dames

Slalom spécial : 1. Annie Famose (F) [45″ 92 + 44″ 56] 1′ 30″ 48 ; 2. Marielle Goitschel (F) [46″ 52 + 44″ 43] 1′ 30″ 95 ; 3. Penny McCoy (USA) [47″ 28 + 45″ 7] 1′ 32″ 35.

Slalom géant : 1. Marielle Goitschel 1′ 22″ 64 ; 2. Heidi Zimmermann (A) 1′ 23″ 81 ; 3. Florence Steurer (F) 1′ 24″ 92.

Descente : 1. Erika Schinegger (A) 1′ 32″ 63 ; 2. Marielle Goitschel 1′ 33″ 42 ; 3. Annie Famose 1′ 34″ 36.

Combiné : 1. Marielle Goitschel ; 2. Annie Famose ; 3. Heidi Zimmermann.

Messieurs

Slalom spécial : 1. Carlo Senoner (I) [53″ 72 + 47″ 84] 1′ 41″ 56 ; 2. Guy Périllat (F) [53″ 14 + 49″ 11] 1′ 42″ 25 ; 3. Louis Jauffret (F) [54″ 88 + 47″ 70] 1′ 42″ 58.