Félicitons-nous, pourtant, de voir des tuyauteries de tous calibres monter à l'assaut des immeubles fin de siècle, octogénaires ventrus comme des commodes, toujours solides, ou des vénérables hôtels du Marais, débarbouillés par des amateurs aux revenus suffisants. Ce n'est pas seulement dans les immeubles neufs — HLM ou résidences luxueuses — que le Français moyen fait l'apprentissage du confort.

Les objets

Une fois conquis son logis, riche ou modeste, le Français pense moins à le meubler qu'à se procurer les objets qui font la vie plus agréable et plus facile. De plus en plus, il considère comme indispensable ce que son père aurait trouvé superflu.

En tête de sa liste, le réfrigérateur, à la fois cave et grenier, source permanente du bonheur domestique pour lui, qui boit frais, et pour elle, qui ne va plus au marché que deux fois par semaine. Son prix en fait un rêve accessible : il s'en est vendu 9 800 000.

En deuxième position, avec 8 700 000, l'automobile. Moins chère, elle serait, sans doute no 1, tant elle obsède le Français, prêt à lui pardonner tous ses inconvénients pour ne remarquer que ses avantages : char de l'évasion, armure des faibles, capsule de vitesse.

No 3, le récepteur de télévision : 7 750 000, soit 56 % des citoyens ; ceux qui ne l'ont pas sont maintenant moins nombreux que ceux qui l'ont. Le Français pense d'abord au réfrigérateur. Ensuite, il est plus pressé d'acheter une voiture puis un téléviseur qu'un aspirateur (7 450 000) ou une machine à laver (6 800 000). Qui n'a vu tel bidonville hérissé d'antennes - râteaux, mais où les matrones manient le balai et le battoir des lavandières. Et où chantent, sous les toits de tôle ondulée, les derniers 45 tours dans le vent (en tout, 5 100 000 électrophones).

Allo ! Ne coupez pas...

Les temps ont changé depuis que Degas refusait le téléphone pour ne pas « accourir quand on le sonne », comme un domestique. Aujourd'hui, le Français veut le téléphone. Souvent en vain : 380 264 demandes d'abonnement attendent d'être satisfaites, 2 400 000 foyers désirent l'appareil magique qui vous relie au monde, même s'ils n'ont pas jugé bon d'aller jusqu'à en faire la demande, parce qu'ils pensent n'avoir aucune chance de l'obtenir ou, tout simplement, parce qu'il faut débourser 500 F quand, par miracle, les PTT répondent « oui ».

Actuellement, il y a 5 604 331 abonnements individuels ou collectifs : 2 700 000 foyers sont équipés du téléphone. Pratiquement, un Français sur 5. En fait, on compte 124 postes pour 1 000 Français, ce qui nous classe au 12e rang des pays d'Europe. La Suède, qui vient en tête, est presque 4 fois mieux équipée que nous.

Sept départements, seulement, dépassent les 100 000 abonnés. En tête, la Seine, avec 1 882 136, pour la Seine-et-Oise (273 588), les Bouches-du-Rhône, le Rhône, le Nord, les Alpes-Maritimes et la Gironde (110 867). Avec 9 780 et 9 235, la Creuse et le Gers sont au prorata de leur faible population. D'ailleurs, si le nombre des postes correspond, à peu près, au volume d'un département, l'augmentation régulière de ce nombre donne une idée de son dynamisme : pour la Seine, le chiffre a augmenté, en un an, de 93 618, et pour le Gers de 643 seulement, soit 145 fois moins et, si l'on tient compte de l'énorme différence des populations, 5 fois moins. Entre ces deux extrêmes, toutes les variations s'inscrivent, selon que vous êtes Breton, Méridional ou Picard.

Encore faut-il tenir compte, dans les départements surpeuplés, donc surindustrialisés, d'une assez forte proportion de téléphones d'entreprises. Reste aux particuliers sans téléphone à utiliser, pour leurs besoins personnels, celui de leur lieu de travail, éventuellement le bureau de poste ou le café du coin.

Une précision : les départements sous-développés ou, au contraire, surdéveloppés laissent peu d'espoir à ceux de leurs habitants qui désirent le téléphone.

Que les impatients se consolent : les privilégiés qui ont le téléphone se plaignent, souvent, qu'il ne marche pas. Sur ce chapitre, il est vrai, la France n'est pas seule à pâtir d'un honteux retard : les journaux anglais sont pleins des « fantaisies du téléphone » et les touristes habitués de la Costa Brava savent, par expérience, qu'il est impossible de téléphoner d'un bureau de poste espagnol et que, dans les hôtels, on attend parfois du jour au lendemain une communication avec Lille ou Clermont-Ferrand.

Le nerf de la paix

Tout comme son ministre des Finances, le Français établit son budget. En dehors de plus ou moins grosses dépenses d'investissements qui exigent de longues prévisions, il lui faut vivre chaque jour en essayant, autant que possible, de ne pas dépenser plus qu'il ne gagne. Les différences de revenus provoquent non seulement des différences de volumes des dépenses, mais une autre répartition des chapitres ou, même, l'apparition de chapitres nouveaux, suivant le standing de chaque individu. Il serait trop long et trop compliqué d'essayer de fouiller ces disparités. Restons-en donc, encore une fois, aux moyennes du Français moyen. Comment s'habille-t-il, mange-t-il, fume-t-il ? Que consacre-t-il à ses loisirs, à sa voiture ?