Depuis le congrès mondial de cardiologie, le professeur Jean-Paul Binet a été amené à améliorer considérablement cette nouvelle technique. Le transplant, en effet, était primitivement compromis par les réactions de défense de l'organisme du receveur, dites « immunologiques » et tendant à détériorer le greffon, à le rejeter comme un corps étranger en raison de son potentiel antigénique.

Un procédé nouveau

Réduire la puissance des facteurs d'agressivité a été la tâche à laquelle le professeur Jean-Paul Binet a consacré de longs mois. La difficulté était d'atténuer considérablement le potentiel antigénique du greffon, tout en lui conservant l'intégrité de sa structure, ce qui excluait toutes les méthodes de conditionnement connues, car elles déterminent nécessairement une dévitalisation du tissu et une dénaturation des protéines (matières azotées) qui le composent.

Le professeur Jean-Paul Binet a imaginé de réduire au minimum la quantité de tissu greffé ; il choisit un donneur très jeune et conditionne le greffon par un procédé chimique personnel qui en respecte la structure.

Par cette méthode, il a déjà pu préparer 22 hétérogreffes valvulaires mises en place chez l'animal et 37 hétérogreffes valvulaires aortiques transplantées chez l'homme, sans qu'aucune détérioration du greffon par des réactions immunologiques ait été à déplorer.

Nul n'étant prophète en son pays, la remarquable technique du professeur Jean-Paul Binet n'est malheureusement appliquée, en dehors de son service, qu'à l'hôpital Broussais (Paris) et à l'hôpital Saint-Vincent de Melbourne (Australie).

Difficultés françaises

Ce succès de l'un de nos meilleurs chirurgiens cardio-vasculaires pourrait faire croire à un renouveau de la recherche cardiologique en France.

Malheureusement, il ne s'agit là que d'une manifestation limitée et quasi artisanale, comme l'a été, voici une dizaine d'années, celle du professeur Corabœuf, de la faculté des sciences de Paris, et du docteur Zacouto, inventeurs du premier prototype de cœur artificiel, dont les recherches ont dû être interrompues faute de crédits. La Fondation cardiologique française, présidée par le professeur P. Soulié, a démontré, au cours des états généraux du cœur, qui se sont déroulés à Paris avec un certain éclat du 5 au 7 décembre 1966, que la recherche cardiologique en France était tragiquement insuffisante.

Si l'on compare, en France et aux États-Unis, les fonds attribués à la recherche cardiologique et l'importance numérique de la population de ces pays, on s'aperçoit que le cœur d'un citoyen français est évalué à 4 F contre 100 F pour celui d'un citoyen américain.

Ces chiffres, rapprochés de celui des 200 000 cardiaques qui, en France, meurent annuellement, ont provoqué l'indignation des 114 éminents cardiologues français qui, au cours des états généraux du cœur, ont alerté l'opinion et attiré l'attention des pouvoirs publics sur les besoins de la cardiologie française.

Quelques mois plus tard, le directeur de l'Assistance publique à Paris était contraint, par insuffisance de crédits, de personnel infirmier et de médecins assistants, de prier le professeur Charles Dubost, chef du plus important service de chirurgie cardio-vasculaire de France, installé à l'hôpital Broussais et considéré comme le service pilote en matière de chirurgie cardiaque, de bien vouloir réduire de 70 % l'activité de son service.

Les cœurs artificiels

Dans le domaine de la cardiologie, le salut des grands cardiaques semble venir des États-Unis. C'est du moins ce qui ressort des travaux présentés au IIe Congrès de la Société européenne de chirurgie expérimentale qui s'est tenu à l'Université catholique de Louvain, du 3 au 5 avril 1967.

En effet, a révélé le professeur W. J. Kolff, du Département des organes artificiels de l'université de l'Ohio, à Cleveland, inventeur du rein artificiel et du cœur-poumon artificiel, bien que les recherches sur la transplantation de cœurs humains et animaux chez l'homme se poursuivent et que cette transplantation ne pose techniquement plus de problèmes — surtout celle du bloc cœur-poumon —, les chercheurs américains estiment que l'avenir est au remplacement pur et simple du cœur humain défaillant par un cœur artificiel total.

Un moteur rotatif

Les besoins des États-Unis s'élèvent à 100 000 cœurs par an, et il est impossible de les satisfaire par la transplantation. D'une part, le nombre des cœurs humains prélevés sur les cadavres sera toujours insuffisant, et, d'autre part, les animaux sont trop petits, ou bien ils ont une durée de vie insuffisante pour que leur cœur puisse convenir à l'homme. Le remplacement total du cœur par une pompe mécanique a été réalisé à Cleveland, dans le service du professeur W. J. Kolff, sur un animal, qui a vécu quarante-huit heures avec cette prothèse.