Des commentateurs profanes du rapport ont surtout retenu des troubles digestifs mineurs, mais ils ont omis les ictères (jaunisses), les troubles circulatoires cérébraux, les modifications de l'appétence sexuelle, de l'équilibre affectif et l'apparition de réactions d'angoisse.

Si, sur le plan gynécologique, les accidents sont de peu d'importance, les spécialistes, eux, ne sont pas sûrs que certaines de ces pilules ne soient pas à l'origine de cas d'œdème cérébral, d'hypertension crânienne et de crises épileptiques ou épileptiformes.

Les modifications du mécanisme d'assimilation des sucres rendent, d'autre part, les contraceptifs oraux dangereux pour les diabétiques. Les rapporteurs ont noté l'action de ces produits sur la circulation veineuse et n'ont pas formellement rejeté la possibilité d'accidents emboliques.

Il convient de retenir que les membres du comité ont déclaré : « Les observations humaines sont encore récentes et effectuées sur des populations très spéciales, elles sont difficiles à extrapoler d'une population à l'autre. Avant de conclure, une certaine réserve s'impose donc dans l'attente de nouvelles informations. »

Des risques mal connus

Quant à la conclusion, elle est plus édifiante encore : « Les incertitudes actuelles sur les effets des contraceptifs envisagés dans ce rapport ne dépassent pas celles concernant de nombreux médicaments d'usage courant. Elles ne sauraient donc avoir pour conséquence d'interdire l'usage de ces produits à titre thérapeutique, lorsqu'il s'agit de guérir ou d'atténuer certains syndromes pathologiques contre lesquels ils se montrent efficaces, ou d'éviter des grossesses médicalement contre-indiquées.

« Mais on doit faire quelques réserves lorsqu'il s'agit d'en user, souvent pendant de très longues périodes, dans un but de prévention chez des femmes non malades. À ce moment-là, la responsabilité du risque, aussi faible soit-il, ne doit plus être supportée par le médecin, mais par la femme elle-même qui use du produit pour sa convenance personnelle. De nombreuses recherches cliniques, biologiques, statistiques, sont souhaitables pour parfaire nos connaissances et réduire nos incertitudes. »

Absorption limitée

Le comité des Sages a jugé sur pièces, c'est-à-dire d'après les publications médicales diffusées dans le monde entier.

En octobre 1966, aux Entretiens de Bichat, le professeur F. P. Merklen, titulaire de la chaire de pathologie expérimentale à la Faculté de médecine de Paris, et son collaborateur, le docteur G. L. Melki, présentèrent une communication sur les accidents dermatologiques de la pilule anticonceptionnelle, qu'ils rendent responsable de l'accroissement du nombre des femmes chauves, moustachues et acnéiques. Le préjudice esthétique est tel pour certaines jeunes femmes que les auteurs de la communication n'hésitent pas à déclarer qu'il s'agit là de véritables drames psychologiques.

Absorption prolongée

Les produits anticonceptionnels sont examinés avec prudence, depuis quelques mois, dans le cadre de l'enseignement post-universitaire des médecins. Ainsi, le 15 mars 1966, le docteur Gorins rappelle, à l'hôpital Tenon, que si ces produits ont une action bénéfique dans le traitement de la stérilité, des troubles menstruels et la prévention de la grossesse tubaire, cas pour lesquels leur absorption est limitée dans le temps, on est totalement ignorant des conséquences d'un traitement de longue durée.

Il rejoint en cela le docteur S. D. Kawitkar, du Lokmanya Titak municipal General Hospital, à Bombay, qui, après une expérimentation humaine massive en Inde, se reconnaît incapable de dire quel peut être l'effet de la pilule sur les femmes qui la prendraient de la nubilité à la ménopause.

Le docteur André Gorins énumère quelques accidents qu'il est raisonnable de lier à l'emploi de la pilule contraceptive. Pour lui, il est hors de doute que, chez les femmes ayant des antécédents variqueux, la thrombose (occlusion des vaisseaux) est toujours possible ; le risque de cancer n'est pas exclu puisque, aux États-Unis, on a découvert que des produits étaient cancérigènes au bout de vingt-cinq ans.