C'est sur le plan de l'exploration extensive, et surtout des récoltes, que la coopération avec un navire de surface se révèle utile. Au cours de la campagne de Madère, le Jean-Charcot a systématiquement opéré des prélèvements de plancton et de faune des fonds sur tous les secteurs où avaient été effectuées des plongées, et, en outre, suivant un certain nombre de sections partant de la ligne de rivage jusqu'à des fonds de 3 000 à 4 000 m. Certes, le caractère chaotique des fonds dû à l'importance de manifestations anciennes du volcanisme (qui avaient d'ailleurs gêné quelque peu le bathyscaphe) a amené la perte de nombreuses dragues. Néanmoins, pour la première fois, la moitié environ des espèces vivant sur le fond, aperçues du bathyscaphe, ont pu être récoltées, en même temps que bon nombre d'autres que les plongeurs n'avaient pas eu la chance d'apercevoir.

Rentabilité maximale

Le peuplement du talus continental de l'île de Madère entre 1 000 et 3 000 m a montré une faune riche et variée, principalement sur les substrats rocheux, habituellement dépourvus de vie à ces profondeurs. Ils étaient, ici, richement peuplés par des cœlentérés divers, des crinoïdes pédonculés, des éponges, etc.

Au-delà de 3 000 m, la grande plaine abyssale, couverte de vase, a montré aussi une faune d'une exceptionnelle richesse avec des holothuries, des pagures et des poissons, dont le macruridé Nematonurus ; deux exemplaires, dépassant 80 cm de long, de cette espèce ont été capturés par les lignes de l'Archimède.

Les campagnes océanographiques, qu'elles utilisent des navires ou des engins spéciaux, tels que le bathyscaphe, sont des opérations trop coûteuses pour qu'on ne cherche pas à réunir toutes les chances d'une rentabilité maximale.

L'expérience faite à Madère en 1966 est à cet égard concluante : méthodes classiques à partir d'un navire de surface et méthodes de pénétration autonome dans les profondeurs se complètent et se valorisent mutuellement.

L'opération « messages à la mer »

Durant plusieurs mois, des navires de différentes nationalités ont lancé à la mer, en dix points différents du globe, des pochettes de matière plastique de couleur bleue. Les personnes qui les ouvrent y trouvent, rédigé en cinq langues, un message qu'elles sont priées de renvoyer au service intéressé, après avoir indiqué le lieu et la date de leur trouvaille.

L'opération messages à la mer (commencée fin octobre 1966), mise au point avec la participation du Service central hydrographique de la Marine française, a pour but l'observation des courants marins. Ces courants sont le véhicule naturel de tout ce qui flotte à la dérive, et notamment des hydrocarbures rejetés à la mer. L'affaire du Torrey Canyon, en avril 1967, a illustré l'intérêt d'une meilleure connaissance de la géographie des courants pour lutter contre les risques de pollution.

L'étude des courants marins est une des tâches principales que s'assignent actuellement les océanographes. Le Gulf Stream lui-même recèle des inconnues. Pour étudier les phénomènes qui se produisent en bordure du grand courant chaud de l'Atlantique Nord, la marine américaine, en octobre 1966, a immergé des balises dont le cône-ancre plonge à des profondeurs différentes, et provoqué la formation de taches argentées en répandant de la poudre d'aluminium. Des photographies aériennes prises à intervalles réguliers ont permis de suivre les déplacements de ces points de repère.

Le bilan mondial des ressources en eau

L'eau ne constitue pas pour l'humanité une richesse naturelle illimitée.

Les disponibilités risquent bientôt de ne plus répondre aux besoins croissants. Il est grand temps de dresser un inventaire complet des ressources mondiales en eau et de les organiser de façon rationnelle, en luttant contre le gaspillage et la pollution. Tel est l'objet de la Décennie hydrologique internationale, lancée en 1965 sous le patronage de l'UNESCO, et qui doit se poursuivre jusqu'en 1974.

L'hydrologie est une discipline naissante. Elle manque à la fois de réseaux de mesure et de spécialistes capables de s'en servir.