Le 1er janvier 1967, au matin, Audoin Dollfus alerta Pierre Focas, directeur du service de documentation planétaire de l'Union astronomique internationale, et lui demandait, selon l'usage, de confirmer la découverte après étude des documents. Le directeur télégraphia au centre d'informations rapides de l'Union astronomique, le Smithsonian Observatory de Cambridge (Massachusetts), qui diffusa à son tour la nouvelle aux observatoires du monde entier. Et le 3 janvier, l'observatoire de la marine américaine de Flagstad (Arizona) annonçait que sur un cliché pris par lui le 18 décembre et réexaminé au microscope spécial il retrouvait, en effet, la petite tache claire du nouveau satellite.

Les neuf premiers satellites de Saturne ont reçu des noms empruntés à la mythologie grecque : il revient à Audoin Dollfus de baptiser le dixième.

Deux nouvelles nébulosités dans la Voie lactée

La fusée Véronique, lancée de la base de Hammaguir le 11 janvier 1967, emportait à son bord un appareil de photographie astronomique conçu par le laboratoire d'astronomie spatiale du CNRS. Au point culminant de la course de Véronique, à 220 km d'altitude, l'appareil a pris une photographie à grand champ de la Voie lactée, avec une durée d'exposition de 145 secondes. Sur le cliché, on aperçoit trois grandes nébulosités dont le rayonnement est riche en ultraviolet. Une seule de ces trois nébulosités était connue jusqu'à présent, celle de la constellation d'Orion. Les deux nouvelles nébulosités sont situées dans les constellations du Cocher et du Grand Chien. L'une d'elles offre une particularité : on ne voit pas d'étoiles brillantes à proximité, alors que d'ordinaire c'est le rayonnement des étoiles voisines qui excite les nébulosités et les rend lumineuses à leur tour. Un nouveau tir a été prévu pour déterminer la nature de ces nébulosités, qui peuvent être des amas de poussières interstellaires, ou des émissions de gaz de la Galaxie.

La conquête de la lune

Aux États-Unis, le budget annuel de la NASA (Administration pour l'aéronautique et l'espace) s'élève maintenant à 5 milliards de dollars, soit, en moyenne, 70 millions de francs français à dépenser par jour. Malgré l'énormité de ces crédits, la NASA a été contrainte de surseoir à certains projets pour concentrer le maximum de ses efforts sur les programmes préparant la conquête de la Lune.

Le montant du budget spatial soviétique n'est pas publié. Les experts américains l'estiment à 60 % de leurs propres dépenses. Ils ajoutent que, compte tenu du système soviétique qui élimine les profits des entreprises, les deux budgets sont comparables quant aux réalisations qu'ils permettent d'entreprendre. Au demeurant, rien ne permet de croire, tout au contraire, que la Lune a cessé d'être l'enjeu de l'effort soviétique comme elle l'est de celui des Américains.

La conquête de la Lune c'est, d'abord, la mise au point d'une fusée sûre et capable d'enlever de très grandes charges utiles ; c'est, ensuite, la réalisation d'un astronef — capsule et moyens propulsifs — pouvant évoluer en toute sécurité ; c'est, enfin, la maîtrise des techniques du rendez-vous orbital, de l'atterrissage sur la Lune et de la rentrée dans l'atmosphère terrestre.

Les lanceurs

Où en est-on du côté américain ? Rappelons d'abord la composition du lanceur Apollo (c'est-à-dire de la fusée Saturne V) :

Le premier étage a été allumé au banc d'essai le 8 juin 1966. Le deuxième a donné quelques inquiétudes, un exemplaire ayant fait explosion le 28 mai de la même année au cours d'essais statiques. Quant au troisième, il est opérationnel, puisqu'il constitue le second étage du lanceur Saturne IB, qui a fait déjà l'objet d'un tir balistique.

Le 5 juillet 1966, on a lancé à nouveau un Saturne IB, dont le second étage, cette fois, a été satellisé. Il s'agissait d'expérimenter de nouveaux dispositifs pour la stabilisation des ergols (précédemment, les spécialistes avaient eu maille à partir avec ces liquides qui, en état d'apesanteur, tendent à flotter au milieu de leurs réservoirs, ce qui empêche leur pompage et donc le réallumage des fusées).