Le bilan d'ensemble demeure largement positif. Une indication citée par Baïbakov le 4 décembre devrait faciliter le ralliement des derniers oppositionnels conservateurs : 17 % des entreprises de l'industrie légère n'ont pas réalisé le plan en 1966. Seule, la transformation des méthodes de gestion et de financement pourrait permettre d'atteindre l'objectif de 1967 : augmentation globale du revenu national de 6,6 % et accroissement du revenu réel par habitant de 5,5 %.

La réforme Liberman

Les grandes lignes de la réforme préconisée par le professeur Evseï Liberman de l'université de Kharkov :

Autonomie de l'entreprise. Elle doit être assurée :
– par la réforme de la planification : les organismes centraux du plan d'État cessent de fixer autoritairement et dans les moindres détails les objectifs quantitatifs et qualitatifs assignés aux entreprises. Le Plan se contente de déterminer les résultats globaux que les différentes branches de l'industrie doivent atteindre ;
– par l'autonomie comptable totale et la possibilité de traiter directement et librement avec les fournisseurs et clients sur la base de contrats de longue durée.

Recherche prioritaire de la rentabilité et du profit, dont une partie est versée aux travailleurs sous la forme de primes. Cela doit constituer pour l'entreprise et son personnel un stimulant à produire plus et mieux.

Il n'y a là rien qui puisse être analysé comme un « retour au capitalisme ». Le statut juridique de l'entreprise n'est pas modifié : elle reste propriété d'État. Ce sont finalement les consommateurs qui sont faits juges de son efficacité.

La récolte record

Les mangeurs d'acier, partisans forcenés du développement de l'industrie lourde, ont essuyé plusieurs défaites. Ce sont les mêmes personnages qui ont combattu la réforme économique et s'efforcent d'en retarder l'application à l'agriculture. L'URSS a obtenu en 1966 la meilleure récolte de céréales de toute son histoire, mais les problèmes de structure restent entiers et des solutions radicales s'imposent.

Pour les kolkhoziens — certainement la catégorie la plus défavorisée de la population —, des mesures ont été prises ces dernières années (pensions, assurances). Depuis le 1er juillet, ils bénéficient d'un revenu garanti payé en espèces.

Les préventions des doctrinaires contre cette « forme inférieure de propriété socialiste » qu'est le kolkhoze (c'est une coopérative) sont toujours très fortes : la Pravda est obligée de rappeler qu'il faut permettre aux kolkhoziens de faucher de l'herbe le long des routes pour leur cheptel privé...

L'opposition des conservateurs se durcit encore quand la discussion porte sur l'introduction de la réforme dans les sovkhozes, fermes d'État qu'ils considèrent comme une « forme supérieure de propriété socialiste ».

Après d'interminables débats, les dirigeants ont dû choisir entre deux projets. L'un, assez timide, présenté par les dirigeants du Plan : 1 000 des 12 000 sovkhozes seront touchés, 10 % des bénéfices seront distribués aux membres sous forme de primes.

L'autre, plus radical : tous les sovkhozes, 15 % des bénéfices ; il a pour auteurs les responsables du parti de la région de Pskov. Le 14 avril, l'arbitrage est rendu : 15 % des bénéfices... mais la réforme sera introduite « à titre d'expérience » dans 300 sovkhozes seulement.

Semaine de 5 jours

Tout cela devrait permettre aux Soviétiques de mieux manger. Ils pourraient aussi, si le plan est exécuté, se trouver un peu moins à l'étroit dans leurs logements. On prévoit, en effet, une augmentation de 17 % de la surface habitable.

L'URSS, comme tous les pays avancés, entre dans la civilisation des loisirs. Il n'est pas étonnant que ses citoyens accordent une grande importance à la décision prise en mars 1967 de généraliser la semaine de 5 jours.

Le gouvernement rappelle d'ailleurs qu'il s'agit de « donner du repos aux gens, mais non aux machines ». Cela n'est pas propre à l'URSS. Mais il arrive aussi que, dans ce pays comme dans les pays capitalistes, les machines chassent les hommes de l'usine. À Tcheliabinsk, 300 ouvriers ont dû demander aux juges leur réintégration après des licenciements opérés dans un souci de rationalisation.