Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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orientation (suite)

La migration de printemps se produit généralement avec l’arrivée de fronts chauds associés à une haute pression et il en va inversement pour la migration automnale. Lors d’une anomalie d’occurrence — passage d’un front froid au printemps —, on assiste à des erreurs de prise de direction, appelées inversions de migration, les Oiseaux se dirigeant pendant quelques heures, voire quelques jours, à l’opposé de leur route normale, ce qui indique une sensibilité à l’élément météorologique. Il reste extrêmement difficile de déterminer l’impact exact de chaque variable météorologique sur l’orientation, chacune dépendant de toutes les autres. Les analyses mathématiques ne révèlent jamais une prédominance d’un facteur particulier sur les autres, mais seulement une influence plus ou moins forte d’un groupe de facteurs. Les nuages, considérés isolément, ne sont que rarement un handicap. Le vent semble agir de façon purement mécanique sur la vitesse du vol.

Certains auteurs ont donc cherché d’autres indices susceptibles de compléter les repères astronomiques et topographiques dans des conditions météorologiques variables et ont fait appel à des phénomènes d’ordre géographique.


Le champ magnétique

Le champ magnétique qui entoure la Terre présente une relative stabilité, qui pourrait servir d’indice permanent aux migrateurs sous des conditions météorologiques extrêmement variables. L’utilisation directionnelle permettrait d’expliquer pourquoi, lorsqu’il est impossible d’opérer par orientation topographique ou astronomique, l’orientation reste efficace. Y. Pagley a été le premier à formuler cette idée sous la forme d’une hypothèse vérifiable expérimentalement. Pour cet auteur, le Pigeon voyageur et le migrateur naviguent selon un système de coordonnées comprenant pour la longitude le champ magnétique terrestre et pour la latitude la force de rotation de la Terre.

Il y avait ainsi un couple de coordonnées terrestres permanent, ce qui était une théorie séduisante. Cependant, la nature même des forces impliquées et le manque d’évidences pour leur détermination ont vite fait discréditer cette hypothèse.

Keeton attache des aimants sur des Pigeons expérimentés pour des distances de 30 à 50 km sous un ciel complètement couvert.

L’orientation dans ces conditions est perturbée. Mais il n’en est pas de même pour des parcours comparables sous ciel dégagé. Ces résultats ne laissent aucun doute quant à l’utilisation, par certains Oiseaux, d’une information de type magnétique, même si aucun récepteur spécifique n’a encore été mis en évidence. Wiltschko montre, cependant, que l’animal n’est pas perturbé dans son orientation par un changement d’intensité magnétique, et ce dans les limites des intensités rencontrées sur la Terre. De plus, le Rouge-Gorge ne semble pas utiliser la polarité — à la façon d’une boussole — pour trouver le nord géomagnétique. Si l’on inverse le vecteur magnétique de telle sorte que le nord soit au sud, l’Oiseau conserve une bonne orientation ; il en va de même si l’on inverse isolément l’inclinaison. Mais, si l’on provoque simultanément ces deux inversions, l’Oiseau inverse sa direction migratoire normale. La polarité ne serait perçue qu’en relation avec l’angle que forme le vecteur magnétique avec la gravitation, le nord se situant vers l’angle le plus petit. Mais, là encore, le problème se pose lorsque le migrateur change d’hémisphère, l’angle le plus petit dans l’hémisphère Sud indiquant le sud. À l’équateur, l’inclinaison est nulle, de telle sorte qu’il y a impossibilité de distinguer le nord du sud. Il est donc difficile de concevoir que l’Oiseau procède selon le même mode d’orientation de part et d’autre de l’équateur, à moins qu’un mécanisme compensatoire ne soit déclenché à ce moment-là. De plus, le fait que Keeton n’ait réussi à perturber l’orientation initiale des Pigeons portant des aimants que sous ciel couvert suggère l’existence d’un mode d’orientation réservé à des conditions météorologiques particulières, tout au moins chez le Pigeon.


La variation des modes d’orientation

Il est impossible de généraliser un mode d’orientation attribuable à toutes les espèces. Certains Oiseaux migrent de nuit, d’autres de jour ; les mécanismes seront donc différents suivant les conditions dans lesquelles se déroulent les vols migratoires.

Il n’est pas possible non plus d’établir une classification des migrateurs selon leur mode de migration ou d’orientation, soit à l’aide du Soleil, des étoiles... Il semble plutôt que chaque espèce possède plusieurs modes d’orientation. Le Rouge-Gorge européen semble répondre non seulement à des indices astronomiques diurnes et nocturnes, mais également à des indices magnétiques et probablement à d’autres, d’ordre topographique. Tous les migrateurs ne se montrent pas capables de homing, et l’on connaît des espèces non migratoires qui en sont capables. Il y a donc une grande diversité des modes d’orientation.

Les expériences de Perdeck ont montré que les jeunes Sansonnets sont capables de choisir une direction et de la maintenir pendant le temps nécessaire pour parvenir aux quartiers d’hiver de l’espèce s’ils ne sont pas déplacés en cours de route. On peut croire que cette même programmation existe chez les adultes. Cependant, l’adulte possède une connaissance préalable des quartiers d’hiver. Il en a été imprégné lors d’un séjour antérieur, de telle sorte que sa migration pourrait progresser jusqu’au moment où il en reconnaît l’aspect topographique. Chez les espèces où les jeunes accompagnent les adultes, il y aurait un apprentissage du point de destination. Mais, lorsque les jeunes migrent indépendamment, on peut se demander quels sont les facteurs qui déterminent le terme de la migration. Les facteurs biologiques sont sans doute les plus importants et comprennent des modifications dans le taux d’hormone ainsi que dans les réserves nutritives accumulées pendant les périodes prémigratoires. Ces facteurs contribuent surtout à définir la durée totale de la migration et, par là, la distance à parcourir. D’autres facteurs sont aussi influents, comme la présence de congénères déjà arrivés, les contraintes géographiques, l’abondance de nourriture...