Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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organisation sociale (suite)

Les associations

Le terme d’association est utilisé par Lowie pour désigner tout groupement effectué selon des critères autres que le rapport de parenté : divisions selon l’âge, le sexe, la position hiérarchique, la détention du pouvoir ou de la richesse. Tous ces thèmes seront développés ultérieurement.


Propriété

Les enquêtes anthropologiques effectuées sur un nombre croissant de sociétés permettent de réfuter certaines théories auparavant en vigueur. Notamment, les faits — relatifs à la propriété — collectés sur le terrain démentent les allégations de Lewis Henry Morgan quant à l’existence d’un communisme primitif universel. En effet, on a observé dans les sociétés dites « primitives » les formes les plus diverses de propriété, mais rarement un système véritablement communautaire. La propriété collective, quand elle existe, est beaucoup plus souvent le fait d’un groupe relativement restreint — groupe de parents, groupe local — que celui des communautés plus vastes que représentent le clan et la tribu.


Propriété individuelle et statut féminin quant à la propriété

En ce qui concerne les biens mobiliers, leur utilisation effective ou le fait de les avoir soi-même fabriqués déterminent presque toujours leur possession individuelle. Certains privilèges de chasse, au Canada, le bétail chez les peuples pasteurs, les terres non acquises par héritage mais récemment défrichées, aux îles de Banks, sont propriété individuelle.

Presque universellement, les femmes, hormis certains biens mobiliers, n’ont aucun droit de propriété. L’affirmation d’une suprématie féminine corrélative du principe de filiation utérine et de la résidence matrilocale n’est qu’illusoire : en effet, l’autorité est exercée par le frère de la femme (avunculat), et, chez les Tlingits (côte nord-ouest de l’Amérique du Nord), les biens de valeur sont transmis au garçon par le frère de sa mère. La résidence matrilocale ne confère aux femmes hopis (Arizona) et zuñis (Nouveau-Mexique) le pouvoir d’expulser leur mari que parce qu’elles sont propriétaires de l’habitation.

Les biens immatériels relèvent également de la propriété individuelle : chants, légendes, poèmes, formules magiques, visions, privilèges honorifiques ou cérémoniels.


Propriété collective : peuples chasseurs-collecteurs, pasteurs et agriculteurs

Les terrains de chasse ne sont propriété tribale que dans quelques sociétés d’Amérique du Nord : Maidus (côte californienne), Indiens des Prairies du Nord et de Thompson River.

Les pasteurs hottentots* (Afrique) conçoivent selon le même principe la propriété des prairies. Chez les Kirghiz (Asie), seuls les pâturages destinés aux chameaux (élevés en petit nombre) et les quartiers d’été dépendent de cette catégorie ; en revanche, lorsque l’obtention des conditions favorables à l’élevage se révèle plus difficile (quartiers d’hiver, pâturages destinés aux animaux autres que le chameau), une répartition minutieuse des terrains disponibles est effectuée entre les éleveurs. Chez les Todas (Inde), les pâturages appartiennent au groupe local, qui, dans ce cas précis, correspond au clan, et, chez les Massaïs* (Afrique orientale), ils sont utilisés collectivement par tous les éleveurs d’un même district.

Pour ce qui est des terres cultivables, village et tribu possèdent leur domaine chez les Éwés* (Togo), tandis que seuls les terres inutilisées, les chemins et les puits appartiennent collectivement à la tribu zuñi ; en Nouvelle-Zélande, les aires non occupées de façon permanente et, en Mélanésie, les terres en friches sont à la disposition de celui qui veut les mettre en valeur.

Hormis ces quelques exemples, la plupart des populations connues limitent la propriété communautaire à un groupe plus restreint : l’aire tribale des terrains de chasse des Veddas (Ceylan) est subdivisée en zones appartenant chacune à une seule famille ; champs, enclos à bétail et habitations (Zuñis), terres délimitées à l’intérieur de la zone villageoise (Éwés), terrains de chasse et de cueillette (Queensland), terrains de chasse (Algonquins*), bateaux, maisons et filets (Youkagirs du nord de l’Asie), champs de riz et forêts (Ifugaos de l’île Luçon) sont également propriété familiale. Les Kandhs d’Orissa (Inde) n’admettent plus la copossession au-delà d’un certain degré de parenté ; d’autre part, les fils travaillent les terres de leur père sans les posséder jusqu’à la mort de celui-ci (elles sont alors réparties entre eux). En Colombie britannique, les criques à saumon dépendent d’un groupe de maisons.

De manière générale, le groupe territorial, lorsqu’il apparaît comme propriétaire, correspond à un groupe de parents (Karieras par exemple) ; il n’y a pas, à proprement parler, de propriété clanique, mais celle d’un groupe de parents, qui, parfois, correspond au clan ; l’unité possédante prédominante est constituée par un groupe de proches parents ou par la famille plus restreinte. Dans ce dernier cas, il faut, cependant, considérer que la propriété n’est pas le fait de tous les membres de la famille : la détermination des individus possédants est simultanément corrélative du type d’activité économique et de la division sexuelle du travail ; ainsi, un terrain de chasse n’appartiendra jamais aux femmes de la famille — il s’agit d’une occupation exclusivement masculine ; dans l’ensemble, les hommes sont toujours propriétaires (individuellement ou non) des terres sur lesquelles s’exerce leur activité ; ce principe ne s’applique qu’occasionnellement aux femmes : il arrive souvent que celles-ci n’aient aucun droit de propriété sur le sol qu’elles sont pourtant seules à cultiver.

Pratiquement, ces diverses formes de propriété apparaissent conjuguées au sein d’une même société. En présence d’une économie pastorale, on constate que la propriété foncière tend à être collective, alors que celle du bétail est individuelle ou familiale. À la propriété tribale des Hottentots se juxtapose une possession familiale dûment établie des arbustes dont on obtient la calebasse « nara ». Aux îles de Banks, où la propriété du sol correspond à un groupe de parents, celle des arbres fruitiers est strictement individuelle.