Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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organisations internationales (suite)

L’organisation de la paix, à caractère politique, sera le phénomène marquant du xxe s. Les « conférences de la paix » de La Haye (1899 et 1907) ne sont pas, malgré leur titre, des conférences d’organisation de la paix. La Première et la Seconde Guerre mondiale détermineront l’élaboration d’un ordre institutionnel de la paix destiné à établir la sécurité collective, garantie de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des États.

Parallèlement à la sécurité politique, l’organisation de la paix, en 1919 et en 1945, maintient et développe l’aménagement d’une sécurité individuelle, dans le secteur social et économique. L’Organisation internationale du travail* est une création de la conférence de la paix de 1919 (inspirée par le Belge Ernest Mahaim [1865-1938] et le Français Albert Thomas* [1878-1932]). Son premier statut est inscrit dans le traité de Versailles (partie XIII, Travail). Dans la Société des Nations (1919-1946) apparaissent des éléments de services publics internationaux dans les domaines de l’hygiène, de l’éducation et de la culture. Dans l’Organisation des Nations unies (1945), ces ébauches sont complétées et forment les institutions spécialisées. La charte de l’O. N. U. contient un article qui en autorise le développement par des créations nouvelles, provoquées par l’Organisation (art. 59).

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à la création incessante de nouvelles organisations, à caractère universel, dans le domaine économique et social. Cette prolifération affecte également le secteur privé des O. N. G. (organisations non gouvernementales). Satellites de l’O. N. U., les quatorze institutions spécialisées rattachées au Conseil économique et social sont perdues dans une véritable galaxie d’organismes aux noms et aux sigles variés (commissions, programmes).

Les précurseurs français d’une organisation internationale de la paix

• Pierre Dubois (près de Coutances entre 1250-1260 - † apr. 1321), avocat de Coutances, écrit de 1305 à 1307 un projet de paix perpétuelle auquel il donne le titre significatif de De recuperatione Terrae sanctae. L’union qu’il préconise n’est, à vrai dire, qu’approximativement universelle, car son principe est celui d’une association des princes chrétiens contre les infidèles.

• Émerie Crucé (1590-?) emprunte à Plutarque son titre du Nouveau Cynée, (1623, tiré des entretiens de Pyrrhos et de Cinéas). Il fait preuve d’un libéralisme novateur en suggérant au roi de France d’inviter le Grand Turc à se faire représenter au Conseil d’ambassadeurs, qui constituera l’organisme directeur de l’union qu’il réclame.

• Sully*, retiré dans ses terres au déclin de sa vie, dicte à ses secrétaires des mémoires célèbres, dont il rapporte à son maître, le roi Henri IV, la substance et l’esprit sur le thème des Sages et royalles œconomies d’Estat de Henry le Grand (1638). Persuadé que l’union ne peut se construire sur le statu quo, il demande un remaniement territorial, qui ne laisse en Europe que « quinze grandes dominations », créées en partie aux dépens de la maison d’Autriche, qui est la première à être réduite. Seule une révision de cette ampleur permettra de créer un conseil dont les décisions, sur tous les différends, même religieux, seront tenues « comme de tant inviolable observation que le premier qui fait mention de vouloir y manquer, tous les autres aussitôt, pour le faire revenir de sa représentation, se liguent contre lui » (principe de la sécurité collective).

• L’abbé Charles Irénée Castel de Saint-Pierre (Saint-Pierre-Église 1658 - Paris 1743) adresse au cardinal Fleury un abrégé (1717) du Projet de paix perpétuelle en trois volumes qu’il avait publié en 1713, l’année du traité d’Utrecht, et dont l’inspiration « d’une si grande beauté et qui me séduisit tellement que je me mis à le préparer » lui était venue au revers d’un fossé, en 1706, sur un chemin de Normandie, cependant qu’on réparait sa chaise. Fondée sur le maintien du statu quo territorial, à la différence du projet de Sully, l’« union permanente et perpétuelle » procurera à ses membres et à ses associés une sécurité entière contre les guerres étrangères et civiles. C’est qu’en effet, à l’époque de la patrimonialité de la souveraineté, la légitimité des trônes fait naturellement partie de l’ordre international garanti.

Un article fondamental du plan de l’abbé de Saint-Pierre énonce que « la société européenne ne se mêlera point du gouvernement de chaque État, si ce n’est pour en conserver la forme fondamentale, et pour donner un prompt et suffisant secours aux princes dans les monarchies, et aux magistrats dans les républiques, contre les séditieux et les rebelles » (art. 2).

Quelles que soient leurs différences de fond, qu’ils établissent notamment la paix sur le statu quo ou sur une révision territoriale préalable, les projets français classiques de société des nations présentent une caractéristique commune : l’ordre international doit être construit sur le modèle de l’ordre étatique interne et reposer sur la contrainte, la force mise au service du droit pour l’exécution des décisions du législateur et du juge.


Facteurs et perspectives de développement

Un certain nombre d’éléments favorables contribuent au développement en cours des organisations internationales et à leur évolution vers une organisation mondiale de coordination et de contrôle.


La multiplication des États

L’État nouveau, détaché d’une puissance coloniale, a un préjugé favorable pour l’adhésion à une organisation internationale. L’organisation politique universelle (O. N. U.), en lui donnant accès, consacre son indépendance par une sorte de reconnaissance collective. Les organisations à caractère économique et social, notamment les institutions spécialisées, lui procurent des services d’assistance non suspects d’une intention d’influence ou d’intervention. La nécessité de recourir à l’assistance privée déterminera souvent la mise en œuvre d’une politique d’investissement par l’intermédiaire des organisations internationales, de nature à concilier les intérêts des pays industrialisés et des pays en voie de développement. Les organisations jouent dans ce cas un rôle de sécurité juridique dans la négociation et la conclusion des accords internationaux.