Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
O

orfèvrerie (suite)

La fabrication

Ces outils et ces installations traditionnels permettent une fabrication dont les phases se succèdent dans un ordre invariable.

• Emboutissage
La possibilité que l’on a de l’utiliser repose sur la malléabilité du métal précieux. À l’aide du marteau et de son tas, une feuille de métal peut être façonnée à toutes les formes désirées. Quand cette feuille est amenée à la hauteur du col d’une verseuse ou d’un récipient dont le diamètre est inférieur au corps de la pièce, on atteint la phase la plus délicate de l’emboutissage : la retreinte. En effet, les molécules du métal doivent être chassées progressivement vers le haut tout en maintenant une épaisseur égale en tous les endroits. Le marteau ne doit frapper qu’une seule fois au même endroit. Le rapprochement des frappes amène à une surface à peu près unie, que le polissage achève d’égaliser. Comme les coups répétés ont pour effet d’écrouir le métal et de le rendre cassant, on lui rend ses propriétés primitives par l’opération du recuit, en le chauffant au rouge à la forge. Dans le travail au tour, la feuille de métal est amenée à la forme voulue par des phases successives, où l’on adapte l’un après l’autre des mandrins dont le profil se rapproche peu à peu de la forme définitive. Le recuit intervient comme dans le travail manuel.

• Assemblage
L’assemblage des différentes parties, boutons, becs, pieds, anses, moulures, est réalisé par soudure. On utilise pour cela un alliage d’argent et de cuivre, dont la fusibilité est d’autant plus grande que la proportion de cuivre est plus importante. Le titre de cette soudure étant plus bas que le titre réglementaire, la loi admet une tolérance, appelée droit de remède sous l’Ancien Régime, qui est de trois millièmes pour l’or et de cinq millièmes pour l’argent. Les assemblages peuvent se faire à froid, soit à l’aide d’écrous ou de rivets, soit à l’aide de tiges filetées qui traversent la pièce en réunissant les différentes parties, comme on le fait par exemple pour les flambeaux. Ces dernières techniques, qui sont davantage celles des bronziers, furent fort utilisées par les orfèvres de l’Empire Guillaume Biennais (1764-1843) et Jean-Baptiste Odiot (1763-1850) ; elles permettent de nombreux ornements sur une seule pièce et facilitent l’assemblage des pièces vermeillées.

• Ornementation
Le décor et l’ornementation des pièces d’orfèvrerie font appel à des techniques particulières, qui, précisément, ont amené les spécialisations dans les ateliers d’orfèvrerie.

• Le repoussé, la gravure et la ciselure sont souvent exécutés avant l’assemblage des pièces. Les outils propres à leur exécution sont les burins, les échoppes, les rifloirs, mais surtout les ciselets, dont il existe de multiples formes. Lorsque le travail du repoussé peut s’exécuter à plat, on agit à l’envers, en repoussant en creux un décor qui apparaîtra en relief à l’endroit. À l’intérieur d’une pièce déjà assemblée, la résingle est nécessaire. Dans le repoussé à plat, les parties à façonner sont immobilisées dans un ciment à chaud composé de suif, de résine et de goudron. En se refroidissant, ce ciment maintient la pièce, évite la vibration des ciselets et une trop rapide pénétration, qui pourrait amener une perforation du métal. La gravure creuse le métal, sans l’enfoncer, en laissant sur lui un décor linéaire. La ciselure modifie le volume du métal, y ajoute un relief fait de bossages et de creux très légers qui jouent avec la lumière et les ombres. Les effets de la gravure et de la ciselure sont le plus souvent conjugués.

• L’émail*, moins utilisé de nos jours, a contribué pour une grande part au décor des pièces byzantines et du Moyen Âge ainsi qu’aux bijoux de la Renaissance. Ce mode de décor fut largement repris à la période romantique, où l’imitation des pièces des temps mérovingiens et du Moyen Âge a été précisément en vogue. Le décor est obtenu par la fusion, à la surface du métal, de compositions faites de sable, de silice et d’oxydes métalliques, qui prennent ainsi leur consistance et leur couleur définitives. On maintient ces émaux à la surface du métal soit en creusant leurs emplacements (émaux champlevés), soit en les séparant par de minces cloisons de métal (émaux cloisonnés). La transparence de l’émail est utilisée pour faire jouer les fonds sur lesquels celui-ci repose, qui sont alors gravés de motifs visibles par transparence. De tels émaux prennent le nom d’émaux de basse taille. Lorsque l’émail n’est pas translucide, il peut être peint, quelquefois très finement [émaux renaissants, de Jean Petitot (1607-1691), émaux anglais sont parmi les plus appréciés]. Les boîtes et les tabatières du xviiie s., les bracelets du xixe s. sont souvent ornés de ces émaux peints.

• Le nielle, qui s’applique exclusivement sur l’argent, est une pâte de couleur noire faite de poudre d’argent fin, de cuivre rouge, de plomb et de soufre lié à du borax et à de l’ammoniaque, que l’on pose dans les traces creusées à cet effet sur la pièce. Le tout est chauffé jusqu’à fusion ; le nielle se soude à l’argent et y adhère parfaitement. Le polissage délimite exactement les parties niellées des parties laissées en argent. Les effets obtenus sont souvent d’une grande délicatesse. Le nielle fut utilisé à la Renaissance surtout en Italie et en Allemagne. En Russie, aux xviiie et xixe s., les pièces niellées furent très en faveur. Elles sont nombreuses et caractéristiques ; des réserves dans un décor floral reproduisent des scènes folkloriques slaves, scènes champêtres, courses de traîneaux, etc.

• Les effets du repercé et du filigrane sont également utilisés pour décorer une pièce d’orfèvrerie. Dans les deux cas, les vides sont mis en valeur par adjonction de verres de couleur au dos (salières, sucriers).

• La dorure est l’un des éléments des effets somptuaires de l’orfèvrerie. Elle peut être uniforme ou répartie en parties mates et brillantes, comme dans beaucoup de pièces de l’époque Empire. Lorsque la pièce n’en est pas entièrement revêtue, les réserves laissées à la couleur de l’argent peuvent être décorées d’un mati, dont les effets ont été beaucoup utilisés par les orfèvres allemands des xvie et xviie s. On opère en parsemant la surface du métal de petits coups d’un ciselet dont la pointe est soit grainée au dessin désiré, soit simplement cassée à son extrémité.

• L’incrustation de gemmes relève de l’art et des techniques des joailliers. Au Moyen Âge, cependant, l’art de la monture n’ayant pas encore atteint les degrés de perfection actuels, les pierres étaient enchâssées dans des supports de métal eux-mêmes rivés sur la pièce.