Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
O

orfèvrerie (suite)

L’invention de Thomas Boulsover avait précédé de quatre-vingt-dix années l’invention de la dorure et de l’argenture par l’électrolyse, mise au point en même temps en Angleterre par George Richards Elkington (1801-1865) et en France par Charles Christofle (1805-1863) sur l’invention du comte Henri de Ruolz (1811-1887). Le grand développement de la fabrication et de l’usage de l’orfèvrerie de métal argenté tient à la permanence, dans cette industrie, des qualités foncières des pièces de grande orfèvrerie qui l’avaient précédé, la distinction n’étant apportée que par la présence des produits de base : cuivre, laiton, puis maillechort. À ce dernier support, devenu conventionnel, sont venus s’ajouter divers alliages, notamment celui qui contient une forte proportion d’étain et communément appelé métal anglais, parce qu’originaire de Grande-Bretagne. Mais son point de fusion très bas (l’étain fond à 231 °C) lui confère une utilisation limitée et un usage restreint.


Technologie


Les matériaux

Les matériaux de base, or, argent, platine, ne sont pas employés à l’état pur. Leur trop grande malléabilité les rend impropres à un usage normal. Des métaux plus durs leur sont ajoutés pour leur conférer la rigidité nécessaire à une utilisation convenable.

• L’or s’allie avec presque tous les métaux. Le cuivre, qui est le plus souvent utilisé, est à la base des alliages réglementaires qui constituent les différents titres employés dans tous les pays. Il change la couleur de l’or pur, qui passe ainsi du jaune orangé à un jaune plus pâle. Les autres métaux alliés à l’or modifient différemment sa couleur, et les effets obtenus sont utilisés en orfèvrerie, mais surtout en bijouterie. Le zinc le fait passer au jaune de teintes différentes, le nickel lui donne une couleur rosée, le cadmium le fait devenir rouge, l’aluminium violet, etc. La multiplicité de ces tons a permis le décor raffiné des belles tabatières du xviiie s., précisément désignées dans la hiérarchie des valeurs par les termes boîtes à 2, à 3 ou à 4 tons d’or.

• L’argent est allié presque exclusivement au cuivre en vue de son utilisation rationnelle. En grande quantité, ce cuivre peut faire perdre le bel éclat naturel de l’argent pour lui communiquer l’aspect métallique de l’acier.

• Le platine se trouve naturellement allié à quelques métaux rares, comme le palladium, le rhodium, le ruthénium, l’osmium, l’iridium. Son alliage pour son emploi en bijouterie et en joaillerie comporte du palladium, du rhodium et, en légère quantité suivant le titre, de l’or et du cuivre. Ce précieux métal semble avoir été connu des anciens. Il apparaît de nouveau en 1735 venant de Colombie. Quelques orfèvres français du xviiie s. l’ont utilisé dans la fabrication de certaines œuvres qui nous sont parvenues, et des collections célèbres en renferment.


L’outillage

L’outillage et les procédés de fabrication actuels de l’orfèvrerie sont pratiquement ceux qui étaient en usage dans les ateliers les plus anciens. Cependant, ceux-ci fondaient le métal, le laminaient et l’amenaient à l’approche des formes des pièces à exécuter. De nos jours, l’industrie fournit aux orfèvres le métal en plaques, en fils ou en bandes, dans des épaisseurs et des longueurs désirées, mais les perfectionnements modernes n’ont apporté à l’orfèvrerie qu’un équipement propre à accroître le rendement de l’outillage primitif, auquel il faut ajouter celui, fort appréciable, de la dorure et de l’argenture électrochimiques. Si, dans l’ensemble, les techniques de travail des trois métaux de base (or, argent et platine) se ressemblent, ceux-ci gardent des caractères particuliers inhérents aux dimensions des pièces produites, généralement petites pour l’or et le platine, importantes pour l’argent.

Les procédés de la fonte conviennent davantage à l’or, alors que l’argent doit ses effets au travail du repoussé et du martelage. Néanmoins, fonte et repoussé peuvent se conjuguer dans un même ouvrage aussi bien pour l’or que pour l’argent.

Les outils essentiels en matière d’orfèvrerie sont les marteaux et leur contrepartie, les bigornes ou les tas (faisant office d’enclume). De ces premiers éléments importants, il existe différentes formes, appropriées à la nature et à la dimension des pièces à façonner (marteaux à emboutir, à rétreindre, à planer, bigornes rondes, droites, à canneler, etc.). Les mandrins, simples ou brisés, sur lesquels on ébauche une forme destinée à être répétée un grand nombre de fois, sont en bois ou en métal. Les résingles, de toutes dimensions, sont des sortes de leviers contre-courbés indispensables au travail du repoussé des pièces ne permettant pas ce travail à plat. L’extrémité de cet outil étant prise dans un étau, l’autre étant introduite à l’intérieur de la pièce, chaque coup frappé sur la partie horizontale de la résingle se communique sur le métal et le repousse. En dirigeant habilement sa pièce, l’orfèvre exécute alors tous les décors possibles, depuis les simples côtes jusqu’aux fleurs et aux personnages en des reliefs souvent considérables. Le banc à étirer, d’où sortent les moulures et les fils, comporte à une extrémité une sorte de cabestan horizontal commandant un système d’engrenages démultipliés qui entraîne la baguette d’argent à travers la filière, où est placé le profil de la moulure désirée.

La forge, indispensable pour l’exécution des soudures, est, en tout point, semblable aux forges classiques avec son foyer de charbon porté à l’incandescence par le soufflet. De nos jours, les chalumeaux à gaz apportent une amélioration sensible à cette opération et une rapidité certaine. À ces grands meubles, le banc à étirer, la forge, s’ajoutent les établis si curieux des orfèvres, qui sont aussi ceux des bijoutiers et des joailliers, particuliers par leur forme découpée, semblant inclure le corps de l’ouvrier dans un demi-cercle à l’intérieur du meuble. À chaque emplacement, un tablier de cuir recueille le moindre débris de limaille. Sous ces établis, le sol est recouvert de claies en petits carrés assez rapprochés, où les particules de métal précieux et, éventuellement, les pierres précieuses échappant au sertissage viennent se loger en tombant et où elles sont facilement retrouvées.