Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
O

Orange-Nassau

Famille noble d’Allemagne dont sont issus les rois de Hollande.


Au début du xiie s., des comtes allemands, fils de Dudo de Laurenburg († v. 1124), faisaient édifier à Nassau, sur la Lahn, près de Wiesbaden, un château qui sera le berceau de cette maison, et le successeur de Dudo de Laurenburg, Rupert Ier († v. 1154), prenait le titre de comte de Nassau.

Après la mort du comte Henri II le Riche, cette maison se divisa en deux lignées en 1255. La première fut fondée par Walram II (v. 1220 - v. 1276), fils aîné d’Henri le Riche, et régna sur le comté (puis duché [1806]) de Nassau jusqu’en 1866. À cette date, le duc Adolphe de Nassau dut renoncer à son duché : il s’était engagé aux côtés de l’Autriche pour s’opposer à l’hégémonie de la Prusse sur l’Allemagne, et, après la défaite de l’Autriche à Sadowa, Bismarck réunit ses États à la Hesse électorale pour former la province prussienne de Hesse-Nassau. En 1890, le duc Adolphe de Nassau devenait grand-duc de Luxembourg : ses descendants règnent toujours sur cet État.

La lignée issue d’Otton Ier, comte de Nassau-Siegen († v. 1290), frère de Walram II, acheta Diez en 1384, puis, au début du xve s., hérita de possessions hollandaises (Leck et Breda) ; elle reçut la principauté d’Orange en France lorsque Henri III le Grand, comte de Nassau-Diez (1483-1538) et gouverneur des Pays-Bas, épousa en 1515 Claude de Chalon, fille et héritière du prince d’Orange. Leur fils René (1519-1544) étant mort sans enfants, la principauté passa à son cousin Guillaume Ier le Taciturne.

Cette branche, dite « des Orange-Nassau », allait jouer un grand rôle dans l’histoire des Pays-Bas et de l’Europe à partir de Guillaume Ier* le Taciturne (1533-1584), qui, en tant que stathouder de Hollande, de Zélande et d’Utrecht (1559-1584), fut un des plus actifs artisans de la lutte des Pays-Bas contre l’Espagne.

À sa mort, en 1584, son second fils, Maurice de Nassau (1567-1625), lui succéda comme stathouder de Hollande, de Zélande, de Groningue et de Drenthe. Comme son père et avec l’appui du grand pensionnaire Johan Van Oldenbarnevelt, il lutta contre la domination espagnole et mit au service de la cause de l’indépendance ses éminents talents de stratège.

En 1609, Maurice, qui craignait de perdre son importance comme chef des armées, s’opposa, mais en vain, à la trêve de Douze Ans avec l’Espagne, signée par Oldenbarnevelt. Il entra en conflit avec le grand pensionnaire, car il voulait conserver durant la paix tous les pouvoirs qu’il possédait en temps de guerre. Sur cette rivalité politique se greffa une querelle religieuse, lorsque Maurice soutint les gomaristes, une secte protestante rigide et austère qui s’opposait aux arminiens, partisans d’un calvinisme plus souple. Oldenbarnevelt soutenant les arminiens, Maurice de Nassau les persécuta et les fit condamner au synode de Dordrecht (1618-19).

En 1618, il devint prince d’Orange à la mort de son frère aîné, Philippe Guillaume, et, l’année suivante, il fit décapiter Oldenbarnevelt. Il était alors au comble de sa puissance, lorsque la guerre reprit contre l’Espagne en 1621 ; cependant, il ne put sauver Breda et mourut en 1625.

Son frère Frédéric Henri (1584-1647) lui succéda. Il réunit à sa cour une brillante pléiade d’écrivains et d’artistes. Excellent soldat, il redressa la situation militaire (prise de Bois-le-Duc en 1629) et la situation diplomatique (alliance avec la France en 1635). En 1637, il reprit la ville de Breda, et l’amiral Maarten Tromp infligea en 1639 une sévère défaite à la flotte espagnole.

Malgré certaines frictions opposant les Provinces-Unies à l’Angleterre dans les colonies au sujet des empiétements de la Compagnie des Indes hollandaises (massacre d’Amboine en 1623), Charles Ier d’Angleterre, en butte aux révoltes de ses sujets, chercha un appui auprès de Frédéric Henri en mariant en 1641 sa fille, la princesse royale Marie, au fils de ce dernier, le futur Guillaume II. Ce premier mariage anglo-hollandais ouvrait la voie qui mènera la famille d’Orange jusque sur le trône d’Angleterre. De 1644 à 1647, Frédéric Henri combattit dans le sud du pays, et ses conquêtes délimitèrent les frontières qui furent reconnues au traité de Münster, signé en 1648, un an après sa mort, et par lequel l’Espagne reconnaissait enfin l’indépendance des Provinces-Unies.

Guillaume II* (1626-1650) fut stathouder de Hollande de 1647 à 1650. Une semaine après sa mort, sa veuve donnait naissance à un fils, le futur Guillaume III* (1650-1702), qui sera stathouder des Provinces-Unies de 1672 à 1702 et roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande à partir de 1689.

Guillaume III étant mort sans enfants en 1702, le titre de prince d’Orange passa alors à la ligne collatérale des Nassau-Diez, issue d’un frère de Guillaume le Taciturne, Jean Ier le Vieux (1535-1606), dans la personne de Jean Guillaume Friso (1687-1711), mais le stathoudérat fut supprimé et la république réinstaurée.

Le stathoudérat fut rétabli en 1747 pour le fils de Jean Guillaume Friso, Guillaume IV d’Orange (1711-1751), à l’occasion de la guerre de la Succession d’Autriche. En effet, alors que la Hollande s’était alliée avec l’Angleterre et l’Autriche contre la France, le peuple avait réclamé le retour du stathoudérat pour défendre le pays. L’Angleterre encouragea ce mouvement, Guillaume IV ayant épousé en 1734 la fille du roi George II. Mais Guillaume n’était pas un homme d’action, et son influence sur la marche des événements fut nulle ; le stathoudérat n’en fut pas moins déclaré héréditaire.

À la mort de Guillaume, sa veuve, Anne d’Angleterre, exerça la régence au nom de son fils, Guillaume V Batave (1748-1806). La régente étant morte en 1759, ce furent les états qui assurèrent la régence jusqu’au règne du prince en 1766.