Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

archéologie (suite)

En fait, le dogmatisme doit ici s’effacer devant l’étude soigneuse des circonstances et des particularités. La méthode des carrés n’est pas une solution universelle applicable en tous temps et en tous lieux. L’archéologie actuelle est submergée de centaines de sondages limités, qui donnent de la réalité une image pulvérisée, infinitésimale, alors que, par exemple, nous n’avons pratiquement aucun plan complet de ville orientale antique : après bientôt cent ans de fouilles, on en est réduit à toujours citer les mêmes exemples : quelques quartiers des villes de la vallée de la Diyālā, quelques maisons de Babylone, quelques rues d’Our... Inversement, combien de chantiers de fouille ont révélé des dizaines de mètres carrés de bâtiments, parfois d’importance capitale, mais approximativement datés ou ramenés arbitrairement à une seule période, parce qu’on n’a pas pris la peine de pratiquer, avec une sage lenteur, le ou les sondages stratigraphiques qui auraient fourni la clef de bien des problèmes. Une heureuse combinaison des deux méthodes serait donc souhaitable.


Les possibilités de datation absolue

La première tâche de l’archéologue est l’établissement d’une chronologie. Certaines méthodes chimiques fournissent une chronologie relative. La proportion de matière organique d’un ossement conservé dans la terre diminue, tandis que la proportion de fluor augmente, car le fluor contenu dans les eaux de circulation du sol est lentement absorbé par les os. Donc, pour un même site, la quantité de fluor contenue dans des os d’âge différent permet d’établir leur ancienneté relative. Mais cette méthode ne peut s’appliquer qu’aux ossements d’un même site et aux seuls ossements.

Si la chronologie relative n’offre pas de trop grandes difficultés, il en va autrement de la chronologie absolue. Mais certaines méthodes peuvent, avec plus ou moins de précision, fournir des datations absolues, notamment celles qui sont fondées sur le calcul de l’altération des corps. La plus prometteuse est celle du carbone 14. Le carbone radio-actif (C 14) entre dans la composition de toute matière vivante, animale ou végétale. Après la mort, la radio-activité du carbone décroît régulièrement au cours des siècles, et l’on peut déterminer l’âge de la matière organique analysée par la mesure du carbone radio-actif qu’elle renferme. D’abord utilisée avec quelque précipitation, cette méthode a dû être affinée. On s’est aperçu, en particulier, que cette désintégration du carbone n’était pas un processus indépendant des conditions extérieures, comme on le croyait. Au contraire, elle peut être accélérée ou freinée suivant les conditions dans lesquelles l’échantillon a été conservé. Il faut donc, dans une première étape, multiplier les expériences en une même région pour établir des échelles de valeur, par une confrontation permanente avec les données chronologiques établies grâce à d’autres méthodes. Celles-ci sont encore au stade de l’expérimentation, mais il convient de citer la datation par le magnétisme thermorémanent des terres cuites (v. archéomagnétisme).

Marseille : le Centre d’analyse documentaire pour l’archéologie

L’archéologie cherche actuellement à donner un statut scientifique à ses méthodes, et donc à ses résultats. Elle est ainsi conduite à utiliser des techniques modernes de traitement de l’information, en raison de l’abondance grandissante de cette dernière.

La démarche fondamentale de l’archéologue est la comparaison entre tel objet et tel autre, ou encore entre tel ou tel ensemble de caractères. Mais, au fur et à mesure que les fouilles se multiplient, que les collections s’accroissent, il est de plus en plus difficile d’assurer ces comparaisons. Aussi en est-on venu, il y a une quinzaine d’années, à appliquer à la documentation archéologique les méthodes de la mécanographie. En 1957 fut créé le Centre d’analyse documentaire pour l’archéologie, rattaché au C. N. R. S. et installé à Marseille. Son premier travail, devant le caractère inadéquat des dénominations employées couramment en archéologie et leur insuffisance, souvent, pour les besoins d’une documentation scientifique, fut d’établir des codes précis pour la désignation des objets considérés, fondés sur une description analytique de chaque trait spécifique et non plus sur une appellation synthétique. Un simple tri — mécanique ou autre — peut alors extraire rapidement d’une collection fort abondante d’objets ceux qui présentent en commun une, deux, trois caractéristiques données, ou plus, suivant le désir de l’archéologue. Les procédés pratiques — fichiers dits peek-a-boo à lecture directe ou ensembles électroniques — importent peu : l’essentiel est d’aboutir à un système documentaire qui autorise l’enregistrement et la recherche des informations. Ces systèmes documentaires permettent d’automatiser le collationnement des données, gain inappréciable de temps et d’énergie pour l’archéologue. Au-delà des simples comparaisons, et à partir des descriptions analytiques d’objets, peuvent être menées à bien la préparation automatique de catalogues archéologiques, la construction mathématique de classifications et même l’élucidation de problèmes historiques par des raisonnements complexes proposés à un ordinateur.

Sur ces questions, on peut consulter : J.-C. Gardin, « le Centre d’analyse documentaire pour l’archéologie », dans Revue archéologique, 1966, vol. I, pp. 159-163 ; « Methods for the Descriptive Analysis of Archaeological Material », dans American Antiquity, janv. 1967, pp. 13-30 ; Archéologie et calculateurs, colloque de Marseille, avril 1969 (C. N. R. S., 1970).

Parmi les travaux déjà publiés : J. Christophe et J. Deshayes, Index de l’outillage : outils en métal de l’âge du Bronze, des Balkans à l’Indus, 40 tableaux (Code), 280 pages (Commentaire), 3 800 fiches-objets (Catalogue), 320 cartes perforées (Index) [C. N. R. S., 1965].