Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
O

œstral (cycle) (suite)

Conséquences morphologiques, anatomiques et physiologique du jeu hormonal

La femelle des Mammifères subit une véritable évolution cyclique, tant au niveau de ses organes sexuels qu’à celui de l’ensemble de son organisme.


Évolution cyclique des organes sexuels

Le vagin et l’utérus (outre, bien entendu l’ovaire) présentent des modifications cycliques tout à fait caractéristiques.

• Cycle utérin. Pendant la phase folliculaire, on observe une sécrétion des cellules glandulaires de l’oviducte et de l’utérus, outre une certaine croissance de l’endomètre. L’ensemble de ces phénomènes est dû à la folliculine ovarienne. Pendant la phase lutéinique, il se produit un épaississement considérable de la muqueuse utérine, qui atteint, chez la Femme, cinq fois son épaisseur de repos. Parallèlement, les glandes de l’endomètre s’allongent, se pelotonnent, se dilatent, donnant à cette muqueuse l’aspect d’une dentelle (dentelle utérine). Enfin la vascularisation de cette région s’accroît et on assiste à une véritable congestion de l’endomètre. Bien entendu, l’ensemble de ces phénomènes représente une préparation de l’utérus, si la fécondation a eu lieu, à la nidation de l’œuf. C’est la progestérone qui est cause de ces diverses transformations, mais à des doses différentes pour chacune d’entre elles.

Si l’ovocyte II n’est pas fécondé, le corps jaune régresse. La chute de la sécrétion de folliculine et de progestérone qui s’ensuit provoque une régression des structures utérines établies durant les phases folliculaire et surtout lutéinique. Ce phénomène très général s’accompagne, chez certaines espèces, dont l’espèce humaine, d’un écoulement sanguin provenant de la rupture des vaisseaux du chorion (de 60 à 65 g en moyenne, chez la Femme, de sang incoagulable). Ce sont les règles, ou menstrues (v. menstruation). Notons que la seule chute du taux de folliculine dans le sang suffit pour provoquer la menstruation. D’ailleurs, physiologiquement, il se produit des cycles ovariens sans ponte ovulaire ni formation de corps jaune, ce qui n’empêche nullement les règles de se produire. L’utérus semble donc subir une variation périodique et cyclique de sa sensibilité à la folliculine. Cette variation ne se fait pas sentir à dose élevée, mais seulement à faible dose, et paraît être sous la dépendance de la corticosurrénale.

• Cycle vaginal. Il est surtout visible chez les Rongeurs (Souris par exemple). Par frottis vaginaux, on met en évidence qu’au moment de l’ovulation l’épithélium vaginal est épais, que sa surface est kératinisée et se détache en plaques.

Après l’ovulation, par contre, il y a régression des cellules kératinisées (présence de globules blancs qui font disparaître ces cellules épithéliales). Cela explique que, pendant la phase folliculaire, l’épithélium vaginal, redevenu mince (nombreux globules blancs dans les frottis), s’épaississe de nouveau.


Évolution cyclique de l’ensemble de l’organisme

Il serait inexact de penser que le jeu hormonal hypophyso-ovarien n’a d’effets que sur l’appareil génital. Tout l’organisme en subit les conséquences.

Nous savons que les caractères sexuels femelles (taille, forme du corps, seins, pilosité, voix, etc.) sont sous la dépendance des hormones hypophysaires et ovariennes. Mais, en fait, ce sont toutes les cellules qui sont influencées par leur présence. C’est ainsi que l’on assiste, au cours du cycle œstral, à une variation sensible du métabolisme, ce qui se traduit par une variation de la température centrale. Chez la Femme, par exemple, la température rectale matinale reste généralement inférieure à 37 °C (entre 36,5 et 37 °C) pendant la phase folliculaire, avec un minimum au moment de l’ovulation, et devient brutalement supérieure à 37 °C (de 37 à 37,5 °C) dès le début de la phase lutéinique. Elle redeviendra progressivement inférieure à 37 °C pendant les règles.


Cycle œstral et comportement

N’oublions pas que œstrus veut dire « rut »... Chez la femelle en général, la période qui précède juste la ponte ovulaire et sa suite immédiate est caractérisée par un comportement particulier de l’animal : démonstration vis-à-vis du mâle, attitudes permettant l’accouplement et finalement acceptation de l’accouplement (chaleurs). Le rut ne se produit plus chez la femelle castrée. Suivant les cas, la folliculine seule peut suffire pour provoquer l’œstrus (Lapine, Chatte). Chez le Cobaye, il faut conjointement la présence de progestérone. L’importance de ce comportement visible explique l’appellation de cycle œstral. L’œstrus en est le centre ; à la phase folliculaire correspond le préœstrus ; à la phase lutéinique le postœstrus.

Nous avons fait jusqu’ici une large part à l’aspect hormonal du cycle œstral. Or, outre les corrélations purement hormonales, existent des corrélations neurohormonales. L’importance indiscutable du système nerveux apparaît largement chez la Femme, où l’œstrus passe très largement inaperçu. Le cas de Femmes apparemment fécondées à n’importe quelle période du cycle cadre d’ailleurs mal avec l’idée d’un ovocyte pondu à date fixe. Cela amène à penser que des afférences nerveuses peuvent déclencher la ponte. Rappelons qu’on distingue classiquement entre les espèces à ponte ovulaire provoquée par l’accouplement et celles où cette ponte est, en première approximation, indépendante de l’accouplement. Dans le premier cas, celui de la Lapine par exemple, la ponte ovocytaire n’est pas spontanée, ce sont les excitations neuropsychiques provoquées par l’introduction du pénis dans le vagin qui la déclenchent. Dans le second cas, celui de la Femme, la ponte est normalement spontanée, comme nous l’avons vu, et réglée par le jeu hormonal. Mais est-ce une absolue certitude ? Comme chez l’animal, l’hypothalamus est le centre des manifestations émotives. Celles-ci peuvent provenir de nos organes des sens périphériques, mais aussi de nos récepteurs génitaux responsables de la volupté. Ainsi peut naître le besoin sexuel, qui conduit normalement jusqu’à l’accouplement. Lors de celui-ci, l’excitation hypothalamique peut aller jusqu’à l’orgasme. Or on sait les rapports qui existent entre hypothalamus et hypophyse : les sécrétions hypophysaires sont sous la dépendance directe ou indirecte de l’hypothalamus. On conçoit dès lors que toute action sur l’hypothalamus puisse avoir un effet sur les sécrétions hypophysaires.