Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
O

océanographie et océanologie (suite)

D’autres bouées sont dérivantes et donc automatiques. Elles sont récupérées périodiquement afin de procéder au dépouillement des diverses données enregistrées ; en d’autres cas, elles sont dotées d’émetteurs pour transmettre ces données à un navire proche, à une station à terre ou à un satellite. Les bouées dérivantes sont particulièrement intéressantes pour l’étude des régions océaniques complexes et changeantes, les fronts hydrologiques par exemple.


À distance

La télédétection permet une étude synoptique d’une région océanique plus ou moins vaste selon l’altitude de l’engin utilisé.

• Un engin atmosphérique (comme l’avion) permet l’étude précise (et relativement peu coûteuse) d’une aire marine réduite. On peut, grâce à la prospection aérienne :
1o faire des mesures de la température de surface en utilisant des thermomètres spéciaux captant la radiation infrarouge ;
2o suivre l’évolution de ce champ thermique en recevant les signaux émis par des bathythermographes « consommables » suspendus à des bouées ;
3o relever la topographie des vagues (radars à haute résolution, couverture photographique) ;
4o enregistrer les variations du champ magnétique (magnétisme aéroporté).

Ces méthodes se sont révélées particulièrement efficaces en hydrologie : depuis 1968, les avions de l’US Naval Oceanographic Office suivent les oscillations du Gulf Stream et le contact des eaux froides et chaudes dans tout l’Atlantique Nord depuis Terre-Neuve jusqu’au cap Nord.

• Un engin spatial (habité ou non) peut être utilisé en océanographie comme moyen d’observation, ou comme moyen de transmission.


1. L’engin spatial comme moyen d’observation. Les radiations émises ou rediffusées par l’eau de mer et captées par photographies multi-spectrales prises à bord des satellites permettent de détecter :
— les mouvements de surface, comme on le fait couramment pour le Kuroshio et surtout le Gulf Stream ;
— la diversité des masses au point de vue de leur température ou de leur turbidité (dès 1968, les renseignements recueillis par le satellite soviétique « Cosmos 243 » ont servi à dresser la première carte thermique d’ensemble du Pacifique) ;
— la pollution, puisque la présence de certains corps chimiques se traduit par l’abaissement de la température de radiance ;
— le déplacement des mobiles, qu’il s’agisse de bouées automatiques, de navires ou de tous les dangers qui dérivent, comme les icebergs (par exemple, de mai à octobre 1966, un iceberg long de 37 km a été repéré et suivi dans l’océan Austral au nord-est de la Géorgie du Sud à l’aide des photos prises par « Nimbus II ») ;
— l’évolution des côtes (déplacement des eaux et modifications subies par les plages et les parties internes des plates-formes continentales).

Le satellite est donc un moyen essentiel pour l’étude des régions océaniques d’accès difficile et pour la compréhension des problèmes océanographiques à l’échelle planétaire.

2. L’engin spatial comme moyen de transmission.

Le satellite permet la collecte et la télécommunication des données recueillies par tous les moyens de surface. C’est donc une méthode d’une prodigieuse efficacité scientifique.

Par exemple, en 1970, un satellite « Nimbus » a pu recueillir les données suivantes :
— hauteur des vagues fournies par les bouées automatiques mouillées au large de Porto Rico et des Bermudes ;
— température de surface mesurée par la plate-forme du cap Cod (pour la Woods Hole) ;
— température et pression de l’eau (jusqu’à la profondeur de 50 m) captées par les bouées dérivant au large de l’Alaska (pour le Bureau commercial des pêches des États-Unis) ;
— échange océan-atmosphère étudié par le navire Hero travaillant dans l’Atlantique (pour la National Science Foundation) ;
— courants enregistrés par les bouées du Pacifique équatorial, qui, elles-mêmes, captent les données enregistrées par une capsule mouillée par 5 500 m (pour l’université de Californie).

Cette océanographie spatiale, associant, selon la nature variable des problèmes et des régions analysés, le satellite et l’avion, paraît appelée à connaître de très grands développements.

J.-R. V.

Ockeghem (Johannes)

Compositeur flamand ou hennuyer (entre 1420 et 1430 - Tours 1497).


Le concert de louanges, tant de la part des poètes que de celle des musiciens, qui accompagna la mort d’Ockeghem (ou Okeghem), s’il contribua à établir de la façon la plus solide sa réputation de savant musicien, a paradoxalement abouti à fixer dans les esprits l’image d’un homme plus capable qu’inspiré, dont le génie calculateur se jouait des difficultés de l’écriture et prenait plaisir à les résoudre. Aujourd’hui, bien qu’une partie seulement de ses œuvres soit restituée en notation moderne, on se fait une idée plus juste de son art et de sa production. Et, s’il reste vrai que sa science du contrepoint, son aisance à se mouvoir au milieu des artifices canoniques les plus compliqués méritent l’admiration, on est plus tenté d’apprécier la qualité d’expression, qui ne laisse jamais percer l’effort et ouvre la voie au style polyphonique, qui s’imposera au monde occidental jusqu’à la fin du xvie s.

Nous ne connaissons précisément ni la date ni le lieu de naissance d’Ockeghem. On pense qu’il a pu naître soit aux confins de la Flandre orientale, soit dans le Hainaut entre 1420 et 1430. On ne sait rien non plus de sa formation, mais il est mentionné durant une année (24 juin 1443 - 24 juin 1444) parmi les enfants chanteurs de la cathédrale d’Anvers, ce qui tendrait à prouver qu’il a reçu là sa formation, peut-être sous la houlette de Jean Pillois, dont on sait qu’il était en 1446 maître des enfants à Notre-Dame d’Anvers, avant de gagner en 1447 la chapelle pontificale. Puis, il se trouve en France, à Moulins, au nombre des douze membres de la chapelle de Charles Ier, duc de Bourbon. Il n’est pas impossible qu’il ait alors séjourné à Bruges, à la cour du duc de Bourgogne, pour étudier avec Gilles Binchois (v. 1400-1460), dont il a peut-être été l’élève : le laisserait entendre le motet funèbre qu’il a écrit en 1460 sur la mort de ce musicien.