Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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océanographie et océanologie (suite)

Les levés bathymétriques sont effectués à l’aide de sondeurs à écho sonore ou ultrasonore. Sur les fonds très importants ou inclinés, l’utilisation du sondeur classique à faisceau large fournit des enregistrements d’interprétation parfois délicate. Une plus grande précision est obtenue en utilisant des enregistreurs spéciaux donnant le dessin du fond à deux échelles, le tiers inférieur de la bande étant réservé aux détails du fond et des 3 m d’eau susjacents ; des dénivellations de l’ordre du décimètre peuvent ainsi être repérées à des profondeurs de plusieurs milliers de mètres. On peut utiliser également des sondeurs à cône d’émission étroit ou à balayage latéral : ce dernier appareil permet l’examen des fonds situés de part et d’autre de la route suivie, et son utilisation est particulièrement recommandée pour reconstituer le tracé et le profil exact de certains reliefs (comme les dunes hydrauliques, les crêtes rocheuses ou les entailles d’érosion). Plus récemment, on a mis au point des « torpilles » électroniques (le « fish » ou « fully instrumented submersible housing », mis au point en Californie) : ce sont des engins remorqués au-dessus du fond et capables d’enregistrer le mouvement de l’eau, le champ magnétique en même temps que le relief à l’aplomb et de part et d’autre de leurs routes. Le positionnement est fait grâce à trois balises sonars qui délimitent le champ d’observation. Un tel appareillage permet une étude minutieuse des topographies complexes, comme les collines abyssales ; c’est lui qui fut utilisé pour le repérage des épaves du Thresher (sous-marin atomique, 1966), de l’Alvin (au large du cap Cod, 1969) et de l’Eurydice (1970) ainsi que du point de chute de la bombe atomique tombée en 1966 au large de Palomares (Espagne). Les sondes ainsi recueillies doivent être corrigées (corrections de marée, de température) et ramenées à un même niveau de référence (zéro hydrographique) avant d’être reportées sur les cartes. Les levés sismiques (sondage sismique continu) ont fait faire à la géologie et à la géomorphologie sous-marines de spectaculaires progrès. Ils permettent de déterminer la disposition des couches sous la route du navire. On utilise des émetteurs (types variés) et des récepteurs (hydrophones) remorqués à une certaine distance du navire où se fait l’enregistrement. Les profils obtenus (qui sont des « coupes-temps ») permettent de dresser la véritable coupe géologique du fond en restituant aux réflecteurs les profondeurs réelles en tenant compte de la propagation du son dans les divers terrains rencontrés, préalablement échantillonnés et datés.

Les levés hydrologiques comprennent des enregistrements de température (à l’aide de bathythermographes donnant le champ thermique jusqu’à des profondeurs voisines de 200 à 300 m) et de courants (en utilisant un GEK, ou courantomètre à électrodes remorquées [v. courants océaniques]).

Tous les renseignements recueillis en station ou en route sont immédiatement étudiés et stockés (fiches perforées, bandes magnétiques) sur les navires les plus importants équipés d’un ordinateur. Sur les autres unités, le plus souvent le dépouillement final et la mise en mémoire sont effectués au laboratoire.

• Les plates-formes. Elles peuvent être fixes ou dérivantes.
1. Plates-formes fixes. Il s’agit de constructions côtières comme les sémaphores, les phares ou les bateaux-feux (bouées lumineuses en forme de bateau habitées le plus souvent par un équipage de gardiens), où l’on procède à de très nombreuses observations et mesures. Par exemple, c’est grâce aux abondants renseignements recueillis par les bateaux-feux des détroits danois que l’on est parvenu à comprendre les échanges hydrologiques entre la Baltique et la mer du Nord. Selon les mêmes principes, on a édifié depuis 1964, devant les côtes du nord-est des États-Unis ou de la Californie, des tourelles automatiques destinées à suivre en continu tous les éléments du milieu marin (y compris l’atmosphère). Dans cette catégorie de plates-formes, on pourrait ranger celles qui sont consacrées aux forages, où l’on effectue parfois des observations hydrologiques.
2. Plates-formes dérivantes (et donc temporaires). Les plus connues sont celles qui ont été créées dans l’océan Arctique par les Soviétiques (les stations SP), puis par les Américains sur les « floes » et les îles de glace animée par le mouvement de la banquise (v. Arctique [océan]). On y a procédé à de très importantes études de glaciologie marine, de gravimétrie, de bathymétrie, de climatologie, d’hydrologie et de biologie.

• Les bouées. Ce sont les engins océanographiques les plus récents, mais également les plus prometteurs. Les modèles en sont nombreux, et les tailles très variées, depuis la simple perche-flotteur jusqu’à la grosse balise. Les bouées les plus simples sont des stations relais transmettant par signaux acoustiques les renseignements qui leur parviennent depuis des appareils posés sur le fond (courantomètre, gravimètre par exemple). Les plus importantes sont équipées de capteurs multiples (jusqu’à plusieurs centaines) répartis en niveaux étages au-dessous et au-dessus de la ligne de flottaison.

Certaines bouées sont fixes, pour permettre une observation et une surveillance continues en un point de l’océan. Elles sont le plus souvent habitées par des équipes de chercheurs. C’est le cas de la Flip (Floating Instrument Platform), mouillée depuis 1963 dans le Pacifique, et de la Borha 2 (CNEXO), ancrée depuis juin 1973 au sud de Marseille (41° 55′ N. et 5° 20′ N.). Cette dernière comprend un flotteur où sont installés les ballasts et divers enregistreurs et une tête occupée par les machines, les laboratoires, les magasins et l’habitacle. Consacrée à l’étude de la dynamique des eaux et de l’air, de leurs échanges énergétiques et de la biologie de la couche d’eau superficielle, Borha 2 est destinée à devenir le centre d’un polygone de bouées satellites fonctionnant en stations autonomes et automatiques. Plusieurs régions océaniques (notamment la mer du Nord) seront ainsi dotées de véritables réseaux qui permettront d’établir la prévision marine et de surveiller la pollution.