Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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océanographie et océanologie (suite)

• Leur stockage. La multiplication et la diversification des moyens apportent à l’océanographie un nombre de données sans cesse croissant. Cette documentation pléthorique est exposée à rester stérile si elle n’est pas traitée, exploitée et diffusée selon les méthodes les plus modernes de l’informatique. Chaque pays a été contraint de procéder à un inventaire et à un recensement approfondis de toutes les données en sa possession. À cette fin furent créés des « centres de données océanographiques ». En France, c’est le B. N. D. O. (Bureau national des données océanographiques), géré par le Centre national d’exploitation des océans (CNEXO) et installé au C. O. B. à Brest. Un centre similaire a été construit par les Britanniques à Wormley (Surrey), par les Allemands à Hambourg. Les deux grands centres de Washington (National Oceanographic Data Center) et de Moscou ont vocation pour traiter et diffuser les données à l’échelle internationale. Mais nombre de problèmes subsistent, notamment ceux qui ont trait à la nature et au traitement des données susceptibles d’être ainsi échangées. Grâce au système S. M. I. S. O. (Système mondial intégré de stations océaniques)-IGOSS (Integrated Global Ocean Stations System), on sera prochainement en mesure de rassembler toutes les données acquises par les stations côtières, les plates-formes, les bouées, les navires (océanographiques et marchands), les avions et les satellites afin de pouvoir fournir en permanence des renseignements sur l’état de la mer, la climatologie et l’hydrologie de surface à toute entreprise de navigation, de pêche ou d’exploitation pétrolière qui en fera la demande.


Les recherches

• Le chercheur. Interdisciplinaire, l’océanographie fait appel au concours de nombreux spécialistes, qui ont dû acquérir au préalable une connaissance approfondie dans les domaines qui leur sont propres. Chaque discipline existant à terre a son prolongement océanographique normal. L’océanographe a été zoologiste, mathématicien, géologue avant de se spécialiser. Sa formation est longue, son métier difficile, et sa carrière pose encore de délicats problèmes non résolus (stabilité de l’emploi par exemple).

• Le financement. À l’instar de la recherche spatiale, avec laquelle elle a d’ailleurs de nombreux points communs, la recherche océanographique est coûteuse. Elle utilise un matériel cher, soumis à des avaries et à des pertes nombreuses. Un navire comme le Discoverer (long de 92 m) a coûté lors de son lancement, en 1967, 50 millions de francs ; chaque jour de mer revient à plus de 30 000 francs (1968). Seuls les pays développés, parmi lesquels les États-Unis et l’Union soviétique viennent largement en tête, peuvent y consacrer plusieurs centaines de millions de francs tous les ans. Mais il s’agit de recherches éminemment rentables, dont les résultats tant théoriques que pratiques ont joué un rôle déterminant dans le développement de la science et de l’humanité. L’importance des réussites obtenues justifie amplement le montant des sommes engagées.

• L’organisation. Pour faire face à de telles dépenses, la dispersion du travail n’est plus de mise. Sur le plan international, on assiste à une collaboration de plus en plus marquée entre les laboratoires universitaires, les organismes officiels et les sociétés privées. À la campagne BOMEX, par exemple, ont participé 1 500 personnes appartenant à 7 agences fédérales, 19 universités et 7 laboratoires privés. Sur le plan international ont été mises sur pied des campagnes regroupant les chercheurs et les moyens de plusieurs pays. Cette collaboration a nécessité la création d’organismes spécialisés, qui eurent au départ une vocation purement régionale, comme le premier en date, le C. I. E. S. M. (Conseil international pour l’étude scientifique de la Méditerranée), créé dès 1919. À l’échelle mondiale, l’action de ces institutions, plus ou moins associées à l’Unesco ou à la FAO (Food and Agriculture Organization), est contrôlée et coordonnée par la C. O. I. (Commission océanographique intergouvernementale). Aucune recherche océanographique d’une certaine envergure ne peut se faire en dehors de toutes ces formes de collaboration. L’avenir de la discipline est à ce prix.

J.-R. V.

➙ Eau / Géophysique / Hydrologie et hydrographie / Navigation / Océan / Satellite artificiel / Sismologie.

 J. M. Pérès et L. Devèze, Océanographie biologique et biologie marine (P. U. F., 1961-1963 ; 2 vol.). / Oceanography from Space (Woods Hole, Mass., 1965). / V. Romanovsky, Physique de l’océan (Éd. Seuil, coll. « Microcosme », 1966). / D. Behrman, New World of the Oceans : Men and Oceanography (Boston, Mass., 1970 ; trad. fr. Planète Océan, l’Aventure des hommes qui font l’océanographie, Laffont, 1971). / L. Berthois, Océanographie sédimentologique (C. D. U., 1970). / P. Muraour (sous la dir. de), Éléments de géophysique marine (Masson, 1970). / C. A. Colliard et coll., le Fond des mers (A. Colin, coll. « U », 1971). / J. Pouquet, les Sciences de la terre à l’heure des satellites (P. U. F., 1971). / R. H. Belderson, N. H. Kenyon, A. H. Stride et A. R. Stubbs, Sonographs of the Sea Floor (Amsterdam, 1972). / J. Blanc, Initiation à la géologie marine (Doin, 1972). / O. Leenhardt, le Sondage sismique continu (Masson, 1972). / J. M. Pérès, Clefs pour l’océanographie (Seghers, 1972). / R. Cartier et S. Groueff, l’Homme et la mer (Larousse et Paris-Match, 1973).


Les moyens à la mer

Le travail en mer, milieu difficile, a nécessité la mise au point de moyens spécifiques et coûteux. En de nombreux cas, la technologie élaborée pour l’étude des milieux dangereux (recherches nucléaires, spatiales) a peu à peu gagné le domaine de l’océanographie (enregistrement automatique, télémanipulation, pénétration et travail en milieu hyperbar). Cette tendance est encore appelée à se renforcer avec la mise en exploitation de gisements sous-marins. Les divers moyens employés peuvent être regroupés en trois séries selon le milieu de travail.