Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
O

océanographie et océanologie (suite)

• la mise en évidence des grands processus qui ont abouti à la différenciation des mers et des terres. Les rapides progrès dans l’étude du magnétisme, de la gravimétrie et de la séismologie ont permis l’élaboration de la théorie du renouvellement des fonds océaniques et de la tectonique de plaques (v. océan). Les résultats acquis depuis 1968 par les forages du Glomar Challenger sont susceptibles de fournir des arguments nouveaux en faveur d’une hypothèse qui rend compte avec cohérence de l’évolution planétaire des océans.


L’océanographie des fluides (ou océanographie physique)

Elle étudie les masses d’eau aux points de vue de leur nature et de leur dynamique (v. courants océaniques, ondes océaniques) ainsi que leurs relations avec les masses d’air qui les surmontent. Cette branche de l’océanographie fait appel à des spécialistes ayant acquis une formation particulière de chimistes, de physiciens et de mathématiciens. Deux grands problèmes font l’objet de leurs travaux :

• L’étude des bilans hydrologiques et thermiques. Elle peut être abordée à l’échelle d’une mer : on parle de mers à bilan hydrologique négatif (mer Rouge, golfe Persique, Méditerranée) ou positif (comme la Baltique) ; pareillement, le bilan thermique a de profondes répercussions sur l’ensemble de l’hydrologie et de la climatologie régionales, comme on l’observe dans le cas des mers froides. Ces deux aspects du problème peuvent également être envisagés à l’échelle de l’océan mondial : à cet égard, les renseignements fournis par les satellites sont essentiels pour comprendre le comportement d’ensemble des mers et leur rapports avec le cycle hydrologique.

• L’étude de l’interaction air-eau. Elle analyse les échanges hydrologiques (précipitations, évaporation), particulaires (aérosols) et énergétiques qui s’accomplissent à la surface de l’océan. L’atmosphère, par l’intermédiaire des vents, de la pluie et de l’évaporation, apporte des modifications sensibles à la surface de la mer, qui, en retour, agit sur le comportement des masses à son contact. La considération de ce cycle explique que la séparation entre l’océanographie et la météorologie devient floue et parfois même tend à disparaître, puisque les mêmes chercheurs se consacrent aux deux sciences et qu’en de nombreux pays les organismes qui en ont la charge sont confondus. La météorologie devient de plus en plus océanographique dans la mesure où les patientes observations faites en mer peuvent fortement aider à la prévision du temps à plus ou moins longue échéance. On a pu mettre en évidence que le réchauffement du Pacifique Sud équatorial pouvait se traduire plus ou moins rapidement par un refroidissement de notre hiver. L’influence des oscillations du Gulf Stream sur la succession des types de temps en Europe est depuis longtemps connue.


L’océanographie du vivant

Elle a pour finalité l’étude des espèces (végétales et surtout animales) qui vivent en relation avec le fond (benthos), nagent (necton, composé d’espèces animales d’assez grande taille douées de bonnes aptitudes natatoires) ou flottent (zooplancton et phytoplancton transportés passivement par les courants). Cette océanographie biologique aborde deux grandes questions : la production de biomasse en fonction de l’écologie des milieux (fertilité de l’eau de mer) ; la constitution des chaînes alimentaires (définition des divers maillons qui les composent et de leurs rapports trophiques).

L’océanologie s’occupe de phénomènes directement conditionnés par les précédents. L’étude de la pollution et de la corrosion marines ne peut être abordée sans une connaissance préalable et approfondie de tout l’environnement océanique. Comprendre l’aquaculture et la pêche exige une analyse des courants, des fonds et des eaux où on les pratique. La navigation et l’activité portuaire sont soumises au régime des vents, des houles et des processus littoraux d’érosion et de comblement. Il en est de même pour les travaux en mer, qu’il s’agisse d’exploration ou d’exploitation, en surface comme au fond. Il est évident que l’intensité de ces activités dépend tout autant de contingences spécifiques propres aux sociétés, comme les prix, l’intégration plus ou moins importante à une économie de marché, les structures économiques et sociales ou le niveau technologique. L’océanologie est en fait une véritable océanographie humaine et économique, voire politique lorsque des problèmes juridiques internationaux se trouvent en jeu (v. océan). La recherche militaire, dotée de gros moyens, se préoccupe de détecter les engins flottants ou navigants ; elle nécessite des travaux spécifiques de topographie et d’acoustique sous-marines dont les résultats restent le plus souvent confidentiels.

Des bateaux et des hommes

Les océanographes

Georges Aimé
(1810-1846), océanographe français, professeur au lycée d’Alger, exécuta de 1840 à 1844 les premières observations au large de l’Algérie, fabriqua des instruments nouveaux (notamment l’un des premiers thermomètres à renversement) et publia ses résultats dans les Recherches de physique sur la Méditerranée (1845), qui l’ont fait classer parmi les fondateurs de l’océanographie physique.

Albert Ier
prince de Monaco (1848-1922), a dirigé de 1884 à 1920 des recherches systématiques en Méditerranée et dans l’Atlantique Nord à bord de ses yachts Hirondelle I et II, ainsi que Princesse-Alice I et II, où embarquèrent les principaux géologues et zoologistes de son temps. Il a favorisé l’installation du Bureau hydrographique international à Monaco.

Vagn Walfrid Ekman
(1874-1954), océanographe suédois, professeur d’hydrodynamique à l’université de Lund (Suède). Travaux sur les eaux mortes, l’effet de la rotation terrestre sur les courants (1902, v. courants océaniques), le gradient adiabatique (1902)...

Maurice Neville Hill
(1919-1966), océanographe britannique. Par ses travaux à l’université de Cambridge (Dept of Geodesy and Geophysics), il fut un des fondateurs de la géophysique marine.

Martin Knudsen
(1871-1949), océanographe danois. Recherches sur la chimie de l’eau de mer. Édition des Tables hydrographiques (conversion de la chlorinité en salinité et en densité), dressées avec le concours de Carl Forch, de J.-P. Jacobson et de S. P. L. Sørensen.

Fridtjof Nansen
V. l’article.