Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Océanie (suite)

En Polynésie, un grand soin était donné au façonnage des pilons en pierre, utilisés pour battre certaines préparations alimentaires à base de féculents. Les plus remarquables sont ceux de Maupiti (aux îles de la Société) et des îles Marquises. Dans le premier cas, la tête du pilon est une barre horizontale ornée de barrettes gravées et prolongée, à ses deux extrémités, par deux oreilles verticales. Les surfaces de l’objet, taillé dans une roche noire à grain fin, sont très soigneusement polies. Aux îles Marquises, l’extrémité sommitale, bicéphale, est gravée de deux figures humaines stylisées. D’autres pilons en pierre, trouvés en Nouvelle-Guinée centrale, ont leur manche remarquablement sculpté en forme d’animaux. Les autochtones actuels ignorent leur fonction, comme ils ignorent ceux qui les ont façonnés. La préhistoire n’a pas encore résolu ce problème d’origine et de chronologie.

Le tapa était une sorte de papier épais qui servait d’étoffe pour se vêtir, se couvrir la nuit, décorer les habitations et envelopper les morts. Il était utilisé aussi en Mélanésie pour la confection des masques. Il était confectionné à partir des fibres libériennes de certains arbres : mûriers, banians des Indes, arbres à pain. Ces fibres, détachées de l’écorce, étaient assouplies par trempage, puis longuement battues sur une enclume en bois à l’aide d’un battoir gravé, en bois ou en pierre. Le martelage affine la bande de fibres et la double en largeur. Des collages et de nouveaux martelages permettent d’obtenir des tapa de plus grandes dimensions ou plus épais. La possession de grandes pièces de tapa était, en Polynésie, signe de prestige. Plus ou moins blanc à l’origine, le tapa est souvent teint et décoré, sauf aux Marquises et à l’île de Pâques. Les motifs sont peints avec le doigt ou un instrument qui sert de pinceau, obtenus par estampage ou par impression de feuilles, de rameaux, de tresses, de planches ou de baguettes gravées. Les décors, généralement géométriques ou foliacés en Polynésie, sont particulièrement riches et variés en Nouvelle-Guinée : animaux divers, symboles stellaires, etc. Les longues feuilles de pandanus, découpées en rubans, sont encore utilisées en Mélanésie pour la confection des nattes, plus ou moins fines selon leur destination : tapis de sol pour se reposer, voile de pirogue, élément de vêtement. Plus grossières en Polynésie, sauf aux Samoa, elles étaient d’un usage moins répandu que dans le Pacifique occidental.


L’art et la vie sociale

Dans la vie quotidienne, certains aspects de l’art touchent au social, le raffinement de la production artistique étant souvent en rapport direct avec le rang ou la fonction de ceux à qui elle est destinée, qu’il s’agisse d’objets ou de la décoration des cases. Il en est de même des parures, non examinées précédemment, mais qui intéressent aussi bien la vie sociale que la vie religieuse. Plus strictement d’ordre social est la production artistique néo-hébridaise, qui est en rapport avec l’attribution des grades : sculptures de fougères arborescentes, d’un style identique à celui des statues de bois de cette région, style que l’on retrouve encore dans les figures d’ancêtres qui ornent le sommet des grands tambours verticaux. Après avoir été sculptée, la fougère est recouverte d’un enduit plastique qui sert de support aux peintures. Une technique semblable est utilisée pour la fabrication des masques et des coiffures cérémonielles. Le surmodelage est également employé dans la préparation des crânes d’ancêtres, dont la décoration n’a d’égale que celle des crânes surmodelés de la vallée du Sepik, en Nouvelle-Guinée.

Le masque permet de présenter à la communauté l’ancêtre ou les êtres mythiques et de les faire agir. En Nouvelle-Guinée et dans les archipels mélanésiens qui lui sont proches, il est en bois ou en vannerie recouverte d’un enduit plastique. Sur un fond blanc sont peints les principaux traits du visage. L’ensemble est rendu plus fantastique non seulement par la violence des coloris et l’étrange développement du nez ou de la coiffure, mais aussi par divers éléments qui sont incorporés au masque (cheveux, dents de cochon, coquillages) ou qui lui sont surajoutés (longues antennes, représentation d’animaux, etc.). Le masque est rendu plus fantastique encore par les autres parures de celui qui le porte. Dans les mêmes régions et à l’occasion des mêmes activités rituelles, les peintures corporelles sont d’un usage fréquent. L’effet de ces peintures, et notamment des blancs, appliquées sur des corps à la peau brun foncé, est non moins saisissant que celui des masques.

Il ne semble pas que le tatouage, au moins dans les périodes les plus récentes, ait d’autre motivation que d’affirmer la place de chacun dans la hiérarchie sociale, par l’étalage d’une beauté personnelle acquise patiemment et avec beaucoup de douleur. Bien qu’existant aux îles Salomon, mais sans réelle valeur esthétique, le tatouage était surtout pratiqué en Micronésie et en Polynésie. C’était l’affaire de spécialistes, qui, souvent, étaient également ceux de la sculpture sur pierre, sur bois ou sur ivoire. On se servait d’aiguilles ou de peignes en os et de pigment à base de suie. En Micronésie, les plus riches tatouages étaient ceux des îles Carolines, où se mêlaient dessins figuratifs et géométriques. Aux Tonga et aux Samoa, les motifs géométriques n’ornaient que les bras et le bas du corps, mais, aux îles Marquises et en Nouvelle-Zélande, tout le corps était progressivement recouvert de dessin d’un style identique à ceux des décors sur bois ou sur pierre.

Coiffures, pendentifs, colliers, ceintures, bracelets, brassards, vêtements cérémoniels ont partout une grande importance dans ces sociétés, où l’on vit peu vêtu et où l’individu doit exhiber sa personnalité statutaire, aussi bien dans la vie courante qu’à l’occasion des grandes manifestations à caractère socio-religieux. La parure est également considérée comme nécessaire à l’émanation du charme personnel dans la recherche d’un partenaire conjugal. La Mélanésie et la Micronésie connaissent une relative variété d’éléments de parure en coquillages, travaillés ou non, en écaille de tortue, en dents d’animaux et aussi en matières végétales. On fabriquait en Nouvelle-Irlande les plus beaux kapkap de l’Océanie. Le kapkap est un disque d’écaillé de tortue délicatement ajouré et fixé sur un autre disque taillé dans un coquillage blanc et poli. Les hommes le suspendaient au-dessus de leur tempe ou de leur front. Cependant, c’est en Polynésie que l’on fabriquait les bijoux les plus diversement élaborés, et en particulier aux îles Marquises et en Nouvelle-Zélande. Ici, les plus beaux pendentifs (hei) étaient taillés dans un jade extrêmement dur, la néphrite, dont la couleur varie du bleu-gris au vert nil le plus pâle. Il s’agissait le plus souvent de hei tiki, représentation stylisée du tiki, qui symbolisait l’ancêtre, dont il conservait une partie du mana. Dans la même roche étaient taillés des pendentifs en forme d’hameçons. Aux îles Marquises, le thème du tiki domine dans les parures : diadèmes en écaille et en nacre, ornements d’oreille en ivoire et pendentifs en os humains. Un tiki est l’image très schématique d’un homme, gravée ou sculptée. En Polynésie centrale, c’est un esprit dangereux — et protecteur — qui est ainsi incarné. Il défend les limites territoriales et les enceintes religieuses ; il était sculpté à l’avant des grandes pirogues de guerre. Il est aussi symbole de fécondité. En Nouvelle-Zélande, Tiki, le premier homme, est une divinité. À Tahiti et surtout à Hawaii, les vêtements de cérémonie les plus prestigieux étaient recouverts d’une quantité innombrable de plumes d’oiseaux, rouges, mais aussi jaunes ou noires lorsqu’il s’agissait de compositions décoratives. Les plumes étaient fixées sur les mailles d’un filet, et l’ensemble constituait des ceintures, des capes et des coiffures.