Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Océanie (suite)

Les populations et l’économie

Les archipels du Pacifique sont traditionnellement divisés en trois grands ensembles : la Mélanésie*, la Polynésie* et la Micronésie*. À cette division correspondent en principe des différences dans les caractères ethniques des populations qui y vivent ; en réalité, les mélanges entre les groupes ont été parfois considérables. Les aborigènes australiens doivent être mis à part : ils sont venus du sud-est de l’Asie il y a plusieurs millénaires par l’intermédiaire de l’archipel indonésien, probablement à une époque où, le niveau de la mer étant plus bas, le passage était facile ; des groupes épars s’installèrent dans tout le continent et jusqu’en Tasmanie. Les Mélanésiens, originaires, eux aussi, de l’Asie orientale, peuplèrent peu à peu les archipels du sud-ouest de l’Océanie, tandis que les Polynésiens, remarquables navigateurs, parvenaient à s’installer dans tous les archipels du Pacifique central et à coloniser les îles Hawaii et la Nouvelle-Zélande. Des populations apparentées aux Polynésiens s’établirent dans les petites îles situées au nord de l’équateur (Micronésie).

L’exploration du Pacifique par les Européens avait commencé au xvie s. avec Magellan ; elle devint systématique au xviiie s. avec Cook et les navigateurs français. Au xixe s., les grandes puissances se sont partagé les archipels. Les Allemands ont été ensuite évincés des Samoa occidentales, de la Nouvelle-Guinée et des archipels micronésiens au moment de la Première Guerre mondiale ; les Japonais, qui leur avait succédé aux Mariannes, aux Carolines et aux Marshall, durent abandonner ces îles à la suite de leur défaite lors de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, en plus de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, anciennes colonies anglaises devenues dès le début du xxe s. des États indépendants dans le cadre du Commonwealth, plusieurs archipels ont obtenu leur indépendance : les Samoa occidentales, Nauru, les Fidji et les Tonga. D’autres ont gardé des liens plus étroits avec leur métropole : la Nouvelle-Calédonie, les Wallis-et-Futuna et la Polynésie française sont des Territoires français d’outre-mer. Les Nouvelles-Hébrides sont administrées en condominium par la France et la Grande-Bretagne. L’archipel des Salomon est une colonie de la Couronne anglaise, la Nouvelle-Guinée orientale a été conduite par paliers vers l’indépendance par l’Australie, les archipels de Micronésie sont sous tutelle de l’O. N. U. et administrés par les Américains, Guam et les Samoa orientales sont des territoires américains et les îles Hawaii constituent depuis 1959 le cinquantième État des États-Unis.

L’implantation des Européens en Océanie a été suivie de grands bouleversements dans la population. Les groupes autochtones ont connu un grave déclin au xixe s. Certains groupes ont même disparu (Tasmaniens). Depuis quelques décennies, les populations indigènes connaissent un renouveau démographique spectaculaire : certaines îles aux possibilités limitées sont déjà surpeuplées, et une partie des jeunes doivent émigrer : ainsi ceux de Wallis-et-Futuna vers la Nouvelle-Calédonie ou ceux des Cook vers la Nouvelle-Zélande.

L’installation européenne a été souvent suivie d’une véritable colonisation : les Européens se sont surtout installés dans le sud de l’Australie et en Nouvelle-Zélande, où le climat tempéré leur était favorable ; les aborigènes australiens ont été complètement submergés par une population blanche dont la croissance a été accélérée par une immigration active (plus de 2 millions d’arrivées depuis 1945). En Nouvelle-Zélande, il y a dix fois plus d’Anglo-Saxons que de Maoris ; ces derniers connaissent pourtant une croissance démographique très rapide depuis quelques décennies. En Nouvelle-Calédonie, les Français d’origine métropolitaine sont aussi nombreux que les Mélanésiens. Aux îles Hawaii, les Polynésiens, très métissés, ne jouent plus qu’un rôle secondaire à côté des populations de race blanche, mais aussi de race jaune.

Les Asiatiques se sont installés un peu partout dans les archipels, et ils constituent aujourd’hui la majeure partie de la population des îles Hawaii (Japonais, Chinois, Philippins). Aux îles Fidji, les Indiens sont aujourd’hui plus nombreux que les autochtones. Dans d’autres îles, les Chinois forment de petites colonies dont le rôle économique est souvent considérable (Tahiti).

L’arrivée d’immigrants a considérablement bouleversé les genres de vie traditionnels. Les quelques aborigènes australiens qui sont resté fidèles à leur vie nomade de cueillette, de chasse et de pêche ont été refoulés dans les parties les plus isolées de cet immense pays ; les autres sont devenus gardiens de bétail ou manœuvres. À l’imitation des Européens, les Maoris de Nouvelle-Zélande se sont tournés vers l’élevage laitier ou sont allés peupler les villes. Dans les îles tropicales, la culture des tubercules reste souvent active, en particulier en Nouvelle-Guinée et en Mélanésie (taro, igname, patate douce) ; de nombreux Polynésiens fondent leur genre de vie sur le cocotier, le taro et la petite pêche littorale. Mais, bien souvent, le contact avec la civilisation occidentale et l’attirance des villes et des industries amènent l’abandon des activités habituelles. Certains se tournent vers des cultures commerciales : cocotiers pour le coprah, bananiers, caféiers, mais les rendements sont très inégaux.

Les grandes plantations appartiennent le plus souvent à des sociétés d’origine européenne. La canne à sucre est prospère sur la côte du Queensland, aux îles Fidji et aux îles Hawaii (où l’ananas décline). De vastes cocoteraies s’étendent sur les côtes de certaines îles de la Mélanésie ou de la Polynésie. Des Australiens ont créé des plantations de caféiers dans les montagnes de la Nouvelle-Guinée. Quant à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande, elles sont devenues les premiers pays d’élevage du monde.

L’exploitation minière a enrichi certaines terres. Les phosphates, déjà épuisés dans plusieurs îles, font vivre le petit État de Nauru ; la Nouvelle-Calédonie doit sa prospérité au nickel. Mais c’est surtout l’Australie qui présente dans ce domaine d’énormes possibilités : ses richesses en minerai de fer, en bauxite, en charbon, etc., lui permettent déjà de jouer un rôle de premier plan dans le commerce mondial.