Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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obésité

État caractérisé par la présence d’une quantité de tissus adipeux supérieure à la moyenne.



Introduction

Chez les sujets normaux, ces tissus représentent de 15 à 20 p. 100 du poids corporel ; une proportion de 30 p. 100 indique une obésité franche. Dans cet état, il y a disproportion entre le poids du sujet et sa taille. L’obésité représente pour le physiologiste une rupture de l’équilibre entre recettes et dépenses au profit des premières et dont la conséquence est une mise en réserve d’énergie sous forme de graisses. Longtemps bien tolérée, elle aboutit à des accidents graves susceptibles de compromettre la vie. Pour cela, elle doit être considérée comme une véritable maladie. La fréquence est accrue par les conditions de prospérité (un cinquième de la population des États-Unis est obèse, selon les spécialistes). C’est surtout entre trente et soixante ans qu’elle est la plus commune. Le sexe joue un rôle incontestable. « La femme est à l’état physiologique une petite obèse » (Trémolières). L’âge ne fait qu’accentuer la différence entre les deux sexes. Certaines populations (Turcs, Égyptiens) fournissent un contingent important d’obèses. Il faut tenir compte dans ce cas des conditions de climat et de vie (sédentarité). Pour délimiter l’obésité, il faut faire appel aux notions de poids standard et de poids idéal. Le poids standard est celui qui est donné par les statistiques établies sur de très larges groupes de sujets considérés comme normaux. Le poids idéal est fourni par certaines formules fondées sur la taille, le sexe, l’ossature et la musculature.


Étude morphologique

À l’état normal, le pannicule adipeux est plus épais chez la femme que chez l’homme. La graisse est particulièrement abondante, chez la femme, dans la région fessière, dans la région sacrée et aux cuisses, dans la région sous-ombilicale et la région sus-pubienne, où elle forme le mont de Vénus, au thorax dans la région mammaire, aux membres supérieurs dans la région rétrodeltoïdienne (épaule). Dans les deux sexes, les dépôts graisseux sont nuls aux poignets et aux chevilles. Chez l’homme, la graisse tend à s’accumuler dans la partie supérieure du tronc. On distingue plusieurs types d’obésité.

• L’obésité gynoïde se rencontre surtout chez la femme. L’adiposité porte surtout sur la partie inférieure du corps. L’abdomen est distendu, étalé en tablier. Les fesses et les cuisses sont rembourrées de bourrelets, creusées de sillons.

• L’obésité androïde est plus fréquente chez l’homme. L’adiposité est prépondérante dans le segment supérieur du corps : partie haute de l’abdomen, thorax, épaules et nuque.

• L’obésité sthénique ou pléthorique est plus commune chez l’homme. Elle s’associe à une ossature forte, des muscles puissants et développés, des téguments fermes et chauds. Le visage est souvent congestionné. Les sujets sont actifs. Ce sont de gros mangeurs.

• L’obésité asthénique touche essentiellement la femme. Elle est souvent considérable. Les téguments sont flasques, pâles et froids, la musculature peu développée, la tension artérielle un peu diminuée, le nombre de globules rouges abaissé. On parle d’« anémie graisseuse ». Elle atteint des sujets sédentaires, à l’appétit médiocre, mais consommant surtout des sucreries, des féculents, du beurre, ignorant souvent la viande.


Aspect biologique

Le plus souvent, le taux des lipides dans le sang est normal, ainsi que ceux du cholestérol et des phospholipides. La teneur en protides est souvent élevée, mais la dépense azotée quotidienne est normale, ce qui suggère que les graisses de réserve participent normalement à la dépense énergétique. La glycémie à jeun est le plus souvent normale ou légèrement augmentée. L’épreuve d’hyperglycémie provoquée par absorption de glucose (v. diabète) est très souvent troublée. Le métabolisme* de base, en apparence normal, est, ramené au poids idéal, nettement augmenté.


Retentissement de l’obésité

L’obésité, à la longue, finit par retentir sur tous les organes et, de ce fait, est cause de morbidité et de mortalité importantes. Les troubles apparaissent surtout après la quarantaine.


Appareil cardio-vasculaire

Le cœur est l’organe qui souffre le plus de l’obésité. Sa souffrance se traduit par une dyspnée d’effort (essoufflement) et une tachycardie (cœur rapide). L’électrocardiogramme est souvent perturbé. Il existe fréquemment une hypertension*, une athérosclérose (v. artère). L’obésité favorise incontestablement l’angine de poitrine (v. coronaires [artères]) et l’infarctus* du myocarde, l’artérite cérébrale, qui conduit au ramollissement cérébral et à l’hémorragie cérébro-méningée (v. cerveau). Finalement, le cœur surchargé devient défaillant : c’est l’insuffisance cardiaque et ses conséquences. Physiologiquement lié au cœur, le poumon souffre et on observe également des troubles de la ventilation pulmonaire.


Rein

La présence de protéines dans les urines (albuminurie) s’observe souvent chez l’obèse, mais il existe surtout des troubles de l’élimination de l’eau avec retard à la diurèse après une charge aqueuse.


Diabète

C’est la complication la plus fréquente avec les complications cardio-vasculaires. Chez presque tout obèse existe un état prédiabétique qui se pérennise au-delà de la cinquantaine avec apparition d’une glycosurie et d’une hyperglycémie.


Appareil digestif. Foie. Vésicule biliaire

L’obèse gros mangeur se plaint souvent de ballonnement abdominal après les repas. La lithiase* biliaire est plus fréquente chez lui. Le foie est souvent hypertrophié.


Peau. Muscles. Articulations

L’infection cutanée est fréquente (furoncles, anthrax, intertrigo). Les hernies abdominales sont favorisées par une déficience musculaire. Quant au système articulaire, il a le plus à souffrir de la surcharge pondérale, ce qui aboutit au développement d’arthroses (v. articulation) touchant genoux, hanches et colonne vertébrale.