Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

nucléaire (énergie) (suite)

Les niveaux de production et d’équipement dépendent évidemment beaucoup des évaluations faites au cours des deux décennies précédentes en matière d’appréciation des coûts, et des variations de la demande globale. Les chiffres de production de l’U. R. S. S. et des démocraties populaires ne sont connus qu’avec un certain retard, et ils indiquent une production modeste jusqu’à ces dernières années. Dans le monde occidental, il y a à l’heure actuelle deux grands producteurs, les États-Unis, puis la Grande-Bretagne. En dehors de cela, on compte comme producteurs moyens la France, l’Allemagne fédérale, le Canada et l’Italie (plus le Japon).

Durant les dix années qui viennent, la poussée de la production devrait être particulièrement rapide aux États-Unis, où l’on s’inquiète de la dépendance croissante vis-à-vis de l’étranger en matière de sources d’énergie classique, en Allemagne fédérale et au Japon, qui étaient jusqu’ici peu équipés, et aussi, en France. Le taux de croissance serait moins élevé pour la Grande-Bretagne.

La production d’énergie nucléaire est née dans les pays où de grosses dépenses avaient été effectuées en matière d’armements atomiques. Les investissements au départ sont si élevés que les industries privées les plus puissantes ne pouvaient se lancer dans ce domaine sans être aidées par la recherche publique. En France, l’essentiel de l’effort a été confié au Commissariat à l’énergie atomique, avant que l’Électricité de France ne reprenne la direction du secteur. À l’étranger, la part faite aux groupes privés a souvent été plus importante, aux États-Unis en particulier : à l’heure actuelle, la plupart des installations que l’on crée dans le monde sont livrées par les groupes américains, directement ou par l’intermédiaire de sociétés dans lesquelles ils possèdent des participations importantes.

Les grands traits de la géographie de la production d’énergie nucléaire sont donc commandés par les niveaux de développement et les politiques énergétiques globales des nations. À l’intérieur de chaque nation, la localisation des installations obéit à des impératifs quelque peu contradictoires. L’usine est indépendante de celle des sources de métal, étant donné le très faible poids d’uranium consommé. Les contraintes sont liées à la nécessité de disposer d’eau de refroidissement, au souci aussi de ne pas implanter les centrales dans des zones trop peuplées, les risques de pollution n’étant sans doute pas négligeables. En Grande-Bretagne, par exemple, cela a conduit à installer les centrales sur les secteurs les moins peuplés du littoral. En France, on a choisi pour des raisons analogues le site de Brennilis dans les monts d’Arrée, en Bretagne. De manière plus générale, les implantations ont été dictées souvent par les lacunes dans la carte de répartition des unités traditionnelles de production : c’est ce qui a conduit au choix des sites de la vallée de la Loire, Avoine-Chinon ou Saint-Laurent-des-Eaux. En Europe occidentale, les essais de collaboration internationale ont parfois favorisé le choix de sites frontaliers (Chooz à la frontière franco-belge).

Le choix des sites se révèle difficile, et cela a conduit à ralentir, dans le cas des États-Unis, le programme des équipements. On se demande si le choix des sites littoraux, à la manière de la Grande-Bretagne, n’est pas lourd de menaces pour l’environnement marin. Dans un monde où on a le souci de protéger les zones de nature intacte, il est de plus en plus difficile de choisir les solitudes, alors qu’en région peuplée les réactions des habitants sont parfois vives.

P. C.

➙ Électricité / Énergie / Filière / Réacteur nucléaire.

 J. Andriot, Économie et perspectives de l’énergie atomique (Dunod, 1964). [Voir aussi électricité, énergie.]

nucléiques (acides)

Protéines complexes (hétéroprotéines) caractéristiques du noyau cellulaire.


Les acides nucléiques constituent le support ainsi que les effecteurs du message héréditaire transmis de cellule à cellule et de parents à enfant. Ils comprennent l’acide désoxyribonucléique, ou A. D. N., et les différentes variétés d’acide ribonucléique, A. R. N.


Historique

F. Mischer isola le premier en 1869 la « nucléine » dans les noyaux cellulaires. En 1924, Feulgen et Rossenbeck décrivirent une réaction très sensible des acides nucléiques. Ceux-ci ne furent cependant identifiés en A. D. N. et A. R. N. que trois ans plus tard par P. A. Levene et Mori. Ils furent longtemps considérés comme de simples « tampons » du noyau. Dès 1928, F. Griffith faillit découvrir leur rôle réel. Ce n’est pourtant qu’en 1944 que O. T. Avery, C. M. McLeod et M. McCarty démontrèrent à l’institut Rockefeller à New York que l’A. D. N. est le support de l’hérédité, grâce à une expérience maintenant fameuse. Celle-ci prouvait que l’A. D. N. est capable de transférer, d’une variété de pneumocoque à un autre, un caractère héréditaire propre à la première.

En 1954, J. D. Watson et F. H. C. Crick proposaient la structure hélicoïdale de l’A. D. N. Puis, en 1961, F. Jacob et J. Monod postulaient le rôle fondamental de l’A. R. N. messager. On isola alors successivement ce dernier ainsi que l’A. R. N. de transfert et l’A. R. N. ribosomal.


L’acide désoxyribonucléique ou A. D. N.

L’A. D. N. constitue le support du message héréditaire, c’est-à-dire des gènes. Sa structure est représentée par la fameuse double hélice de J. D. Watson et F. H. C. Crick. C’est une molécule, de longueur théoriquement infinie, formée par deux chaînes latérales disposées de manière spirale. On peut la comparer à une échelle de corde enroulée autour d’un axe imaginaire. Les montants sont formés par l’alternance régulière d’une molécule de sucre, le désoxyribose, et d’un groupement phosphoré. Les barreaux de l’échelle sont fixés aux molécules de sucre. Ils sont constitués par deux bases, l’une purique, l’autre pyrimidique, unies entre elles (au milieu du barreau) par une liaison labile. Les bases puriques sont au nombre de deux, la guanine (G) et l’adénine (A) ; de même les bases pyrimidiques comprennent la cytosine (C) et la thymine (T). Les deux seules liaisons possibles sont A-T et G-C, du fait des conditions moléculaires. Il existe donc quatre paires de bases « possibles » à chaque échelon : A-T, T-A, G-C et C-G.

Les propriétés de cette structure sont au nombre de trois : elle peut se reproduire identique à elle-même, être l’objet de transformations ou mutations, contenir une information.