Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

nuance (suite)

Ces effets de contraste se dégagent peu à peu de la structure même des œuvres musicales, particulièrement à partir du xvie s. C’est ainsi que les musiciens de la basilique Saint-Marc, à Venise, tirant partie de l’aménagement de l’édifice avec ses deux tribunes et ses deux orgues, font se répondre deux masses chorales et instrumentales. Autres exemples de cette pratique : la Fantasia in eco (1596) d’Adriano Banchieri, la Canzon in eco (1597), la Sonata pian e forte de Giovanni Gabrieli. À la fin du xviie s., Arcangelo Corelli fixe la forme du concerto* grosso, dans laquelle un groupe de solistes (concertino) s’oppose au gros de l’orchestre (tutti, ripieno).

La facture des instruments est, elle aussi, conçue pour permettre l’exécution des effets de contraste. À la diversité de timbre des deux claviers du clavecin s’ajoute une augmentation du volume des sons lors de l’accouplement de ces deux claviers. Un clavier d’écho est adjoint à certaines orgues au milieu du xviie s. Dans le domaine des instruments à cordes frottées, les sourdines, destinées à amenuiser le son, étaient d’usage courant à l’époque de Lully.


Le continuum dynamique

Le passage progressif d’un niveau d’intensité à un autre niveau semble apparaître plus tardivement dans l’histoire de la musique. Les écrits du xviiie s. en notent l’utilisation par les virtuoses, chanteurs ou instrumentistes. Dans ses Opinioni dei cantori antichi e moderni (1723), Pierfrancesco Tosi relève cette « manière de commencer le son pianissimo et de le conduire insensiblement du pianissimo au fortissimo, puis de le ramener avec la même respiration du fortissimo au pianissimo ». Dans une édition de ses premières sonates (1739), le violoniste Francesco Geminiani préconise l’emploi de quatre nuances : le piano, le forte, l’augmentation et la diminution de volume du son. Si l’usage des nuances progressives n’est pas né à Mannheim, comme on l’a parfois affirmé, il n’en reste pas moins vrai que les musiciens de cette école — notamment Johann Stamitz (1717-1757) — ont pleinement mis en valeur ce procédé, qui donnait toute sa vie au célèbre orchestre de l’Électeur palatin. La possibilité de diversifier les nuances par le toucher assure, de même, l’essor d’un nouvel instrument à clavier, le piano.


Nuances et symbolisme musical

La recherche de l’expression musicale favorise le développement d’un véritable art des nuances. Dès 1650, dans la préface des Airs à quatre parties, Jacques de Gouy écrit : « Pour bien exprimer les passions, on doit tantost adoucir la voix et tantost la fortifier ; l’adoucir aux passions tristes, et la fortifier aux paroles où il y a quelque véhémence ». Les effets descriptifs, chers à la société du xviiie s., sont soulignés par des nuances qui les mettent en relief. C’est ainsi que le Te Deum d’Antoine Calvière (1752), peignant le Jugement dernier dans le verset Judex crederis, utilise le tambour, qui, selon un chroniqueur de l’époque, imitait le bruit du tonnerre « par un roulement continuel et toujours en enflant le son » (Sentiments d’un harmoniphile sur différents ouvrages de musique, 1756).

L’importance accordée à la matière sonore par Beethoven, qui use d’une vaste échelle dynamique, très contrastée, le rôle confié à la musique par le romantisme dans l’expression des sentiments s’accompagnent de nuances de plus en plus diversifiées. Au début du xxe s., l’orchestre « impressionniste » allie nuances et timbres, pour créer des couleurs musicales. Dans le « Lever du jour » de Daphnis et Chloé, de M. Ravel, la nuance initiale pianissimo s’accroît progressivement au fur et à mesure de l’intervention d’autres instruments, tel un poudroiement lumineux qui se propage peu à peu. De nos jours, la musique électronique propose une échelle précise de nombreux niveaux d’intensité. L’analyse du profil dynamique d’un son, avec ses phases d’attaque, d’émission de « note », d’extinction, permet d’agir sur le phénomène sonore, de le modifier à volonté, ouvrant ainsi aux compositeurs de nouvelles perspectives.


La notation des nuances

On utilise généralement les termes italiens pour noter les nuances. Dans l’échelle courante, celles-ci vont du fortissimo (ff, parfois fff) au pianissimo (pp parfois ppp), en passant par le forte (f), le mezzo-forte (mf), le mezzo-piano (mp), le piano (p). Le continuum dynamique s’exprime soit par les nuances crescendo (en augmentant le son), decrescendo, diminuendo (en diminuant le son), soit par les signes appelés soufflets < >, le premier correspondant au crescendo, le second au diminuendo. Certains termes précisent ces diverses nuances, tels, entre autres, dolce (doux), smorzando (en éteignant le son), morendo (le son mourant), perdendosi (le son se perdant), mezza voce (à mi-voix), sotto voce (à voix basse), rinforzando (en renforçant le son).

La notation des nuances en langue originale se pratique également depuis un siècle environ.

A. Z.

Nubie

Région d’Afrique, limitée respectivement au nord et au sud par la première et la quatrième cataracte du Nil.


Cette contrée désertique et de traversée très malaisée a toujours été cependant une voie de passage importante entre l’Égypte* et le reste de l’Afrique. Trop longtemps négligée ou abordée selon des perspectives étroitement égyptologiques, son histoire a été renouvelée par les campagnes de fouilles et d’études qu’a suscitées la construction du nouveau barrage d’Assouan.

La découverte d’innombrables gravures rupestres a mis en évidence une vaste unité paléoafricaine entre la vallée du Nil et les déserts du Sahara, à des niveaux successifs ; la Nubie n’est qu’un secteur du grand art pariétal saharien. Posant de nouveau le problème des variations climatiques à l’époque préhistorique, ces gravures font revivre la faune subtropicale : éléphants, girafes, autruches, gazelles. Divers gisements attestent les phases principales du Paléolithique (Ouadi-Halfa, confluent de l’Atbara). Sur le site dit « Early Khartoum », dans un climat nettement plus humide qu’aujourd’hui, des Négroïdes, dont les ossements ont été retrouvés, pêchaient et chassaient (antilopes, rats des roseaux). Le Néolithique voit l’essor d’une poterie remarquable, décorée de gros points incisés, en lignes ondulées ou en motifs géométriques variés et qui est particulièrement bien représentée à Shaheinab (nord de Khartoum) ; un outillage de pierre, des pointes de harpons en os, des hameçons en coquillages continuent d’attester chasse et pêche.