Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Nouvel Empire (suite)

De graves incidents surviennent hors des frontières : le roi d’Amourrou met à mort un ambassadeur égyptien et s’allie au roi hittite. Le Nouhassé et Alep concluent également des accords avec le Hatti. Aménophis IV choisit encore de composer et négocie avec le Hatti pour que la frontière de l’Oronte soit respectée. Privé du soutien mitannien, il songe à se rapprocher de l’Assyrie, dont l’importance grandit ; le roi Assour-ouballith Ier accepte avec enthousiasme. Babylone, inquiète, incline alors aussi vers l’alliance assyrienne : un mariage est conclu entre l’héritier de Bournabouriash, qui règne à Babylone, et une fille d’Assour-ouballith. Le jeune prince étant mort prématurément, le roi d’Assyrie intervient à Babylone pour assurer la succession à l’enfant né de sa fille — et la grande métropole de l’Euphrate passe sous suprématie assyrienne. Trois États puissants demeurent donc en présence : l’Égypte, le Hatti (ayant le Mitanni sous sa dépendance), l’Assyrie (avec Babylone), gui est momentanément l’alliée de l’Égypte.

Aménophis IV a maintenu la paix par idéal spirituel, mais aussi parce qu’il était menacé (à l’intérieur) par l’hostilité de l’ancien clergé d’Amon. Acte ultime et bénéfique de son règne : il envoie en Palestine le général Horemheb pour défendre l’Empire menacé. À sa mort, vers 1354, Thèbes balaie la « réforme », restaure ses cultes, et l’enfant Toutankhamon (âgé de neuf ans environ, gendre d’Aménophis IV ? ou fils d’Aménophis III ?), sous l’égide des prêtres d’Amon, continue encore la dynastie.


Restauration de l’Empire

Horemheb maintient militairement le proche Empire, et, à la mort du faible roi Aï (époux de la veuve de Toutankhamon ?), le prestige dont il jouit alors lui vaut la royauté — qui lui est conférée par un oracle d’Amon vers 1339. Horemheb fait disparaître toute trace de l’« hérésie ». Il restaure la hiérarchie gouvernementale et l’ordre intérieur, il donne (habilement) à Memphis une grande importance économique (favorisant les chantiers navals, les ateliers d’armes et de métallurgie) et il renouvelle avec Mouwatalli, roi du Hatti, un traité d’alliance.

Quand il meurt, en 1314 av. J.-C., il abandonne l’Égypte, pacifiée et prospère, au successeur qu’il s’est choisi, le premier de la lignée des Ramessides, Ramsès Ier, général issu d’une famille d’officiers originaire de Tanis (à l’est du Delta), qui ouvre la XIXe dynastie.

Dans le domaine religieux, Ramsès Ier demeure fidèle à Amon : il entreprend à Karnak la construction d’un temple gigantesque, dont la salle hypostyle rappelle aujourd’hui encore l’immensité ; mais, se défiant, sans doute, des prêtres ambitieux du dieu, il s’éloigne de Thèbes en établissant une seconde capitale, résidence d’été, à Tanis même — qui, face à la métropole religieuse thébaine, prend figure, par sa situation aux frontières de l’Asie, de capitale d’Empire. Sa politique générale est, en effet, résolument impérialiste et militaire. Ramsès Ier associe son fils Seti, officier également, au gouvernement et lui confie le vizirat. Il réorganise l’armée : la division en deux corps, stationnés l’un dans le Sud, l’autre dans le Nord, est abolie ; il y aura désormais trois corps d’armée, placés sous le patronage des trois grands dieux : Amon, Rê, Ptah (habile manœuvre aussi de « déconcentration » religieuse). L’idéologie même se fait guerrière : Amon, divinité royale des batailles, présente lui-même au souverain la hache avec laquelle il soumettra les nations que le dieu lui livre. C’est un règne court et énergique.

En 1312 av. J.-C., Seti Ier accède à la royauté. Désormais, face à une Asie hostile, la guerre décidera du sort des peuples ; l’Égypte se prépare à la lutte contre le Hatti, qui présente le danger le plus menaçant. Celui-ci, en effet, a peu à peu acquis une double hégémonie en Asie. Hégémonie économique à l’ouest : l’expansion des Achéens, qui, depuis le xve s., triomphe dans l’Égée, s’étend alors jusque sur l’Hellespont, donnant aux populations du littoral de l’Asie Mineure (Phrygiens, Mysiens, Troyens, Lydiens, Cariens, etc.) une importance croissante ; avec ces peuples commerçants, qui séparent leur royaume de la mer, les souverains du Hatti entrent en rapport et se les concilient par des traités qui vont permettre à leur pays de devenir une puissance économique. Hégémonie politique à l’est, sur le Mitanni, cependant qu’au sud des alliances avec les rois de Karkemish, d’Alep et de Kadesh installent solidement le Hatti sur l’Oronte et l’Euphrate. Le conflit avec l’Égypte devient inévitable : Mouwatalli II suscite d’abord un soulèvement de Bédouins, dont Seti Ier vient aisément à bout : en quelques mois, il soumet la région du Liban et sacrifie à Karnak les chefs prisonniers pour la plus grande gloire d’Amon. Obligé, ensuite, de refouler une première tentative d’invasion libyenne à l’ouest, il s’ébranle vers le nord en l’an 2 de son règne : s’étant d’abord assuré des bases maritimes phéniciennes (suivant la tactique désormais traditionnelle), il rencontre et défait l’armée hittite devant Kadesh. Le danger momentanément écarté, Seti Ier consacre pacifiquement la fin de son règne à la mise en valeur de ses possessions.

Au moment où Ramsès II* (fils de Seti Ier) devient roi, en 1298 av. J.-C., la situation extérieure est de nouveau inquiétante. Deux « blocs » d’hégémonie s’opposent : l’égyptien (avec ses territoires jusqu’à l’Oronte et sa position dominante en Méditerranée) et le hittite (qui n’a cessé de nouer des alliances politiques et se tourne résolument vers l’Égée). La clef de cette double hégémonie réside dans les ports phéniciens : les deux puissances, ouvertement, se préparent à la lutte.

Ramsès II, grand roi militaire, assure ses bases et ses armées. Consacrant la « remontée » vers le nord, c’est dans les marches orientales du Delta, au bord de l’Asie, au point de jonction des routes maritimes et caravanières dominantes qu’il installe sa résidence à Pi-Ramsès (Tanis ? Qantir ?), luxueuse capitale d’Empire (vite opposée à Thèbes, métropole religieuse). L’armée est renforcée par la création d’un 4e corps, placé sous le patronage du dieu Seth, divinité de la Basse-Égypte, avatar du belliqueux Soutekh asiatique. Des campagnes en Nubie et en Libye affirment la paix aux confins du Sud et de l’Ouest. L’affrontement entre Ramsès II et Mouwatalli a lieu à Kadesh ; les Égyptiens l’emportent à la suite d’un combat difficile, où Pharaon paie courageusement de sa personne (lire le lyrique Poème de Pentaour).