Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

Nord-Pas-de-Calais (suite)

Le textile est sensible à la conjoncture économique, il se heurte à de fortes concurrences, ses salaires ne sont pas parmi les plus élevés, et la masse totale des emplois diminue à la suite des progrès techniques. Le lin a beaucoup reculé, mais, si le coton a connu de graves difficultés, les exportations de produits cotonniers ont augmenté de 20 p. 100 au cours des quinze dernières années, et la laine se porte généralement bien. Les capitaux jouent un rôle de plus en plus important (nombreuses fusions). Les trois plus grandes entreprises françaises sont dans le Nord et sont de taille européenne : Agache-Willot, Dollfus-Mieg-Thiriez (D. M. C.) et Prouvost-Masurel. D. M. C. est le deuxième producteur mondial de fil et emploie 20 000 personnes. L’industrie textile reste un des piliers régionaux, mais ne peut résoudre le problème de l’emploi, rendu particulièrement aigu par la récession houillère.

Le bassin houiller s’allonge, d’ouest en est, sur 120 km, mais il n’a que 10 à 20 km de large. Là vivent plus d’un million d’hommes. Près de 30 Mt étaient extraites en 1959, moins de 10,5 en 1973 ; la production doit cesser vers 1985. La partie ouest a été la première et la plus touchée. Les conditions géologiques ont toujours été assez difficiles et le deviennent de plus en plus : les prix ont mal supporté la concurrence des hydrocarbures, et les charbons étrangers arrivent à bon marché sur la côte.

La houille a attiré de nombreuses industries : centrales électriques, cokeries, carbochimie, sidérurgie (dans la partie est à Denain et Valenciennes), non-ferreux (plomb et zinc), industries grosses consommatrices de combustibles (verrerie, cimenterie). La houille a fortement marqué l’habitat après l’explosion démographique du xixe s. : villes anciennes comme Béthune, Lens, Douai, Valenciennes, ou nouvelles comme Bruay-en-Artois, villages entourés de corons ; l’habitat a besoin d’être amélioré, les noyaux urbains doivent être hiérarchisés, leurs services doivent être renforcés.

C’est là un des aspects de la conversion, le grand problème actuel. Les Houillères procèdent d’abord à une conversion interne. Il s’agit de réduire la production tout en conservant les meilleures conditions financières possibles. La modernisation se poursuit : concentration des puits, mécanisation de plus en plus poussée, équipement des tailles en soutènement marchant. Malgré tout, les conditions du gisement sont telles que le rendement du fond reste fort inférieur à celui de la Lorraine et stagne. Charbonnages de France-chimie continue à se développer : les engrais doivent tenir moins de place tout en s’orientant vers des produits nouveaux, les plastiques et des produits plus élaborés permettent le développement et une gestion plus saine. Les Houillères s’orientent vers de nouvelles activités : fabrication de briques avec des schistes, construction de maisons préfabriquées, travail du plastique. De plus, elles entendent utiliser leur patrimoine foncier et immobilier, qui est considérable. Vendant des terrains, louant les services de leurs centres de recherche, participant au financement des nouvelles implantations par leur filiale, la S. O. F. I. R. E. M. (Société pour le financement des régions minières), les Houillères entendent prendre une part active à la « conversion externe ».

Le bassin s’équipe d’un réseau de transport exceptionnel en France : voie navigable à 3 500 t qui le prend en enfilade ; deux autoroutes nord-sud, A1 et A2, terminées en 1972 ; une autoroute ouest-est (la rocade minière) ; réseau ferré. Les plans de restructuration de l’armature urbaine se mettent en place : le centre et l’ouest doivent se rattacher à l’aire urbaine centrale, et l’est à la région de l’Escaut ; des coupures vertes seront préservées. L’environnement s’améliore : rénovation de cités minières, mise en valeur d’un patrimoine monumental appréciable, équipement sur les bords de zones de loisirs.

Le problème de base est celui de l’emploi. Des industries nouvelles s’installent : les plus grandes implantations sont celles de quatre usines automobiles : Renault-Peugeot-Volvo (à Douvrin-La Bassée, grande usine de moteurs ; 7 000 emplois espérés) ; Renault-Peugeot (boîtes automatiques ; à Ruitz, près de Bruay-en-Artois) ; Renault encore (montage, à Douai, objectif de 7 000 emplois) ; Simca-Chrysler (assemblage entre Cambrai et Valenciennes). Les « retombées » de l’automobile sont déjà nombreuses sur le bassin (et le reste de la Région) : à Béthune, Firestone double son usine de pneus et, à Lens, a construit une usine de câbles, etc. La transformation des plastiques s’opère dans de nombreuses usines, particulièrement à Nœux-les-Mines. Le textile se développe aussi avec de nouvelles usines. Une raffinerie de pétrole s’est installée près de Valenciennes.

Le littoral souhaiterait recevoir de la main-d’œuvre de la région minière ; on organise des services de transport, mais les habitants du pays minier ne sont guère disposés à « s’expatrier ». Le littoral doit donc faire appel à de la main-d’œuvre étrangère, car il est devenu un pôle de développement primordial.

La notion de conversion doit s’appliquer à toute la Région : depuis quelques années, c’est un nouveau pays qui est en train de naître ; les bases industrielles changent, et la Région prend, en France et dans l’Europe du Nord-Ouest, sa place véritable, que l’on avait méconnue. Cette conversion doit aussi se faire dans les paysages urbains ou ruraux : la Région a des plages et des falaises, des forêts et des campagnes fort belles ; les villes ont une profusion de monuments et de musées.

A. G.

➙ Arras / Artois / Bavay / Boulogne-sur-Mer / Calais / Cambrai / Douai / Dunkerque / Escaut / Flandre / Lens / Lille / Nord (départ. du) / Pas-de-Calais / Valenciennes.

 R. Gendarme, la Région du Nord, essai d’analyse économique (A. Colin, 1955). / R. Nistri et C. Prêcheur, la Région du Nord et du Nord-Est (P. U. F., 1959 ; 2e éd., 1965). / Atlas du Nord (Berger-Levrault, 1961). / P. Biays, Esquisse climatique du nord de la France (Lille, 1968). / Aménager la région Nord. Le livre blanc de l’O. R. E. A. M.-Nord (Lille, 1968). / P. Pierrard, Flandre, Artois, Picardie (Arthaud, 1970). / Aménagement d’une région urbaine. Le Nord - Pas-de-Calais (la Documentation française, 1971). /A. Gamblin, la Région du Nord (Larousse, 1973).