Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

Niger (suite)

Seule la cassitérite (minerai d’étain) était exploitée lorsque le C. E. A. (Commissariat à l’énergie atomique) entreprit l’étude des gisements d’uranium de l’Air. Les réserves connues apparaissant rentablement exploitables, on créa la Somaïr (Société des mines de l’Aïr), société d’économie mixte (16,7 p. 100 du capital de l’État nigérien, 33,5 p. 100 au C. E. A., le reste à différentes sociétés européennes). Des investissements énormes furent nécessaires à la mise en route de l’exploitation, la concession accordée au C. E. A. se trouvant très éloignée des centres vitaux. Une ville nouvelle, Arlit, a surgi en plein désert, ainsi que les usines indispensables à la concentration du minerai (acide sulfurique, électricité). Les problèmes d’approvisionnement et d’évacuation ont conduit à l’établissement d’une liaison routière entre Arlit et Agadès, raccordée à la route de l’arachide. Dans un deuxième temps se trouve posé, avec une acuité nouvelle, le problème du dégagement de la production vers Cotonou. Les estimations des réserves laissent espérer une quinzaine d’années d’exploitation (1 500 t d’uranium métal par an), mais la découverte d’importants gisements en Australie a entraîné une dépression du marché mondial du produit, qui explique l’ajournement de la deuxième tranche des travaux d’Arlit. Pourtant, de nouvelles recherches sont en cours, qui ont mis en évidence d’autres ressources uranifères à Akouta (20 km d’Arlit) et confirmé les espoirs dans le domaine pétrolier.

Engagé dans la voie du développement avec des atouts dérisoires, le Niger est parvenu à les utiliser au mieux : il rééquilibre progressivement sa balance commerciale déficitaire. Cependant, en dépit de l’exceptionnelle importance du gisement d’Arlit, l’avenir est lié pour de longues années encore à une agriculture dominée par le spectre de la sécheresse. Dans un pays où les ressources nationales couvrent à peine 10 p. 100 des investissements publics, les palliatifs doivent faire place à une aide efficace, et le réaménagement de l’aide française sous une forme pluriannuelle est apparu indispensable à une planification du développement économique.

Y. L.


L’histoire

Le Niger n’est devenu entité politique qu’à l’époque coloniale. Auparavant, son territoire et ses populations, souvent nomades, ont été plus ou moins complètement intégrés à divers États. L’occupation humaine y est fort ancienne, notamment pour sa partie désertique. Le Sahara, très tôt habité, a livré avec les ossements de l’homme d’Ibalaghen le squelette de race noire sans doute le plus ancien de l’Afrique de l’Ouest (Paléolithique supérieur). Mais les traces humaines (sans que l’on puisse encore déterminer l’importance relative des Blancs et des Noirs) datent surtout du Néolithique (Ténéré), et la plupart des gisements (ossements de poissons taillés, armes de pêche, faune) sont en relation avec la présence de l’eau. Les Noirs cultivateurs (dont l’existence est attestée notamment à l’Adrar Bous, au nord-est de l’Aïr) se réfugièrent en Aïr lorsque commença l’assèchement du Sahara (env. 5 000 ans av. J.-C.), avant de descendre progressivement vers le sud, bousculés par les éleveurs qui recherchaient aussi l’eau pour leurs immenses troupeaux.

Une des routes transsahariennes qui fonctionnait déjà au Ier millénaire av. J.-C. a été reconnue de Tripoli à Gao, avec bretelle sur le territoire du Niger vers le Tibesti et le Djabo. Les Berbères blancs, ancêtres des Touaregs, semblent être arrivés au Niger grâce au chameau, introduit vers la fin de l’Empire romain ; ils refoulèrent d’une part vers l’Aïr les Haoussas, qui y constituèrent des noyaux semi-urbains, et de façon générale les Noirs sédentaires vers le sud avec un métissage constant, cela jusque vers le xiie s.

La première dynastie songhaï, celle des Dias, très tôt islamisée, est liée à la fondation de Koukia vers 650. L’empire, déjà florissant au xe s. et centré sur Gao, fut conquis en 1325 par Mansa Moussa, souverain du Mali*, qui s’imposa jusqu’au Kebbi et sans doute à Katsina (ou Katsena). Dès 1335, le prince songhaï de Gao recouvrait plus ou moins sa souveraineté. Sonni Ali (1464-1492), véritable fondateur de l’Empire songhaï, s’opposa notamment à Tombouctou et au clan islamique. Son fils fut renversé par l’Askia Mohammed, qui, s’appuyant sur islām (pèlerinage à La Mecque en 1496-97), poursuivit la politique de conquête de son prédécesseur jusqu’à l’Aïr et les pays haoussas. Agadès fut occupée en 1515, ce qui avait pour but d’assurer le contrôle de la route caravanière vers Tripoli et l’Égypte. Mais, au retour de cette expédition, la révolte du Kebbi fut l’annonce du déclin. La dynastie Askia s’épuisa ensuite dans des guerres intestines, et l’Empire songhaï s’effondra à la bataille de Tondibi (1591) sous les coups des Marocains. Tandis que ceux-ci s’installaient à Tombouctou, le Dendi, centré sur le fleuve d’Ansongo à l’ouest, connut une existence indépendante et mouvementée. De petits royaumes se constituèrent sur la rive droite, Kokaro, Téra, Gorouol, Dargol.

Les Djermas, venus du Mandé au début du xviie s., se répartirent en petites chefferies, et le principe de leur unité fut surtout la langue apprise au contact des Songhaïs. Après la chute de l’empire, ils aidèrent les Songhaïs à se reconstituer au Diamaré et fondèrent Namaro, mais l’ensemble du pays passa insensiblement sous le contrôle des Peuls, qui atteignirent la région de Téra après 1860, malgré l’établissement d’une sorte de fédération de petits groupements entre le Niger et le Dallol-Bosso.

Le Bornou*, État musulman, connut son apogée au xvie s. avec le sultan Idrīs Alaoma (1571-1603). Son influence s’étendit à l’ouest jusqu’à l’Empire songhaï et à l’est jusqu’au Manga, mais l’histoire des pays soumis, sans autre unité que celle qui était imposée, est très difficile à connaître.