Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

Ngan-houei (suite)

Le nord, qui correspond au bassin supérieur de la Huai (Houai), présente les caractères essentiels de la Grande Plaine de la Chine septentrionale : climat assez sec, hiver rigoureux, sols alluviaux lœssiques et donc jeunes, agriculture sèche associant le kaoliang (sorgho) et autres millets cultivés en été à des cultures d’hiver, dont le blé dur. Le sud, de part et d’autre du Yangzijiang (Yang-tseu-kiang), offre les caractères des basses montagnes de la Chine méridionale : montagnes cristallines abruptes aux sols rouges, climat assez humide, hivers capricieux, agriculture en eau où les rizières portent en saison sèche une culture secondaire qui est, le plus souvent, le blé ou l’orge, apparition du théier, dont la province est le deuxième producteur chinois et dont certains crus sont célèbres. La capitale. Hefei (Ho-fei), est située au contact des deux régions, mais elle n’est capitale que depuis 1949, et, bien que fondée sous les Han, était restée jusqu’à cette date une petite cité d’importance locale ; elle aurait aujourd’hui 500 000 habitants, mais elle n’a pas pu donner à la province une véritable unité.

Les géographes chinois divisent le Anhui en trois parties, le Huaibei (Houai-pei, au nord de la Huai), le Huainan (Houai-nan, au sud de la Huai), entre Huai et Yangzijiang, le Wannan (Wan-nan) [au sud du Yangzijiang].

Le Huaibei est l’extrémité méridionale de la Grande Plaine : son altitude est inférieure à 50 mètres ; son originalité est de correspondre au bassin moyen de la Huai. Ce fleuve était un des plus dangereux de toute la Chine. En effet, il est extrêmement irrégulier, avec des maigres prononcés en hiver et des crues d’été d’une très grande violence. Un aménagement total du bassin de la Huai a été réalisé à partir de 1954 : au Anhui, il a consisté en la construction de barrages-réservoirs, notamment sur le Pi (P’i), comme Meishan (Mei-chan) et Fouziling (Feou-tseu-ling). Le Huaibei a l’agriculture de la Chine du Nord : polyculture très variée, kaoliang et soja en été, blé, orge et colza en hiver.

Le Huainan est une zone accidentée, extrémité orientale des Huaiyangshan (Houai-yang-chan) ou Dabieshan (Ta-pie-chan), qui atteignent dans l’ouest de la province leur point culminant (1 751 m), mais ne sont plus à l’est que de modestes collines (moins de 200 m). Si l’ouest donc a une allure montagneuse avec des cultures de théiers renommés (thés rouges de Menghongcha [Mong-hong-tch’a] et Liuangupian [Lieou-ngan-kou-p’ien]), l’est est surtout occupé, entre les collines, par des cuvettes, certaines lacustres : la cuvette du Chaohu (Tch’ao-hou), sillonnée de nombreux canaux d’irrigation, est la principale zone rizicole du Anhui. Le Huainan possède l’important bassin houiller (surtout charbon à coke) qui porte le même nom et qui, desservi par la voie ferrée Pékin-Shanghai, approvisionne en particulier cette dernière agglomération.

Le Wannan est également une région accidentée, séparée du Huainan par la vallée du Yangzijiang. Celle-ci est ici relativement étroite. L’intérêt agricole de cette vallée est donc limité ; par contre, la pêche est active. Anqing (Ngan-k’ing) en amont et Wuhu (Wou-hou) en aval sont des ports très importants. Enfin, de très riches gisements de minerais de fer des Ma’anshan (Ma-ngan-chan) ont permis l’installation récente d’un important complexe sidérurgique, ravitaillé en charbon par le gisement de Huainan. Les montagnes du Wannan elles-mêmes sont l’extrémité septentrionale des « basses montagnes » de la Chine du Sud. Mais l’altitude moyenne se situe entre 600 et 900 m. Les basses montagnes du Wannan portent encore de belles forêts (conifères, arbres à laque et bambous) ainsi que des théiers. Les vallées sont cultivées en rizières.

Bien que, depuis 1949, l’industrie se soit beaucoup développée (industrie lourde à Hefei, Huainan, Ma’anshan ; industrie légère et artisanale surtout), le Anhui a encore 90 p. 100 de sa population dans l’agriculture et reste une province très rurale.

J. D.

Ngeou-yang Sieou

En pinyin Ouyang Xiu, politicien et écrivain chinois de la dynastie des Song du Nord (au Jiangxi [Kiang-si] 1007 - † 1072).


Ouyang Xiu est né dans une famille de hauts fonctionnaires. À vingt-quatre ans, il est reçu docteur aux examens impériaux et entre dans la carrière officielle. Sa fortune politique restera liée toute sa vie à celle du parti conservateur, dont il finira par prendre la direction. Ayant deux fois défendu le chef de son parti, chassé de la place de premier ministre, il connaît par deux fois l’exil dans les provinces méridionales. Puis il occupe des postes de compilation historique, travail pour lequel il marque un intérêt particulier. Il présente alors son célèbre rapport au trône Sur les associations (Pengdang lun [P’eng-tang louen]) qui le fait remarquer à la fois dans les milieux littéraires et politiques. En 1054, il est nommé à l’académie Hanlin. Sa célébrité comme homme de lettres se confirme et on lui confie l’honorable charge de présider les jurys des examens impériaux. Dans cette tâche, dont dépend en grande partie l’avenir du pays, il manifeste beaucoup de clairvoyance et de détermination. Luttant contre la brigue et la concussion, il impose des candidats inconnus dont il se porte garant. C’est grâce à lui que Su Dongpo (Sou Tong-p’o* ou Su Shi [Sou Che]), le plus grand poète des Song, et son frère entrent sur le théâtre politique et littéraire. Déçu par son ancien disciple Wang Anshi (Wang Ngan-che, 1021-1086), qui mène la lutte à la tête du parti des réformes, Ouyang Xiu s’attachera à Su Dongpo, qui lui restera toujours fidèle. Devenu Grand Conseiller sous l’empereur Renzong (Jentsong), il est reconnu comme le chef du parti des conservateurs. Nommé gouverneur d’une grande province orientale, il accepte ensuite d’être le précepteur du dauphin. Dans toute sa vie publique et privée, Ouyang Xiu fit preuve de pondération, de persévérance et d’intégrité.

Ses œuvres complètes comprennent 153 volumes, dont 50 volumes de poésie, 25 de rapports à la Cour, une trentaine d’essais en prose divers, une dizaine de notices archéologiques ou livresques. D’autre part, il a dirigé la rédaction de la Nouvelle Histoire des Tang (Xin Tangshu [Sin T’ang-chou]) en 250 volumes ainsi que de la Nouvelle Histoire des cinq dynasties (Xin Wudaishi [Sin Wou-tai-che]), généralement publiées sous son nom. Dans une préface, il insiste sur l’idée d’État qui est à la base de la philosophie politique des Song et qu’il est le premier à mettre en lumière avec autant de clarté. La clarté est d’ailleurs le souci constant de ses ouvrages, qui veulent faire oublier qu’ils sont des ouvrages de spécialiste. Ouyang Xiu, en effet, reprend le flambeau du mouvement de la prose antique, jadis inaugurée par Han Yu*. Pour lui, écrire n’est pas une distraction d’esthète, mais un besoin d’exprimer ses idées et de les exprimer de façon à se faire comprendre. Il écrit : « La littérature est le reflet de son époque. Un style sobre et clair est le signe d’un bon gouvernement ; un style ampoulé est le signe de la décadence. » Il vise à l’élévation du style, aux dépens de l’art, de la recherche du détail. Ses essais, telle la Notice au pavillon du vieillard ivre, sont les plus appréciés de ses écrits en prose. Dans ce court texte, il se présente comme le vieillard ivre, qu’une coupe de vin enivre, mais que la beauté de la nature et la joie de ses amis enivrent bien davantage. Style et personnage cherchent à être familiers, humains. Dans les éloges de ses amis disparus, il sait se montrer émouvant dans ses élans, tout en restant sincère et plein de retenue.