Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

névrose (suite)

Les mécanismes de défense que le névrosé utilise inconsciemment pour juguler (incomplètement le plus souvent) l’angoisse dérivée des conflits insolubles entre le Ça, le Surmoi et le Moi (les trois grandes instances psychanalytiques) sont archaïques, rigides, mal adaptés. Ils entraînent une perte d’énergie psychique, un défaut d’épanouissement affectif sexuel, socio-familial, etc.

Il faut souligner, dans la théorie psychanalytique, l’importance des complexes d’Œdipe et de castration, qui seraient au centre de toute névrose.

En résumé, pour Freud, les six ou sept premières années de la vie sont décisives dans l’évolution psychique affective de l’individu. Toutefois, des remaniements très appréciables peuvent s’opérer pendant la phase dite « de latence » (entre six ans et la puberté) et surtout pendant l’adolescence. Cette précocité dans les origines de la névrose, même lorsqu’elle se révèle à l’âge adulte, ne serait pas un obstacle à la psychothérapie psychanalytique. Grâce au phénomène du transfert (relation particulière du patient vis-à-vis de l’analyste), à des prises de conscience successives, une nouvelle maturation se fait sur des bases plus saines vers un nouvel équilibre psychologique.

On peut souligner, pour compléter ce rapide panorama des causes en matière de névrose, l’influence des facteurs sociaux, culturels, économiques. La structure du groupe social, les méthodes éducatives, les conditions matérielles de la vie interviennent certainement dans l’aspect, la tendance évolutive des névroses et dans leur extériorisation ou leur décompensation.


Évolution et pronostic des névroses

L’évolution et le pronostic des états névrotiques sont généralement très difficiles à préciser. Ils dépendent de chaque cas particulier, des possibilités de traitement, des aménagements qui se créent entre le névrosé et son entourage. Certaines névroses sont sévères et chroniques. Classiquement même, le terme de névrose implique la notion de chronicité. En fait, rien n’est plus capricieux dans son devenir qu’un état névrotique. Il existe des poussées évolutives, de longues rémissions, des guérisons apparentes complètes. Nombreux sont les petits névrosés dont l’existence n’est pas gravement entravée. Une aide médicale relativement simple permet à bien des névrosés de dépasser leurs moments pénibles. Insistons sur la fréquence des états dépressifs authentiques de structure névrotique dans le cours de la plupart des névroses.


Traitement des névroses

On ne manque pas de moyens thérapeutiques dans le domaine des névroses, mais leur efficacité se révèle très inégale d’un patient à l’autre.

La psychothérapie*, qu’elle soit rigoureusement psychanalytique, le plus souvent freudienne, ou qu’elle soit une simple psychothérapie de soutien, de compréhension, de commentaire ou de suggestion, est toujours nécessaire.

La psychanalyse* classique, dans sa forme traditionnelle sur le divan, est beaucoup plus rarement indiquée qu’il n’est habituel de le croire. Elle exige des conditions très précises ; sa durée peut être très longue dans le dessein de traiter radicalement la névrose. Il faut des malades très motivés, désireux de s’exprimer ou de communiquer, d’une fidélité à toute épreuve, stables mais non rigides et doués d’un Moi relativement fort. Il faut aussi trop souvent un niveau socio-économique suffisant.

En revanche, les psychothérapies plus superficielles, d’inspiration psychanalytique fréquemment, en face à face, sont beaucoup plus utilisées. Elles visent à atténuer ou à supprimer les symptômes les plus gênants, à détendre une situation anxieuse, à améliorer l’adaptation. La personnalité du patient ne s’en trouve guère modifiée, mais une certaine maturation affective et des aménagements plus confortables peuvent être obtenus.

En fait, toute psychothérapie, psychanalytique ou non, repose sur la qualité de la relation médecin-malade et sur la personnalité du psychothérapeute.

Signalons aussi les diverses méthodes de relaxation, les psychothérapies de groupe, les thérapeutiques d’expression corporelle, l’immense domaine de la sociothérapie.

Dans l’avenir, il est probable que les traitements utilisant les méthodes de déconditionnement prendront une plus grande extension. Actuellement, on doit insister sur les mesures socio-économiques, les changements de milieu et d’emploi, l’orientation professionnelle, l’aménagement des conditions de travail, d’habitat et de trajet. Le médecin a ici un rôle à jouer dans le choix et les indications de ces différentes mesures. Celles-ci permettent à de petits névrosés de recréer leur équilibre affectif menacé. Citons aussi les conseils de bon sens concernant l’hygiène de vie, les loisirs, le travail.

Enfin, les cures thermales, les séjours en maisons de repos, de réadaptation sont autant de solutions valables. Le problème de l’hospitalisation avec ou sans isolement est affaire de cas particuliers.

La chimiothérapie, malgré certains préjugés, malgré l’opposition fanatique de quelques psychanalystes, a pris dans le domaine des névroses une extension considérable. Elle ne va pas sans une aptitude psychothérapique. Un traitement psychotrope a des chances de pleine efficacité s’il est prescrit et conduit dans un climat de confiance et de bon sens. Une hospitalisation peut aider à la mise au point de cette chimiothérapie. La chimiothérapie s’avère indispensable dans la majorité des cas, surtout au début d’une prise en charge. En soulageant rapidement le malade, elle lui fait reprendre espoir, confiance et éventuellement le conduit à la décision d’une psychothérapie approfondie.

Pour nombre de patients, les médicaments psychotropes constituent la solution la plus raisonnable, qu’elle soit permanente ou non. Les anxiolytiques, ou tranquillisants, les antidépresseurs, les neuroleptiques doux et, dans une certaine mesure, les somnifères sont utilisés. L’expérience clinique en matière de névrose conduit toujours à découvrir tôt ou tard deux symptômes fondamentaux : l’anxiété et les tendances dépressives permanentes ou intermittentes. Tous les neuropsychiatres reconnaissent actuellement l’importance de l’élément dépressif soit comme toile de fond de la plupart des névroses, soit comme mécanisme essentiel des poussées évolutives. En réalité, ces deux symptômes — angoisse et dépression — se rejoignent souvent et s’intriquent ; d’où l’importance que prend dans la thérapeutique l’association anxiolytiques et antidépresseurs.

Un certain nombre d’états névrotiques ne relèvent pas de la chimiothérapie, soit en raison d’une intolérance médicamenteuse, soit surtout en raison des motivations psychologiques propres du sujet, qui peut se montrer résolument opposé aux médicaments.

G. R.