Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

neige (suite)

La neige : facteur d’intervention sur le milieu naturel


Le climat

La neige, expression de certaines dispositions atmosphériques, impose à son tour une ambiance climatique spécifique. Elle est un élaborateur de froid : par son fort albédo (forte réflexion du rayonnement solaire dans le spectre visible), elle s’interdit presque toute absorption calorifique (cependant, plus la neige est vieille, plus son albédo diminue). De plus, rayonnant comme un corps noir, dans l’infrarouge, elle perd la chaleur qu’elle possède. Cette perte s’opère surtout de nuit, de sorte que le tapis neigeux impose une ambiance glacée (impression de froid intense, de nuit, lorsque l’on parcourt une surface enneigée). Cela contribue, sur les grandes plaines hivernales des latitudes tempérées « froides » et « moyennes », au renforcement des anticyclones pelliculaires. Il en est ainsi au centre du Canada (anticyclone du Manitoba) et en Sibérie orientale (anticyclone de Sibérie) [v. anticyclone]. Par là se maintient la stabilité atmosphérique, donc l’inhibition à l’égard des précipitations. Ainsi, le manteau neigeux des continents boréaux hivernaux « s’auto-entretient », par le froid, mais se prive d’un renforcement systématique par apports nouveaux de neige.


L’écoulement des eaux

Dans les zones tempérées et froides, des régimes hydrologiques font une part plus ou moins grande à la neige. Les régimes nivaux sont commandés par la fonte des neiges. C’est le cas pour l’Ob, l’Ienisseï, la Lena dans leur cours inférieur et aussi pour la Columbia et le Fraser, au Canada. Les régimes nivo-pluviaux (Niémen, Don) et pluvio-nivaux (cours d’eau du centre du Massif central français) subordonnent plus ou moins la neige à l’apport pluvial. Dans les régimes pluvio-nivaux, le tapis neigeux ne constitue plus, en phase de fonte, qu’un appoint de l’écoulement. Dans tous les cas, la neige intervient sous forme d’une capitalisation de l’eau, ce qui débouche sur des perspectives hydroélectriques.


La morphologie

C’est à partir des « neiges éternelles » que se forment les glaciers. Il en résulte une morphologie glaciaire en montagne ou en plaine (intervention glaciaire actuelle et surtout quaternaire). La neige intervient aussi directement, en particulier en milieu karstique, par le modelage des « creux à neige ». Elle se manifeste encore par les avalanches. On distingue les avalanches de neige poudreuse, de neige mouillée, de neige en plaques (soufflée par le vent), de neige en rouleaux, avec déplacement sur les pentes, à la façon des boules de neige. Au demeurant, des avalanches mixtes peuvent intervenir, avec changements de caractère au fur et à mesure de l’évolution du phénomène ; ce sont les plus grosses avalanches. Si les avalanches de poudreuse (neige fraîche) se produisent par temps froid et répondent à une surcharge due à des précipitations très abondantes, les avalanches de neige mouillée (neige vieille et à demi fondue) interviennent lors d’un adoucissement de la température (température supérieure à 0 °C). En dehors des dégâts opérés sur la végétation et les installations humaines, les avalanches ont une action morphologique, du fait de leur grand pouvoir d’érosion mécanique. Il en résulte l’accentuation topographique des « couloirs d’avalanche » et des arrachements de matériaux, déposés vers l’aval.


La neige et l’homme


Les cultures

Une chute de neige intervenant en milieu méditerranéen et accompagnant une vague de froid sera nécessairement néfaste à l’arboriculture. Mais la neige peut être aussi bénéfique aux cultures. Elle constitue alors un isolant, surtout lorsqu’elle est fraîche et épaisse (donc largement pourvue en air). Cela aboutit, en hiver, à une protection des graines craignant le froid. Le blé semé redoute « beaucoup plus les hivers tempérés avec alternatives de gel ou de dégel que les hivers rigoureux avec précipitations abondantes de neige » (J. Brunhes). Ajoutons que les chaleurs printanières pénètrent assez bien dans la neige vieillie et gorgée d’eau.


L’habitat

Les maisons soumises aux grandes chutes de neige sont construites en conséquence. Dans le Haut-Jura, elles comportent une forte charpente. Les toits sont par ailleurs dotés de crochets qui interdisent à la neige de tomber à l’entour. Ainsi est évité l’entassement de la neige à la périphérie des immeubles ruraux (auxquels on se réfère ici) et diminuée la difficulté de circulation. Mais le maintien de la neige sur les toits répond aussi au respect d’un isolant thermique. Les agglomérations urbaines peuvent être considérablement gênées par de fortes chutes de neige qui demandent d’énormes moyens de déblaiement.


La circulation

La neige constitue une entrave à la circulation : fils téléphoniques surchargés, routes enneigées que l’on ouvre avec des chasse-neige, ce qui rétrécit la voie et la place entre deux murs de glace, cols impraticables pendant de longs mois, tempêtes de neige qui créent au moment où elles sévissent de graves inconvénients et accumulent sous l’effet du vent d’énormes amas (congères).


Le tourisme

Pourtant, la circulation difficile n’empêche pas, par la route et la voie ferrée, voire l’avion, le déplacement vers les régions hivernales enneigées. C’est que les sports* d’hiver, et aussi le ski d’été, attirent les foules et font de la montagne un puissant concurrent de la mer. La montagne, devenue grand lieu de tourisme, a connu grâce à cela et auparavant grâce à l’hydroélectricité une véritable révolution économique et démographique (Alpes françaises du Nord, Alpes suisses). Un peuplement permanent revivifié s’y manifeste, ainsi qu’un apport saisonnier considérable dans les stations de sports d’hiver. Là, à côté de l’infrastructure directement liée aux champs de neige (remontées mécaniques, pistes balisées), surgissent des hôtels, des immeubles à appartements et à studios, des magasins, etc. Ainsi est assurée la promotion d’anciens villages ou bourgs montagnards (Crans-Montana, Val-d’Isère), ou de petites villes (Chamonix), quand ce ne sont pas de grandes villes qui en profitent (Grenoble et les jeux Olympiques).