Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

Nash (John) (suite)

Sa fortune coïncide avec son mariage. En 1798, il épouse la jeune conquête du futur George IV : Mary Ann Bradley (1763-1851) ; la même année, il lui aménage un hôtel particulier à Londres et lui bâtit East Cowes castle dans l’île de Wight. Si ces demeures sont aujourd’hui détruites, comme bien d’autres œuvres importantes de Nash, citons, parmi celles qui subsistent, la plus ancienne de ses villas à l’italienne, Cronkhill (Shropshire, 1802), et les castels gothiques de Luscombe (Devon, v. 1800) ou de Killymoon (en Irlande, v. 1802), sans omettre la série de cottages du village modèle de Blaisehamlet, près de Bristol (1811).

Le prince devenu régent en 1811, Nash est nommé Deputy surveyor general (1813-1815), ce qui le place en position de Premier architecte comme jadis Christopher Wren*, le grand ancêtre de l’urbanisme londonien. Il va pouvoir réaliser dans la capitale la percée entre Regent’s park et Carlton house (réalisée en une douzaine d’années, avec les éléments annexes), permettant enfin une circulation transversale ; ce seront Portland place et Regent Street, la plus belle artère du monde au dire de Stendhal. Pour éviter toute monotonie et ménager ses perspectives, Nash en brise l’enfilade en trois tronçons reliés par des éléments incurvés : le portique circulaire de l’église All Souls (Langham place) et le Quadrant, alors percé d’arcades. Ces ordonnances courbes « à la romaine », exécutées en briques plâtrées et trop transformées depuis pour permettre une comparaison avec celles de Bath (réalisées en pierre par les Wood père et fils entre 1727 et 1775), témoignent cependant du génie urbanistique de leur auteur.

La faveur du prince (couronné en 1820) et ses libéralités ont permis à l’architecte de montrer l’éclectisme de son talent dans une œuvre singulière et qui est restée intacte : le pavillon royal de Brighton (1815-1823), transformé en étonnante féerie hindoue grâce à une large utilisation des ressources du métal. Par contre, l’aménagement de Buckingham house en palais, à partir de 1821, fut interrompu par la mort du roi (1830). Nash, désormais sans appui et en butte à l’hostilité administrative, en fut réduit à se retirer à Cowes, son château de l’île de Wight, où il devait mourir peu après.

H. P.

 T. Davis, The Architecture of John Nash (Londres, 1960) ; John Nash, The Prince Regent’s Architect (Londres, 1966).

Nasser

En ar. Djamāl ‘Abd al-Nāṣir, homme d’État égyptien (Beni Mor 1918 - Le Caire 1970).



Les débouts

Né dans une famille paysanne de Beni Mor, petit village de la Haute-Égypte, il fait ses études d’abord au Caire, où il est confié à son oncle, ensuite à Alexandrie, où son père, petit fonctionnaire dans l’administration des Postes et Télégraphes, est de nouveau affecté après quelques années passées à l’intérieur du pays. À partir de 1933, il se fixe définitivement, avec sa famille, au Caire, où son père tient une recette postale dans un quartier populaire.

La situation politique est alors critique en Égypte. Le pays reste, malgré l’indépendance formelle de 1922, dominé par la Grande-Bretagne. Nasser, comme beaucoup de jeunes de sa génération, supporte mal cette humiliation. Il souffre de la torpeur du peuple égyptien et évoque dès 1935 la nécessité pour l’Égypte d’un chef « qui peut réveiller ces malheureux plongés dans l’inconscience ».

Au milieu de cette nation assoupie, les étudiants constituent alors une force consciente et active. Nasser se mêle à leur mouvement et participe en 1935, en tant que président du Comité des lycéens, à l’organisation, avec les étudiants de l’université, d’une manifestation pour protester contre la déclaration d’un ministre anglais qualifiant d’inapplicable la Constitution de 1923, constitution démocratique suspendue en 1930 et que l’opinion réclame.

Cette manifestation, au cours de laquelle de nombreux citoyens sont tués, blessés ou arrêtés, constitue le prélude à un mouvement qui aboutit au rétablissement de la Constitution de 1923 et au traité anglo-égyptien du 26 août 1936. L’indépendance de l’Égypte est élargie, mais le problème des troupes anglaises installées dans le pays et celui du canal de Suez restent posés.

Nasser termine alors ses études secondaires et se destine à la carrière militaire. Mais l’Académie militaire est encore réservée aux fils des grandes familles. Revenu au pouvoir en 1936, le parti Wafd l’ouvre aux cadets issus de la classe moyenne. En 1937, Nasser peut y accéder.


Le chef des « officiers libres »

Sorti sous-lieutenant en 1938, il est envoyé d’abord près d’Assiout en Haute-Égypte, ensuite pour deux ans au Soudan. C’est en Égypte, dans une garnison de province, qu’il apprend le coup de force britannique du 4 février 1942. L’intervention de l’armée britannique pour forcer le roi Farouk à renvoyer son Premier ministre ‘Alī Māher et à nommer à sa place le chef du Wafd Naḥḥās pacha l’indigne profondément comme la plupart des officiers égyptiens. L’indépendance de l’Égypte apparaît alors à ceux-ci comme une pure fiction. Beaucoup de jeunes officiers veulent passer à l’action pour libérer le pays.

Nasser profite des circonstances pour renforcer l’Association clandestine des officiers libres, fondée par lui et quelques amis, et préparer toutes les conditions pour assurer le succès de la lutte. Judicieusement structurée, comprenant cinq comités (finances, groupes de choc, sécurité, propagande, armement), cette organisation travaille dans la clandestinité la plus absolue. Son cerveau, Nasser, n’est connu que de quelques initiés. Pour obtenir l’adhésion du plus grand nombre d’officiers, il réussit à lui fixer un seul objectif : l’indépendance dans la dignité. Il s’agit, plus précisément, de chasser l’Anglais, d’épurer l’armée et d’établir en Égypte un gouvernement honnête et compétent.

Nommé professeur à l’Académie militaire en 1943, Nasser profite de sa nouvelle situation pour élargir l’audience de son organisation parmi les éléments les plus sérieux des jeunes cadets.

Le 12 mai 1948, Nasser est reçu au concours de l’état-major. Trois jours plus tard, l’Égypte s’engage dans la guerre de Palestine.