Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
N

Naples (royaume de) (suite)

Le temps des vice-rois (1504-1734)

Le royaume est gouverné désormais par un vice-roi, représentant le roi d’Aragon ; il est exploité exclusivement au profit de la monarchie espagnole, qui peut y lever troupes et impôts sans aucune entrave. Malgré l’institution, en 1540, d’un mont-de-piété, autorisé à créer une banque « publique » en 1584, malgré celle de nombreuses autres banques « pieuses », destinées à consentir des prêts gratuits sur gages tout en alimentant de leurs dépôts les activités de l’État napolitain, l’inflation du crédit (qui débute en 1609 et qui est aggravée par la mauvaise récolte de 1621) contraint le vice-roi de Naples, Antonio de Zapata de Mendoza (1620-1622), à promulguer la pragmatique De monetis du 2 mars 1622, qui consacre en fait une banqueroute des deux tiers.

La déflation qui résulte de cette réforme monétaire accentue le malaise social dû à la « reféodalisation » du royaume. Les propriétaires fonciers réduisent, en effet, la durée des baux, alourdissent les cens, tandis que les barons assujettissent étroitement les conseils urbains et que s’opère — entre 1560 et 1620 — un transfert des biens de l’ancienne noblesse entre les mains d’une nouvelle, plus dure que l’autre : celle des onorati, régisseurs de fiefs ou fermiers de l’impôt.

Aggravées par une croissance démographique considérable qui entraîne un important exode rural vers Naples, les difficultés économiques et sociales favorisent l’essor du banditisme, la multiplication des sociétés secrètes et, enfin, l’explosion de révoltes urbaines, telle celle de Masaniello (1620-1647) en 1647, que suit la peste de 1656.

Dans ces conditions, au déficit traditionnel de la balance des comptes s’ajoute, à partir de 1687, celui de la balance commerciale, le blé étant désormais consommé sur place, la soie filée et le vin ne trouvant plus preneur, les exportations d’huile se maintenant. Privé de souverain, malgré l’espoir suscité par l’occupation autrichienne en 1707, le royaume végète jusqu’en 1734, date de l’avènement d’un Bourbon d’Espagne : don Carlos, qui, sous le nom de Charles VII, règne en même temps sur la Sicile, juridiquement indépendante de la terre ferme.


Le temps du renouveau (1734-1816)

Résidant à Naples, Charles VII (1734-1759), puis son fils cadet Ferdinand IV (1759-1825) confient la réalité du pouvoir au Toscan Bernardo Tanucci (1698-1783). Celui-ci poursuit les austrophiles, rappelle les juifs exilés par Charles Quint et entreprend la construction de routes ainsi que celle du palais de Caserte. Il introduit le despotisme éclairé dans le royaume : les Jésuites sont expulsés ; la suzeraineté pontificale abolie en 1767 ; le mariage civil instauré en 1770 ; certains biens d’Église confisqués. Renvoyé en 1776 à l’instigation de la reine Marie-Caroline d’Autriche, Tanucci est remplacé par John Acton (1736-1811). Celui-ci, qui devient le Premier ministre de la souveraine en 1785, tente, en vain, de développer la marine et accueille, en 1789, les Rédemptoristes, qu’il charge de la pacification des campagnes. Mais l’hostilité de l’élite réformatrice, animée par le juriste Gaetano Filangieri et par les économistes Ferdinando Galiani et Antonio Genovesi, explique l’accueil favorable réservé par la noblesse napolitaine aux troupes françaises de Championnet, lequel proclame la république Parthénopéenne en janvier 1799. Restaurée au profit des Bourbons après le départ de ces dernières, mais déconsidérée par les massacres opérés en juin 1799 par le cardinal Ruffo, compromise par la reine, qui s’allie aux Anglais lors de la troisième coalition, la dynastie est écartée du trône par Napoléon Ier, qui lui donne pour souverains son frère Joseph (1806-1808), puis son beau-frère Murat* (Joachim Napoléon [1808-1815]). Doté d’un Conseil d’État, d’une Sommaria, ou cour des comptes, divisé en provinces subdivisées en districts, délivré de la féodalité, abolie le 2 août 1806, bénéficiant en 1807 d’une réforme agraire qui prescrit le partage des terres livrées à la transhumance, le royaume de Naples est enfin pourvu d’un statut constitutionnel par l’acte de Bayonne du 20 juin 1808, qui institue un Parlement de 100 membres et réserve les emplois publics aux seuls Napolitains. La mise en vigueur du Code civil en 1809, l’action du ministre des Finances, Agar, comte de Mosbourg, facilitent la rénovation du royaume. Mais l’opposition d’une partie de la noblesse et celle du clergé, l’incompréhension des populations rurales, trop pauvres pour racheter les redevances, la menace navale anglaise obligent Murat à maintenir le royaume en état de siège. Ainsi s’expliquent le maintien du banditisme illustré par Fra Diavolo et le ralliement facile des Napolitains aux Bourbons, restaurés malgré la tentative faite par Murat dans sa proclamation de Rimini du 30 mars 1815 pour exploiter le sentiment national italien.

Murat, vaincu à Tolentino par les Autrichiens le 2 mai 1815, débarque le 28 septembre en Calabre pour tenter de reconquérir son royaume, mais il est capturé et fusillé le 13 octobre au Pizzo par les forces de Ferdinand IV. Restauré, celui-ci réunit Naples et la Sicile en 1816 en un second « royaume des Deux-Siciles ».

P. T.

➙ Aragon / Charles Ier d’Anjou / Espagne / Italie / Italie (guerres d’) / Médicis (les) / Murat / Sicile.

 G. Yver, le Commerce et les marchands dans l’Italie méridionale au xiiie et au xive siècle (Fontemoing, 1903). / R. Romano, le Commerce du royaume de Naples avec la France et les pays de l’Adriatique au xviiie siècle (A. Colin, 1951). / Y. et E. R. Labande, Naples et la Campanie (Arthaud, 1954). / E. G. Léonard, les Angevins de Naples (P. U. F., 1954). / G. Garofalo, La Monarchia borbonica a Napoli (Rome, 1962). / P. Villani, Mezzogiorno tra Riforme e Rivoluzione (Bari, 1962). / F. Caracciolo, Il Regno di Napoli nei secoli XVI e XVII, t. I : Economia e societa (Rome, 1966). / G. et H. Vallet, Nous partons pour Naples et l’Italie du Sud (P. U. F., 1966).